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4 janvier 2022 2 04 /01 /janvier /2022 08:57
Putain, 30 ans déjà…

Quelque part entre Dos d’Ane et La Possession, et plus précisément sur le sentier de La Kalla au point 20°57'05.6"S - 55°21'23.3"E.

Je suis allongé, meurtri, exsangue, effondré. Ma diagonale vient de s’achever en quelques dixièmes de secondes, la faute à une stupide chute (mais y a-t-il des chutes intelligentes? Des chutes qui nous rendent admiratifs : « sympa cette gamelle, belle exécution, on va mettre un joli 8,35/10 ! »). Le regard vide, le genou retourné, je gamberge et me reviennent de nombreuses images en un flash, tels les derniers instants du condamné à mort qui voit défiler sa vie en accéléré…

Putain, 30 ans déjà…

Quelque part à Saint-Pierre, et plus précisément sur le secteur de la Ravine Blanche au point 21°20'21.3"S - 55°27'32.3"E.

Je suis debout, impatient d’en découdre avec ces 160 kms qu’on nous annonce redoutables. Deux nouveautés cette année, un départ par vagues, je suis verni, vague n°1, et une amputation de parcours de 5 kms pour éviter Le Maïdo. Là, j’aime moins, préférant les parcours exigeants et sélectifs.

L’ambiance est festive, l’excitation est à son comble, les appétits sont féroces après deux ans de privation de droits sportifs, COVID oblige. Je suis heureux de pouvoir faire partie des quelques 2 600 fous qui ont décidé de pratiquer leur jeu favori et de ne se déplacer qu’en diagonale…

Je m’élance d’un pas décidé, pas besoin de « jouer des coudes » cette année, nous ne sommes que 500 par vague et le ras de marée annoncé est plutôt contenu. Les premiers kilomètres sont maîtrisés, je progresse à une vitesse honorable pour une « béquane 5.0 » tout en restant à l’écoute de mon mollet récalcitrant. Il faut dire que ma préparation a été sérieusement mise à mal depuis le mois de juillet, perturbée par une vilaine déchirure m’obligeant à stopper tout entraînement en course à pied et autres sorties montagne. 6 semaines à ne faire que du vélo, j’aurais du prendre un ticket pour la grande boucle.

Je me situe plutôt dans le « ventre mou » de cette première vague et parviens à Domaine à Vidot en 1h24 à une vitesse moyenne plus qu’honorable de 10,5 km/h. Très belle première section « en ressenti », je suis rassuré par mon état de forme et celui de mon mollet, je vais pouvoir « me lâcher ». Je traverse le ravitaillement en une petite minute, dégainant mes flasques aussi vite que le règlement m’y autorise. Pas d’excès de vitesse aux stands, ce serait bête de prendre une pénalité. Dès la sortie du stade, je me jette littéralement vers les premières marches et premiers mètres de sentiers, enfin, nous sommes en montagne, je vais pouvoir m’exprimer sur mon terrain de jeu favori.

L’enchaînement course / marche est violent, je sens mes muscles se contracter brutalement et m’envoyer un premier signal d’alerte, je suis déjà dans le dur. Le pas est lourd, le souffle court, les premiers concurrents me dépassent, « j’accuse sérieusement le coup ». Il doit être environ 22h30, je passe en mode gestion et réduis brutalement l’allure. Les mètres de dénivelé gagnés se muent en pénibles centimètres, je change d’unités de mesure et par là même d’ambition. L’objectif est de limiter les dégâts et de reprendre peu à peu mes esprits, le départ a été rapide, peut être trop. Trois féminines me passent successivement, ça deviendrait presque vexant, je me retourne à guetter le retour des goélettes… Je courbe l’échine, évite une branche basse, pas mon suivant immédiat qui percute violemment l’obstacle. Nous constatons tous les deux les dégâts, lui pissent le sang, moi je pisse l’ennui. Je me morfonds et gamberge de plus en plus, ça commence à durer. Et si ma préparation s’avérait insuffisante, et si mon manque de compétition était préjudiciable, et si ma rupture des ligaments à ma cheville finissait par m’handicaper, et si, et si…

Le ravitaillement de Notre Dame de La Paix surgit de nulle part, au milieu de la nuit, je suis surpris et mets quelques instants à me mettre en action. Poussif, besogneux, cette première ascension est décidément manquée.

Malheureusement, la suite n’est pas plus enviable (cela nous aurait fait rire un peu), je suis toujours autant en peine de retrouver un semblant d’allure. Les kilomètres se suivent et finissent par se ressembler, j’opte pour un brin de causette avec un Toulousain venu chercher l’enchaînement « Ultra Trail des Pyrénées – Diagonale des fous ». Je le félicite pour ce beau chantier, me concentrant sur mon nouveau défi « Tour du pâté de maisons – parcours de santé de Saint-Paul ». Le parking du Nez de Bœuf est en vue, je désespère

Putain, 30 ans déjà…

Je suis « à l’horizontale », incapable du moindre mouvement, osant à peine respirer. Un concurrent de la Zembrocal me rejoint et s’inquiète de me trouver dans cette position inconfortable :

- « ça va, tu as besoin de quelque chose ? » (non, tout va bien, je me refais une beauté, un peu d’argile et quelques brins de lichens et je vais enfin pouvoir effacer ces vilaines rides !),

- « je ne sais pas trop, je ne plie plus le genou, j’ai du prendre un sacré coup, »

(Il constate les dégâts et finit par livrer son diagnostic)

- « ah ouais, c’est pas joli, tu as un bel hématome, tu as quelque chose pour straper ? Le mieux que tu aies à faire c’est de retourner vers le chemin Ratineau pour te faire soigner. »

(ce n’est pas comme ça que je voyais les choses, l’idée de devoir faire demi-tour m’est inconcevable, contraire à ma conception de l’ultra trail. Autant monter un escalier automatique à rebrousse marches, rouler en vitesse arrière sur l’autoroute, manger des cerises à Noël…).

Putain, 30 ans déjà…

Je m’élance en direction de Mare à Boue pour retrouver mes fidèles ravitailleurs, Jean-Marc et Anita. Je m’accroche à cette pensée positive et étonnamment, mon rythme s’accélère, je parviens enfin à doubler timidement quelques concurrents et surtout, à sentir ma foulée devenir plus régulière, plus alerte. Les parties de parcours bétonnées sont faites pour relancer, je relance, les parties enherbées sont faites pour accélérer, j’accélère, les parties rocailleuses sont faites pour s’équilibrer, je trébuche… Ma lucidité retrouvée me permet d’éviter le pire, je rétablis la situation et repars de l’avant. Tout va décidemment beaucoup mieux, les premières belles sensations « pointent enfin leur nez », après environ 5 h de laborieux efforts, il était temps. Le temps justement, est maussade, nous traversons une vague de brouillard lorsque je devine le mètre quatre vingt douze de Jean-Marc. Présent, près à s’activer pour deux minutes d’intense et brutal effort, un ravitaillement express à 4h du mat’ où la moindre approximation peut se payer cash. 2 ans d’entraînement pour être au top le jour « J » et je peux constater avec satisfaction que l’exécution des tâches est parfaite, telle une chorégraphie savamment orchestrée. Les œufs mollets sont servis « aux petits oignons », le vin du chai d’Aptonia coule à flots, c’est la fête à la Plaine des Cafres. Merci Jean-Marc, merci Anita.

Mais il est déjà temps de repartir pour admirer les premières lueurs du jour et rejoindre le Coteau Kerveguen. Ma nouvelle dynamique se confirme, je grimpe d’un pas décidé, reprenant un à un mes concurrents. Le sentier est des plus boueux, force est de constater que cette année encore, Mare à Boue porte bien son patronyme. Je devine les premiers rayons de soleil dans le dernier tiers de l’ascension, c’est magique et je m’autorise enfin quelques secondes contemplatives. Le Piton des Neiges, Cilaos, le Gros Morne, le paysage est fantastique, je prends un vrai shoot de bonheur et répète en boucle mon mantra favori : « ici et maintenant, ici et maintenant, ici… ». Je reprends peu à peu mes esprits à l’approche de la vertigineuse descente du Kerveguen que je devine glissante. J’opte alors pour une progression des plus prudentes, me résignant à m’écarter au passage de certains kamikazes, et joue l’équilibriste dans un monde de déséquilibrés. Ma progression est réduite, d’autant que je perçois une douleur de plus en plus vive au genou gauche. Pas besoin d’être chiropracteur (ça sonne mieux que kiné) pour diagnostiquer le syndrome « de l’essuie glace » malgré une météo ensoleillée… Je ralentis considérablement l’allure, écartant mes pieds « à dix heures dix » pour soulager les tendons, et profite de ce temps de pause pour me restaurer en ingurgitant mon « quatre heures ».

Je franchis prudemment le bras de Benjoin puis rallies Cilaos au km 66 et retrouve avec bonheur ma deuxième équipe de ravitailleurs, Florent et son papa, Eric. Leur contribution va s’avérer déterminante…

Il est environ 7h15, je fais la grimace et commence sérieusement à m’inquiéter pour mon fascia lata, c’est un peu tôt pour boiter bas. Florent met en œuvre ses talents de « serial kiné » (finalement, ça sonne bien) pour poser strap’ et tap’, c’est beau la science. Je poursuis mes emplettes - eau de Cilaos la bien nommée, repas liquide et barres solides - et procède au stratégique changement de pneumatiques, comme je l’avais anticipé. Ce choix, combiné aux soins chirurgicaux opérés par Florent, auront eu raison de mon « TFL chagrin », balayé le syndrome de l’essuie glace !

La chaleur commence à s’intensifier, il est temps de repartir et de plonger dans le brasier « Bras Rouge – col du Taïbit ». Comme en 2019, j’ai prévu l’arme fatale, mon fameux collier de glaçons posé autour du cou, un vrai bol de fraîcheur. Je gravis les premières marches depuis la rivière en mode conquérant, et tout semble fonctionner. Je rattrape à nouveau quelques concurrents et me projettent sur une ascension fulgurante, l’espoir fait vivre.

Je parviens au ravitaillement du pied du Taïbit, Florent et son papa m’assistent avant la longue traversée de Mafate qui va s’étirer sur près de 50 bornes. Il fait de plus en plus chaud, mais je suis bien.

Les premiers mètres sont avalés rapidement, je suis confiant et prévois une grosse heure pour vaincre ce col et ces quelques 800 mètres de dénivelé positif. La course bascule à nouveau en quelques minutes, la terrible chaleur commence à faire son œuvre et à user peu à peu mon organisme. Je passe en mode « suffocation » et parviens tant bien que mal à reprendre mon souffle. Le rythme baisse subitement d’intensité, seul lot de consolation, je ne suis pas le seul à voir fléchir mon allure. D’autres coureurs sont dans le même état et connaissent également une importante « baisse de régime ». Je m’accroche, gère et me résigne à accepter de ralentir. Nous sommes au cœur de la matinée, il reste encore de longues heures d’efforts, inutile de s’éparpiller.

Je bascule vers Marla après 1h15 de supplice, la foulée est empruntée, les jambes sont raides. La troisième féminine me passe avec grâce, je tente de la suivre « fers aux pieds », les contrastes sont parfois saisissants !

Je parviens péniblement au ravitaillement de Marla, en sale état, et m’accorde quelques instants de réconfort avec ma première soupe de vermicelles, qui me fait un bien fou. Conscient de ma piteuse progression, je choisis de privilégier la stratégie du « gagne petit ». Je marche lentement, cours peu mais limite la durée aux ravitos et m’interdis tout arrêt intempestif. Ce n’est pas franchement spectaculaire mais finalement assez efficace pour limiter les écarts, on fait avec les moyens du bord.

La remontée « Plaine des Tamarins – col des Bœufs » s’avère aussi pénible que je l’avais imaginée, je suis en « mode survivor », accablé et asphyxié par cette terrible chaleur. Je m’alimente de plus en plus difficilement et parviens à peine à m’hydrater, ça sent le sapin, ou plutôt le tamarin mais je m’accroche… aux branches.

La suite en accéléré : pas de jus, pas d’envie, plus de plaisir, je passe en mode « métro, boulot, dodo », ce raid devient presqu’une corvée et j’ai l’impression de « faire mes 35 heures ». J’erre lamentablement entre Mafate, Salazie et de nouveau Mafate via le sentier scout. Le relief favorise pourtant les relances, je me contente juste de ne pas exploser.

Faisons un point « Réunion La Première » : 15h54 de course, 114ème rang, vitesse moyenne de 4,31 km/h, vitesse ressentie 0,5 km/h… 6 coureurs me laissent sur place, je préfère ignorer l’affront. Je me concentre sur la longue descente qui doit me conduire vers Ilet à Bourse puis vers Grand Place où m’attendent mes collègues de la DAAF, j’ai hâte.

Cela fait maintenant plus de 5 heures que je me traîne, décidément « les temps faibles » s’éternisent cette année. Sur un grand raid, il est crucial de savoir gérer les périodes de « fort vent », je dois m’accorder cette prédisposition, à croire que mon ADN est pourvu du chromosome « masochiste ». Je descends maintenant vers Ilet à Bourse, percevant une agitation inhabituelle, anticipant des retrouvailles bienfaitrices. Pas d’erreur possible, je devine les silhouettes de Christophe, Fabrice, Joël, Gabriel et ses amis. Un immense soulagement m’envahit, je ne serai plus seul à « traîner ma misère » et me prends à rêver de jours meilleurs.

« L’effet DAAF » est spectaculaire, d’autant qu’il agit en 2 temps et quelques mouvements.

1ère étape - la rédemption : je quitte Ilet à Bourse et retrouve un semblant d’allure, au sens propre comme figuré. Je parviens à échanger quelques mots, ces visages connus m’insufflent une énergie positive. Les relances sont appuyées, les jambes se remettent en action et l’adrénaline coule à flot, un vrai torrent de bonheur.

2ème étape – la métamorphose : j’entends quelques cris d’encouragement, le reste du groupe DAAF vient à ma rencontre à l’entrée de l’ilet de Grand Place. Ce qui va ensuite se dérouler restera dans les annales de cette diagonale. Imaginez une nuée de « ravitailleurs ouvriers » exécuter une danse nuptiale autour de leur reine, lui offrant nourrissage et soins attentionnés, persuadés que l’avenir de la colonie est entre ses pattes. Plus sérieusement et sans la jouer « pathos », MERCI pour votre immense accueil et pour toute l’énergie que vous avez su me communiquer durant ces quelques minutes. Incontestablement, il y aura eu un avant puis un après Grand Place.

Ça tombe bien, je suis maintenant dans l’après, bien décidé à donner à ma course un visage plus présentable. J’ai maintenant décidé de reprendre mon destin en main et de ne plus subir, j’attaque les premières marches vers le col de Roche ancrée plus que motivé, encadré de ma garde rapprochée « Fabrice et Gabriel ». Le rythme est soutenu, je parviens enfin à retrouver une bonne dynamique de course à un moment où la température chute.

Ce n’est d’ailleurs pas le moment d’en faire une, de chute, la descente vers la rivière des galets est acrobatique, il faut rester vigilant et penser à récupérer. La grimpette vers Roche Plate et plus exactement le plateau des Cerfs (précision qui a son importance) s’annonce compliquée.

Putain, 30 ans déjà…

Sentier Kalla, je ne parviens toujours pas à me relever. Le coureur de la Zembrocal est reparti, je reste seul avec mes doutes, mes craintes. Je fais une première tentative, en appui sur mes coudes, ça tangue, tout tourne autour de moi, il va me falloir un peu de patience avant de repartir. Je m’accroche à un arbre et parviens enfin à me redresser, mon genou opte pour la désobéissance, je ne plie plus la jambe…

Putain, 30 ans déjà…

Ravitaillement de Roche Plate. Je m’assois quelques minutes en compagnie de Vincent, fidèle parmi les fidèles, qui m’assiste avec calme et expérience. Il me propose différents menus mais rien ne passe vraiment. La montée a été rude, j’ai rapidement coincé après le premier col, me contentant de suivre un groupe de coureurs, incapable de « mettre le clignotant » pour dépasser. La bonne nouvelle, c’est que je n’ai pas eu à mettre le clignotant tout court ! Il aura fallu gérer et notamment lors de l’assaut final, à partir de l’ilet.

Les dégâts sont limités, c’est l’essentiel, je décide de prendre rapidement congés de Vincent car le froid devient mordant. Il me reste un peu plus d’une heure de jour, j’accélère pour rejoindre au plus vite La Brèche et pouvoir profiter des dernières lueurs pour dévaler la pente rocailleuse vers l’Ilet des orangers. La mission est plutôt bien exécutée, je gagne assez rapidement le prochain ravitaillement malgré des douleurs de plus en plus tenaces sous la plante des pieds, préoccupant…

Pour l’heure, je savoure l’instant présent m’appliquant à faire en sorte que cette fin de course soit la plus aboutie possible, chassant par là même les vieux démons de 2019 où j’avais littéralement explosé au 110ème kilomètre. Les relances sont efficaces, je me sens frais et lucide. Je dévore littéralement le parcours, m’adonnant à mon jeu favori, PAC MAN…

J’entends les premières clameurs et encouragements, Deux Bras est en approche. Je me sens euphorique, traversant les guets avec une agilité déconcertante, je marche sur l’eau !

Guy Joël et Nathalie sont prêts à prendre l’apéro, dommage l’EPO est interdite sur la course. Ils délaissent leur fameux « Eau – Pastis - Olives » pour me proposer des victuailles plus conventionnelles, je cède à leur offrande. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, mise à part cette douleur tenace sous les pieds. J’hésite quelques secondes et finis par me laisser convaincre par une rapide pause podologue, lourde erreur. Dans un ultra, la frontière entre « survie et confort » est souvent tenue, on le constate souvent trop tard. Mon arrêt va s’éterniser, 20 longues minutes, et surtout casser ma belle dynamique que je ne retrouverai jamais plus. Cela devient presque rassurant de faire encore des erreurs après autant de courses.

Pendant que j’abandonne mes précieux « petons » aux podologues, Guy Jo me donne du biberon, j’oscille entre la fraîcheur d’une eau de Cilaos et l’amertume d’un café noir et bien corsé. Je repars, confiant et conquérant, pour m’attaquer à l’ultime grande difficulté de la course, le mur de Dos d’âne. La remise en jambes est poussive, j’ai perdu le rythme et commence presque à perdre pieds. Je grimpe « au train » mais ce soir c’est plutôt TER que TGV… Le chrono sera fidèle à mes sensations du moment, une grosse heure vingt pour presser le bouton du robinet au sommet, pas fameux mais j’ai limité la casse comme depuis le début de cette diagonale.

Je relance gentiment dans le sentier de bord, sans excès, je « déroule » et reste en éveil. Nous attaquons la deuxième nuit et toujours pas le moindre moment de somnolence, c’est bon signe. Je bifurque vers le sentier Kalla m’accrochant aux arbres, aux troncs, aux branches, aux lianes. Cette partie est « Tarzanesque », je devine quelques gorilles, premières hallucinations nocturnes ! Je parviens avec grande prudence à rallier le ravitaillement de chemin Ratineau, au menu, des bananes, ça ne s’invente pas…

Je perds le moins de temps possible et gravite péniblement la ravine de la Kalla, cela devient de plus en plus difficile pour pousser sur mes jambes.

Je parviens au sommet et débute une brutale descente, piégeuse, glissante…

Nous sommes le vendredi 23 octobre, il est 23h58, je suis quelque part entre Dos d’Ane et La Possession, et plus précisément sur le sentier de La Kalla au point 20°57'05.6"S - 55°21'23.3"E…

Epilogue

Avant de prendre le départ de cette diagonale, je m’étais convaincu de « débrancher le cerveau » à partir de La Possession, trouvant cette fin de parcours sans relief et saveur. Je ne trouve donc pas vraiment utile de vous relater ces dernières heures, vécues en mode « je marche donc je suis ». Seul éclair de plaisir lorsque Stéphane et Rudolph m’ont triomphalement accueilli et ravitaillé à La Possession. Un immense remerciement, vous avez égaillé cette triste nuit, rendant cette fin de traversée moins monotone.

Je n’oublierai évidemment pas ce « feu d’artifice familial », à La Redoute sur la ligne d’arrivée. Quelle immense satisfaction de boucler cette traversée accompagné de mes petits derniers, Jeanne et Aubin, et couvé du regard bienfaiteur de ma Cécilou adorée. Un clin d’œil également à Fred, la maman des mes grands enfants, assurant leur présence par procuration.

Merci également à mes très nombreux ravitailleurs que j’associe dans cette réussite et à tous mes soutiens à distance, présents dans mes pensées et à chacun de mes pas.

Epilogue (suite)

« Putain, 30 ans déjà »… trois décennies durant lesquelles j’ai pu m’adonner à ma passion dévorante et plus vraiment maîtrisée, celle qui m’a vu grandir depuis l’âge de 20 ans à l’ombre de ces magnifiques forêts, arpenter les innombrables sentiers, dévaler ces monstrueuses pentes, vaincre ces fantastiques sommets… Quelle belle REUNION, que de délicieux grands raids, que d’intenses moments de partage !

Pourvu que ça dure encore longtemps !

Putain, 30 ans déjà…
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19 novembre 2021 5 19 /11 /novembre /2021 18:19

საქართველო

Le Grand Caucase

 

GEORGIA 2021

Me voilà débarquant en Géorgie, ex URSS, pas celle des USA, baskets aux pieds. Gamarjobat ! Bonjour !

Je passe sur le voyage en période Covid…

Racing The Planet y organise un 250km par étapes, que j’attends avec impatience. Au programme, 6 jours de course, 4 x 40km, 80km, 10 petits km pour conclure et 5700m de dénivelé au programme, dans le petit Caucase où les sommets culminent à 3000m. C’est alléchant ! En fait la région s’appelle Samtskhe-Javakheti. Ah Ah ! Excellente introduction à la prononciation du géorgien.

Le tout en autosuffisance, ce qui est moins marrant. Il faut porter toutes ses affaires de jour et de nuit, sauf l’eau et la tente. Et la liste du matériel obligatoire est impressionnante, incluant une pharmacie et 14000 kcal à ingurgiter en une semaine. C’est la 3° fois que je cours avec eux, je connais la chanson.

Tbilissi, la capitale, m‘accueille 3 jours avant de rejoindre la course, de quoi découvrir le coin et les habitudes locales. Je loge chez l’habitant, juste à côté de l’hôtel du rendez-vous. Au dernier moment, le gouvernement géorgien nous demande un test PCR de moins de 72h avant la course. Je commence donc par ça le lendemain de mon arrivée.

GEORGIA 2021

Je rejoins la troupe le 13 août à l’hôtel en début d’après-midi. D’abord un petit coucou obligatoire au médecin avec le résultat du test. C’est ambiance retrouvailles parmi les coureurs. Je n’y reconnais aucune connaissance.

L’organisation est un peu différente de la normale, on embarque tout de suite pour le camp 1 en bus, une personne par rangée. 2h plus tard nous sommes dans le parc national d’Algeti, et une petite grimpette à pied plus tard, nous découvrons le camp, situé à 1600m d’altitude, près du petit lac de Gokhnaris, surplombant la vallée. Il va faire frais ce soir.

Le camp est délimité par les tentes disposées en cercle. Les indispensables toilettes sont derrière, un simple trou creusé dans le sol. Il n’y a pas de douche. Je partage une tente spacieuse prévue pour 6 avec 2 autres coureuses, ce qui permet de respecter les fameuses distanciations : Simone, du Luxembourg et Sunanda, Américaine vivant au Caire. C’est la tente des quinquas.

GEORGIA 2021

Je fais connaissance avec mes proches voisins. Tente de gauche : Alex l’Américain et Brian le Canadien, puis Iris et Christian, un couple d’Allemands habitant en Suisse. La tente de droite est jeune avec Martha, USA, Sandra, Autrichienne et Lynne qui doit arriver d’Angleterre dans la nuit. Nous nous retrouverons régulièrement pour partager les repas.

Nous sommes 58 coureurs, ce qui est peu, Covid oblige. 26 nationalités sont représentées, les grands absents sont les Chinois et les Italiens. Nous sommes 4 français : Ronan et Chérif, les Parisiens, Marie-Paule qui vit à Londres, et moi. Ah, il y en a un 5°, Malo, qui fait partie de l’organisation. Etudiant en STAPS, il est responsable du chrono, et accessoirement serre-file.

Pour l’organisation, la Réunion n’est pas la France et semble être un pays aux services publics peu fiables. Ils n’ont pas voulu m’envoyer les patches obligatoires avec le logo de la course à mettre sur les maillots, j’ai dû les récupérer en métropole.

Nous avons encore le droit à nos affaires normales, notamment pour les repas. Ce soir, ce sera menu local pour moi, avec des légumes et des fruits frais, et un katchapouri, pain rond et plat fourré au fromage. Un délice. Certains sont déjà aux lyophilisés. Ils ne vont pas en avoir assez cette semaine
 ?

Cette fois j’ai sacrifié la sacro-sainte optimisation du poids au confort : j’ai un matelas gonflable, très léger, 200g, et peu volumineux. D’habitude je prends un morceau de matelas mousse de 2cm d’épaisseur de la taille de mon thorax. Mais ça, c’était il y a 10 ans… Seul bémol, le gonflable, ça couine au moindre mouvement. Mes voisines vont déguster…

Sunanda s’est étalée dans la tente, elle a vidé son sac, il y en a partout, et trop, beaucoup trop. On s’y met à plusieurs pour l’aider à éliminer le surplus inutile et lourd. Dans l’énumération du matériel obligatoire, je sursaute aux 2 paires de gants.

Mince, je n’ai pas pris les gants blancs de papa et je n’ai qu’une paire. J’ai un petit nécessaire à couture avec moi, et un mouchoir taille XXL. Ni une ni deux, je vais de ce pas avoir une paire de gants bleus avec des arabesques blanches, en mouchoir. C’est vite fait, jolie forme. Néanmoins, c’est immettable, j’espère juste qu’on ne me demandera pas au contrôle de les enfiler et qu’exhiber 5 doigts suffira.

Nous passons la journée complète du lendemain au camp et nous avons quartier libre le matin. Je vais me balader au lac. Il y a plein d’oiseaux, dont certains courent sur les tapis de plantes aquatiques. Malheureusement je ne les connais pas. Il y a aussi beaucoup de champignons que j’aimerai bien goûter, jeunes vesses de loup et petits rosés des prés. Un troupeau de vaches mené par leurs cow-boys vient boire. Les gamins s’amusent en faisant cabrer leur cheval.

GEORGIA 2021

Soudain le ciel s’obscurcit, le tonnerre gronde. Je me précipite pour mettre une grande bâche sur la tente. Pas facile avec sa hauteur et le vent. On a juste le temps de s’abriter avant qu’une pluie de grêle ne s’abatte sur nous.

L’après-midi est dévolue au contrôle des sacs. Il y a du stress dans l’air pour les non habitués, plus ou moins bien camouflé. Outre le sac de course avec toutes les affaires et nourriture pour une semaine, nous présentons plusieurs autres sacs. Le dropbag n°1 facultatif avec un sac de couchage chaud, en supplément du sac de couchage obligatoire à porter. Je n’ai pas de dropbag n°1. Le dropbag n°2 obligatoire avec des vêtements chauds suivant une liste bien définie, que nous aurons au camp uniquement en cas de grand froid. Le dropbag n°3 facultatif avec une tente individuelle pour ceux qui ne veulent pas d’une tente à partager. Je n’ai pas de dropbag n°3. Pour finir j’ai emprunté une paire de gants à Marie-Paule pour le contrôle à la place de mes gants esthétiques en mouchoir.

Une fois ces obligations terminées, nous nous séparons définitivement pour cette semaine des affaires qui ne servent pas à la course et qui retournent à Tbilissi. Tout le monde en tenue de coureur !

Le soir au repas, autour des feux, les « novices » ont plein de questions pour les « expérimentés », qui ne se font pas prier pour compter leurs exploits passés. Je m’aperçois que j’étais à Madagascar avec mes voisins Alex et Brian, mais nous ne nous sommes pas mutuellement reconnus. Pour ma part, je reste sur ma réserve habituelle.

GEORGIA 2021

En moins de 24h, Simone connaît tout le monde dans le camp. J’en suis loin. Elle m’épate !

Le départ de la 1° étape se profile pour demain matin 15 août à 8h. Je suis prête ! J’ai le dossard 14, je suis dans la tente 14, je vais finir 14° ?

J’ai fait le choix de ne pas prendre de bâtons car je n’aime pas ça. On n’a pas l’habitude d’en utiliser à la Réunion, et je préfère le plaisir à la contrainte, même si cela me fait perdre un peu de temps. Je me contenterais d’appuyer sur mes cuisses dans les montées.

J’estime le poids de mon sac à 7kg avec l’eau, dont 2,8kg de nourriture, qui va s’alléger au fur et à mesure des repas.

GEORGIA 2021

Après une bonne nuit sur un matelas douillet et un bon petit déj de muffins au fromage local, le dernier repas avant de passer au « léger », c’est le coup d’envoi pour 38km. Il suffit de suivre les petits drapeaux roses plantés dans le sol pour trouver son chemin. Je pars en 1° ligne, évitant au maximum les pointes des bâtons des autres. Vraiment, je déteste les bâtons. On commence par faire le tour du plateau en légère montée. 2 ou 3 filles me doublent, j’en redépasse 2 ou 3 dès que la pente s’accentue un peu. 2 ou 3 ? Je ne sais pas, je suis incapable de dire combien. En tout cas je suis bien placée.

GEORGIA 2021

On passe près d’une belle petite chapelle située tout en haut de la colline, avant de plonger dans la vallée. La descente traverse les alpages, dans les hautes herbes parsemées de chardons qui piquent fort. Je ne regrette pas d’être en collant ! Il figure dans la liste du matériel obligatoire, cela permet d’être protégée de l’ardeur du soleil, tout en portant un short dans le sac, ce qui est moins lourd. Je peux donc dévaler la pente sans souci. Je double quelques mecs, dont Tim l’Australien, sous un pommier. C’est le dernier coureur que je verrai avant longtemps.

La descente se poursuit dans une belle forêt, sur un chemin tout en dévers et couvert de branches mortes, pas si facile. Restons concentrée ! Je galope bien. J’adore cette descente.

GEORGIA 2021

Le CP1 est dans la vallée, je ne m’y arrête pas. Je ferai de même à tous les CP1. On ne va quand même se la couler douce au bout de 10km et j’ai assez d’eau.

On commence à remonter la rivière, fort doucement. Je traverse quelques hameaux de maisons en pierre. Je croise un peu de monde :  un couple de randonneurs, une charrette en branchages tirée par un cheval qui trotte allègrement, un cavalier suivi d’un poulain qui gambade lui aussi allègrement, un autre cavalier avec un grand fusil. Je leur lance un joyeux gamarjobat, ça plaît toujours aux gens qu’on leur parle dans leur langue. Néanmoins la conversation s’arrête là.

GEORGIA 2021

Je finis par quitter la rivière, ça commence à grimper sérieusement vers le col, 800 m de dénivelé m’attendent, petit bonheur. Je serpente moitié en forêt, moitié dans les alpages. Il y a quelques bergers avec leurs moutons et leurs gros chiens, et même un jeune garçon qui garde un troupeau de dindes.

Plus haut, je me tape quelques passages bien raides dans la forêt de pins, j’appuie fort sur les cuisses. Un bénévole m’attend juste avant le col et le CP2, où je ne fais qu’une très courte halte, juste le temps de boire rapidement.

Avant de descendre dans la vallée suivante, où j’arrive dans un village. Marc l’Allemand est arrêté au milieu du chemin. Que lui arrive-t-il ? Il m’attend car il a peur de passer seul devant un gros chien qui aboie fort ! Certes les chiens du cru n’ont pas une bonne réputation de sympathie. Ce sont des chiens de berger et ils gardent leur territoire des intrus. Je n’ai pas peur du tout et nous continuons sans encombre.

 

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Le terrain s’aplanit, ce qui est moins mon fort et Marc finit par passer devant. Je rejoins une route qui mène à un gros bourg. Je vise l’église. Mais non, les petits drapeaux roses obliquent à gauche toute, on reprend les sentiers. A la hauteur du village, un groupe de coureurs débarque sur ma droite. Ils ont loupé la bifurcation et se sont tapé un surplus. C’est en me voyant qu’ils se sont aperçus de leur erreur. Ils sont plus rapides que moi et nous nous séparons.

J’arrive au CP3. Je prends juste le temps de faire le plein d’eau. Et c’est reparti par une traversée de rivière. Je suis avec 2 autres gars. J’ai de l’eau jusqu’aux genoux, et c’est plein de vase au fond. Allez, on y va !

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Le sentier serpente dans les champs le long de la rivière. Je retrouve Marc et Kim l’Espagnol. Puis je vois devant moi les drapeaux du camp. Avant de l’atteindre il me faut de nouveau traverser la rivière avant une dernière petite côte et passer devant le tambour qui marque chaque arrivée.

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Ronan est ravi de me voir et m’accueille chaleureusement. Désormais, il m’attendra tous les jours ! Car j’ai la surprise d’apprendre que je suis la 1° fille ! Il est vrai que je n’en ai vu aucune depuis le départ, et toutes les petites jeunettes sont derrière.

Je finis cette 1° étape en 5h25, je suis 9° au classement général. Je n’ai plus qu’à harceler Malo tous les soirs pour suivre les résultats.

Le camp est en bordure du village de Livadi, à une altitude de 1500m. Les gamins viennent nous voir. En tout cas, je profite de la rivière adjacente pour une baignade frisquette, mais ô combien revigorante, surtout sans possibilité de douche. C’est bien mieux qu’une toilette aux lingettes.

Arrivée tôt, je peux profiter de la chaleur de l’après-midi en short avant la fraicheur du soir, et mes chaussures auront le temps de sécher pour demain. Je chausse mes petits chaussons d’hôtel, très légers à transporter. Cela permet également de bien s’alimenter à une heure correcte, car je ne mange rien pendant la durée de la course, et d’avoir une bonne récupération.

Simone arrive 40mn après. Elle est la 2° femme. Nous passons l’après-midi toutes les 2, en attendant Sunanda. Elle tarde. On regarde la ligne d’arrivée à chaque coup de tambour, mais ce n’est toujours pas elle. Elle arrivera après le temps limite, avec les serre-files. Inutile de décrire son état d’épuisement. Elle est en larme, affamée, et collectionne les crampes et les ampoules aux pieds. Nous nous occupons d’elle pour la chouchouter et lui remonter le moral, l’étirer, lui préparer de quoi manger.

Le soir nous retrouvons nos voisins pour le repas au coin du feu. Tout le monde compare son menu lyophilisé et s’étonne de ne pas me voir sortir mon sachet. Oh non ! Je confectionne moi-même mes portions, avec du déshydraté. Je fais mes petits mélanges de ce que j’aime, purée ou semoule, agrémentée de soupe pour donner du goût et d’amandes en poudre ou de noix de cajou mixées pour apporter les calories réglementaires. Pour les protéines, c’est du poisson séché ou de la spiruline. J’ajoute de l’eau chaude et je me régale. Idem pour le petit déjeuner à base de céréales écrasées pour diminuer le volume. C’est aussi l’occasion de découvrir les spécialités étrangères de nutrition de sport comme le beurre de cacahuète à la banane polonais.

La soirée est pluvieuse, il faut ressortir la bâche sur la tente. Ca promet pour les 44km de demain.

Ô surprise, l’organisation m’offre un dossard jaune de leader sur la ligne de départ. Me voilà repérée.

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On commence bien la journée, il faut retraverser la rivière, au même endroit qu’hier. Je tiens à me garder les pieds au sec le plus longtemps possible. Donc je prends la peine d’enlever mes chaussures. Je me retrouve dans la vase. J’ai l’impression que tout le monde me passe devant pendant que je m’extirpe de ce bourbier et me rechausse. En fait il n’en est rien. Puis nous passons près du lac Barati.

La suite du parcours est très humide. D’ailleurs une petite pluie s’annonce, avec des coups de tonnerre en fond de mire. Je chante « I love the thunder, I love the rain » de Jackson Browne. Ce sera ma chanson à chaque orage, ce qui ne manquera pas. J’évite les flaques au maximum en zigzaguant. Evidemment, ça ralentit le rythme.

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Je finis par rattraper Marie- Paule, qui est en fait la seule fille devant moi, dans un village particulièrement boueux. Elle a traversé la rivière chaussée et patauge sans vergogne, pendant que je me fraie prudemment un passage sur les côtés plus secs. Du coup on reste un moment ensemble. Puis ça se met à grimper. Elle ne peut pas me suivre et je pars devant. Ca redescend vers le CP1, qui est dans un bâtiment abandonné. Il y en a beaucoup en Géorgie, y compris en rase campagne. Ce sont les vestiges de l’époque russe.

Je ne m’arrête pas au CP, et on reprend un petit bout du même chemin dans l’autre sens. J’y croise Marie-Paule qui arrive, suivie de Simone. Les 3 premières filles dans un mouchoir de poche au bout de 10km.

La suite s’avère assez plate. Je traverse quelques villages, jalonnés de quelques chapelles. Les pierres de construction sont grosses, et peuvent être de plusieurs couleurs. Ca donne un cachet aux constructions, même si elles paraissent bien vieilles.

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Le sentier serpente dans les champs. J’ai bien failli louper un virage à angle droit. Restons vigilante sur les petits drapeaux roses, ne rêvassons pas trop. Il y a de nouveau une traversée de rivière. Je garde mes chaussures cette fois.

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La montée commence à la sortie d’un gros village où je me suis rafraichie à la fontaine. Il y a du monde et des encouragements. Je me retrouve rapidement dans un paysage d’alpage, les fermiers font les foins à la faux, les bergers gardent les moutons. Dommage, une ligne haute tension me suit. Mais il faut bien que les villages aient l’électricité. Les sommets sont arrondis et avoisinent les 3000m dans le coin.

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Simone me talonne au CP3. On fait un bout de chemin ensemble. Une fusée nous double, drapeau israélien sur la manche. Comment s’appelle-t-il ? Même Simone ne sait pas. C’est Alfonso. Nous nous reverrons souvent. Près du col de Javakheti à 2000m d’altitude, Simone finit par passer devant. Encore un petit bout de descente, mais je ne peux pas la rattraper. Puis les drapeaux du camp apparaissent, flottant au vent.

J’ai parcouru cette étape en 7h20, 2mn de plus que Simone.

Le camp est sur un petit plateau sous le sommet, et surplombe le lac de Tabatskuri au loin. C’est très beau. Le coin est volcanique. Mais quel vent ! Au moins les chaussures vont sécher vite. Impossible de rester dehors, on reste protégé dans la tente, de quoi se reposer et papoter.

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En fin d’après-midi, Simone sort la tête à chaque battement de tambour pour guetter l’arrivée de Sunanda. Elle finit par apparaître au temps limite. Mais dans quel état ! Epuisée, frigorifiée, trempée. Elle s’écroule. Nous devons la materner. Simone s’occupe de la ravitailler, je m’occupe de la changer. Elle finira par capituler et nous quittera définitivement le lendemain matin. Nous sommes la tente des premières et de la dernière, Sunanda est tout de même la première à en rire.

Il pleut de nouveau dans la nuit, et c’est dans la grisaille qu’est donné le départ de la 3° étape pour 37km. J’ai même sorti le pantalon étanche.

Un troupeau de moutons et de chèvres nous regarde passer. Les chèvres ont de magnifiques cornes, grandes et verticales.

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Nous descendons vers le lac, que nous longeons, en serpentant entre les flaques. La pluie cesse, une opération déshabillage s’impose. Nous bifurquons pour une longue montée de 600m de dénivelé sur 10km après le CP1. La pente de la piste n’est pas très forte, je peux courir facilement la plupart du temps.

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Je croise un troupeau de moutons qui prend toute la place, chacun se pousse comme il peut.

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Un engin particulièrement bruyant tente de me doubler. C’est un tracteur qui a l’air très antique, une marque russe. Il a beaucoup de mal à chaque accentuation de la pente et doit s’arrêter souvent pour prendre son élan. On fait un bout de chemin ensemble.

J’arrive sur une espèce de plateau ondulé, entouré de sommets arrondis à 3000m d’altitude. Il y a du monde, pour faucher les foins. Tous les moyens sont employés, de la faux en passant par la débroussailleuse, à la faucheuse tractée par un cheval ou par un tracteur. Ca bosse dur. J’admire les selles décorées et je regarde la moisson, et manque de peu d’en perdre le bon chemin.

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Je passe le col de Tabaskuri à 2400m d’altitude. La vue est très belle vers les vallées. Le CP2 est juste après. La descente se poursuit sur la piste, sans difficulté. Elle est empruntée par les véhicules très hétéroclites qui descendent le foin, le plus courant restant le fourgon chargé en vrac à l’intérieur.

GEORGIA 2021GEORGIA 2021
GEORGIA 2021GEORGIA 2021

Simone me rattrape après le CP3. La descente s’est estompée. Nous faisons route ensemble. Deux jours de suite qu’elle me rattrape, alors que j’ai eu une bonne avance le premier jour. Je ferai mieux de trouver ses points forts et ses points faibles.

Nous quittons la piste pour nous retrouver hors sentier, dans les hautes herbes. Je passe devant. Repérer les drapeaux roses plantés dans l’herbe demande de la concentration. Nous dominons maintenant un village, avec le camp visible de loin, immanquable. On retrouve un sentier bien caillouteux qui plonge vers la vallée. Je cavale, et Simone ne me suit pas. La descente technique serait sa faiblesse ? Elle me le confirmera plus tard.

Le terrain s’aplanit et j’arrive au milieu des champs de pomme de terre. Je ne relâche pas mon effort, j’ai encore un bon bout à faire avant le campement. Je jette un rapide coup d’œil derrière moi à 500m des tentes, il n’y a personne en vue. Les villageois m’encouragent. Je franchis une passerelle sur la rivière, et ça y est, c’est l’arrivée après 4h43 d’effort. Simone apparaît 1mn plus tard.

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Chouette, une rivière. Je peux faire trempette pour me laver, en compagnie de chevaux et d’une cigogne.

Le camp jouxte le village arménien de Bozhano, à 1300m d’altitude. Les enfants nous rendent visite, et une partie de foot est improvisée au milieu des tentes avec les Géorgiens de l’organisation et quelques coureurs. Il y en qui ont encore des jambes !

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Il fait beau, l’étape a été courte, on se retrouve le soir pour un moment convivial au dîner autour du feu de camp. Les « novices » sont maintenant bien dans le bain.

Le lendemain matin, je passe le balai comme tous les jours. Je me suis autoproclamée ménagère de la tente, surtout que nous retrouvons la même pour toute la semaine.

Départ pour la 4° étape de 40km. Elle est annoncée difficile, avec 1000m de dénivelé. Voilà qui me convient parfaitement.

La montée commence rapidement, d’abord faible puis de plus en plus raide. Je me retrouve au milieu des troupeaux de vaches dans les alpages, toujours très fleuris. Les habitations d’été des bergers ont l’air assez précaires, recouvertes de bâches plastique. Les enfants jouent dehors.

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Je coupe les lacets du sentier dès que je peux, ça grimpe bien. J’arrive au lac Levani, beau petit lac de montagne, avant d’atteindre sans encombre un plateau d’altitude et le CP2. Un col se présente sur ma gauche, à 2700m d’altitude, mais les drapeaux roses m’envoient plus à droite vers un autre col un peu plus bas, à 2500m. Dommage. J’apprendrais plus tard que l’itinéraire initialement prévu devait bien passer à 2700m, mais l’organisation a craint de gros orages par là et a changé le parcours par sécurité. En fait il fait beau. En tout cas la vue est très belle vers les vallées et j’en profite.

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J’ai bien doublé dans la montée. Maintenant place à la descente. Je coupe avec entrain dans la pente, et je file tout droit dans les hautes herbes. A ce petit jeu je dépasse 4 mecs. Aucun ne me suit. Le plus coriace est Alfonso. Puis je suis sur une piste très caillouteuse, où je maintiens une bonne vitesse. Les gars restent toujours derrière. Alfonso arrive au CP3 quand j’en repars après avoir fait le plein d’eau. Je l’impressionne, et il m’appellera désormais Isabelle the gazel.

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La vallée approche à grandes foulées. Je longe plusieurs petits lacs, très mignons, avant d’apercevoir un gros bourg. L’arrivée est au milieu de la rue au niveau des premières maisons. Le site n’a rien d’extraordinaire. Le seul point agréable est la présence d’une fontaine, comme il fait très chaud. En fait c’est là que je découvre que ce n’est pas l’arrivée prévue et qu’elle a été changée par peur d’une météo orageuse sur les sommets.

J’ai mis 5h26 pour cette étape, que j’ai beaucoup appréciée. Alfonso devait être bien crevé à la fin car il est arrivé 20 mn après moi.

J’ai à peine le temps de me rafraîchir qu’on nous enfourne dans un véhicule pour aller au campement, où nous aurions dû arriver à pied. On me demande de prendre mon dropbag. Je crois que c’est le dropbag n°1, celui du sac de couchage chaud qu’on récupère tous les soirs au camp et que je n’ai pas. En fait, pas du tout, c’est le dropbag n°2, celui des vêtements chauds auxquels nous aurons droit ce soir. En tout cas pas de Simone en vue. J’ai dû avoir un avantage dans la descente technique.

Le chauffeur n’a pas l’air de savoir où il va. Il s’égare vers la frontière turque puis vers la frontière arménienne, et doit demander son chemin plusieurs fois. Nous arrivons enfin sur les bords du grand lac Paravani, que nous contournons par une piste qui mène au village de Tambovka, habité par des Russes de l’ethnie des Dukhobors, à 2000m d’altitude. Ah ! Effectivement, il fait froid, et je n’ai pas le dropbag n°2 sous la main. C’est malin ! Surtout que nous sommes installés dans un champ qui vient d’être fauché, les meules de foin sont sur place et il y a beaucoup de vent, nous n’aurons pas de feu de camp par mesure de sécurité.

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Le site est superbe, au bord du lac. J’en profite pour me laver à grande eau, même si ça caille. L’accès n’est pas si facile dans de gros rochers. Je vais visiter le village. Il y a beaucoup de maisons en ruine, et il n’y reste que 17 familles. L’école accueille 9 enfants. Les toits des maisons sont curieusement plantés d’herbe. Ce doit être un bon isolant. Je croise un groupe de VTTistes qui traversent la Géorgie. Ca doit être bien aussi !

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Simone débarque dans le véhicule suivant. Elle a terminé 25 min derrière moi aujourd’hui.

Mon drogbag finit par arriver avec la voiture des derniers coureurs. Je peux enfin me vêtir chaudement, surtout pour aller manger dehors. Nous rions ensemble avec l’autre Isabelle de la course que les 2 mêmes prénoms soient première et dernière. Elle est Allemande. Au repas, la tension est palpable parmi les coureurs pour la longue marche de 80km du lendemain. Enfin, pas pour moi en tout cas. Le temps limite est jusqu’au jour suivant à midi.

Je sens qu’un des os proéminent du sacrum commence à devenir sensible dans le bas du dos, avec le frottement du sac. Il n’y a pas de rougeur mais c’est un peu enflé. J’y colle un morceau d’élasto en prévention pour protéger la peau.

Autre sujet, je commence à voir à travers le mesh d’une de mes chaussures au niveau du petit orteil. Elles tiendront bien encore 2 jours !

En tête de course, je songe qu’il serait possible que mon sac soit contrôlé avec le matériel obligatoire. Je récupère les gants du dropbag n°2 pour avoir les 2 paires obligatoires sur moi.

Le lendemain matin, le départ est donné à 9h. C’est bien tard, mais au moins il ne fait pas trop froid. Un pêcheur est à l’œuvre dans sa petite barque en face du camp, le « port » étant juste à côté. Il abrite 2 embarcations tirées sur la rive entre les rochers.

Mon sac s’allège avec bonheur, au fur et à mesure des repas consommés depuis le début de la course.

Comme tous les matins, je fais les premiers 500m en compagnie de Jane, l’Américaine. Mais elle ne peut pas me suivre plus longtemps. Elle fera une belle course puisqu’elle finira 3° pour sa lune de miel !

Nous longeons le lac avant de nous élever dans la montagne. J’arrive rapidement à un petit col, suivi d’une descente vers la vallée suivante. Je coupe le sentier dès que je peux. Le photographe de la course s’en régale.

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Je suis maintenant au pied de la grande montée du jour de 700m de dénivelé. Je vois le CP2 de loin, et je m’y dirige direct. Oups, j’ai été un peu optimiste. Je me retrouve au milieu de très hautes herbes, jusqu’à la taille. Après tout, je l’ai bien cherché. J’arrive tout de même à y courir assez vite. J’en profite pour admirer les fleurs. Très bref arrêt au CP pour boire une gorgée, et je repars vers les bergeries d’altitude et les troupeaux de moutons.

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On contourne la montagne, il n’y a plus de sentier désormais. Les petits drapeaux roses nous mènent tout droit au col au milieu des alpages. Tout ce que j’aime. Il y a un gros pierrier à traverser. Sauter de pierre en rocher, encore tout ce que j’aime. D’ailleurs je ne passe pas où le photographe s’y attendait. Il m’appelle pour que je me dirige vers lui. Ah non, il est trop haut. Le col est atteint peu après, à 2500m d’altitude, surplombé par les ruines de la forteresse Abuli.

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J’enchaîne sur une longue descente sur une belle piste assez roulante, vers la vallée pour rejoindre les villages. J’y croise quelques femmes habillées tout de noir. Un chien hargneux surgit d’un portail et à ma grande surprise me happe le talon. Heureusement qu’il est haut comme 3 pommes avec de petits crocs.

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Je coupe une rivière, qui devient très encaissée dans un magnifique canyon. Je cours avec la tête tournée vers la gauche pour l’admirer le plus longtemps possible.

J’en longe une autre, avant de la traverser sur un très beau pont de pierre du 13°siècle, à la sortie d’un village. Je me retourne pour l’admirer sous tous les angles. Désormais le parcours sera pratiquement plat, au milieu des champs.

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J’arrive déjà au CP4. Marc et Kim me rejoignent. Ils étaient derrière moi ? Ce ne devrait pas être le cas, mais ils viennent de s’égarer et en ont pris pour une rallonge.

Je suis à mi-parcours, c’est l’heure du repas. Je déguste en marchant des tucs écrasés à volume réduit. Du coup les gars s’éloignent devant. Je reprends le rythme course, l’estomac plein. Les tracteurs fauchent les prairies, je croise une charrette tirée par un âne, une autre aux roues cerclées.

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Je dois couper l’autoroute. Ce sera en passant dans un tunnel sous la voie, où s’écoule une rivière. J’y retrouve les garçons. Je me déchausse et monte mon collant, histoire de rester au sec pour la suite du périple. Je remonte à contre-courant, et me rechausse. Mince, je dois dans la foulée couper la ligne de chemin de fer. Rebelote pour le 2° tunnel.

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On voit régulièrement des rapaces, toujours un beau spectacle pour moi. Mais celui-ci est au sol et mort.

Au CP5, l’organisation m’offre un coca, que je décline. Le coca, ce n’est pas ma tasse de thé, je carbure à l’eau. On me dit que le CP suivant est à 12km. Ah bon ? Je pensais que les 2 derniers comptaient chacun 12 km, or il me reste 3 CP à faire.

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Après un petit bout de route, je longe une mine, je ne sais pas de quoi. Je monte légèrement vers une espèce de piste de bobsleigh en béton. En fait cela s’avère être des canaux d’irrigation. Je les quitte au niveau d’une grosse vanne et redescends vers un grand village.

Déjà le CP6. Zeana me demande si j’ai apprécié de traverser les pierres à 4 pattes. Je ne vois pas du tout de quoi elle parle, avant de comprendre que c’est le pierrier du CP3 que j’ai franchi comme un cabri sur mes 2 pattes.

Il me reste 2 CP, j’ai prévu de grignoter maintenant, 2 barres feront l’affaire.

Le temps s’est assombri et je dois sortir ma veste, il commence à pleuvoir un peu. Arrivée à la route, je vois Alfonso juste devant qui se dirige vers un sentier. Non, non ! Il y a un drapeau rose le long de la route. Je l’appelle et nous reprenons la bonne trajectoire ensemble. Néanmoins, s’il y a un drapeau, il n’y en a plus après. Mince ! Nous sommes prêts à faire demi-tour quand surgit un 4x4 providentiel de l’organisation. C’est confirmé, il faut suivre la route, et ce pendant un bon bout de temps d’ailleurs.

Nous sommes en fin d’après-midi et c’est l’heure de rentrer au bercail pour les oies. Elles se débrouillent toutes seules et une petite troupe se dandine sur la chaussée.

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La pluie a cessé. Je peux enlever la veste. Alfonso me fait signe de me retourner. Un magnifique arc-en-ciel se détache sur les montagnes noires.

La route monte un peu et Alfonso part devant. Soudain le bitume s’arrête d’un coup, en pleine cambrousse, sans raison apparente, et je retrouve une bonne piste. Je traverse un petit bois, et je cherche de vue la flamme du CP. J’arrive à une intersection à l’entrée d’un village, il n’y a plus de petits drapeaux roses en vue. A droite ou tout droit ? Un monsieur me fait signe tout droit. A 50m je tombe sur les drapeaux qui annoncent le camp. Mais mais mais…  C’est l’arrivée ? Et moi qui cherche le CP7 ! J’aurai mal comptabilisé les CP ? Il m’en manque un.

Si j’avais su, je me serais accrochée aux basques d’Alfonso à la fin.

Bref, je me rends compte après coup que nous avions aujourd’hui 7 CP et non pas 8. Bon. Il est 19h30, il fait encore jour, et une grosse pluie s’abat sur le camp juste après. La tente est bienvenue. J’ai mis 10h22 sur cette étape. Simone arrivera un quart d’heure plus tard. Elle aura eu la bonne pluie, et tous les autres derrière aussi.

Nous sommes jeudi soir et maintenant, j’ai repos jusque samedi matin. Le camp est à 1700 m d’altitude et nous aurons le dropbag n°2 grand froid le lendemain.

Je n’ai pas faim, ayant mangé à l’avant-dernier CP. Néanmoins je n’ai pas eu un vrai repas de la journée. Je sors ma préparation semoule / soupe / spiruline pour finir de me requinquer.

Toute la nuit les tambours vont battre à chaque arrivée d’un coureur, ce qui ne m’empêche nullement de dormir. Et pourtant à un moment je ne les entends plus. Les derniers sont passés à 3h du matin, ce qui n’est pas mal du tout. Du coup tout le monde aura droit à une journée complète de farniente.

Le lendemain je découvre les environs. Le camp est érigé à côté d’une belle petite église, dont la porte est fermée par une simple pierre. Une visite s’impose. Je fais un tour dans le village d’Apnia, qui domine une profonde vallée. En face dans le côteau, on voit les entrées du site troglodyte de Vardzia. C’est grandiose. Et ce sera notre but final pour demain. Pour l’instant je vais saluer, les cochons, poules, chevaux, vaches et j’en passe, et les villageois qui s’occupent des leurs légumes. Comme dans tous les villages du coin, l’école en préfabriqué métallique bleu dénote parmi les maisons en pierre.

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Un abreuvoir fera l’affaire pour me débarbouiller.

J’aperçois un coureur portant tout son équipement qui descend vers Vardzia en courant. Quelle idée ! Il en redemande !

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Nous nous retrouvons tous au moment du repas de midi, chacun y va de son anecdote de la veille. La grosse pluie de la soirée que j’ai évitée a l’air d’avoir frappé les esprits, ainsi que la traversée du dernier petit bois de nuit où quelques dames n’étaient pas rassurées.

L’organisation nous annonce un changement de programme. Le banquet de fin de course aura lieu ce soir ici même, en extérieur, et non pas en ville à Tbilissi dans un resto. Tant pis pour la performance des 10 derniers km du lendemain.

Les Géorgiens nous concoctent un délicieux barbecue en un tour de main : brochettes de viande et de légumes, katchapouris, les fameux pains fourrés au fromage ou aux haricots, kinkhalis que je découvre, pains ronds fourrés à la viande et cuits à l’eau, très juteux, et qui sont délicieux. Je tombe sur un gros piment dans une brochette de légume. Oulah, il est fort celui-là. De la pastèque et du melon en dessert. La bière et le vin local coulent à flot. Je me contenterai d’une bière et de goûter le vin, dont la Géorgie est un gros producteur.

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Dernière et bonne nuit sous la tente. Les reliefs de la veille me fournissent le petit déjeuner, avec du vrai pain. Je suis la seule à y avoir pensé, les autres en sont toujours aux lyophilisés. Brian m’offre du sirop d’érable pour l’accompagner.

Nous voilà partis pour les 10 derniers km de course. Une grande descente de 600m de dénivelé sur une belle piste nous amène au fond de la vallée, avec une succession de virages en épingle à cheveux. Je cavale, mais Simone cavale encore plus et me dépasse. Je l’encourage au passage. Je me retrouve avec Brian, qui prend le temps de faire quelques photos. Il faut dire que la vue plongeante sur les grottes de Vardzia est unique. Je n’en manque pas une miette, tout en regardant mes pieds parmi les pierres du chemin.

Je traverse la rivière, sur un pont pour aujourd’hui, et j’attaque allègrement la courte et raide montée finale. J’y cours vite, avec beaucoup de plaisir, je suis pleine d’énergie. Je passe la barrière d’entrée du site troglodyte vers l’arche de l’arrivée, grand sourire aux lèvres. Une énorme médaille m’accueille.

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Cette courte étape a duré 51 mn. Et je ne suis qu’à 1mn30 de Simone. C’est bien.

Malgré l’heure matinale, on a eu très chaud. Ca tombe bien, il y a un robinet d’eau disponible pour se rafraichir.

Place maintenant au tourisme, pendant que les autres coureurs vont arriver. Nous avons le site pour nous tous seuls, avant l’heure de l’ouverture au public. J’en profite. Vardzia était une ville troglodyte il y a 1000 ans, avec toutes les commodités de l’époque. Il y a notamment une église sous-terraine, à laquelle on accède par un long escalier creusé impressionnant. Il est éclairé, mais je l’imagine sans lumière pour les habitants. C’est un vrai dédale pour accéder aux entrées des maisons-grottes, et j’ai du mal à m’orienter vers la sortie.

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Nous nous retrouvons tous au restaurant du site près de la rivière. On me demande une interview, au bord de l’eau. Le patron m’offre un verre de vin. On a le droit à une bonne bière et un copieux panier pique-nique. Je n’ai pas faim pour l’instant, il n’est pas midi.

C’est un bel endroit pour la remise des récompenses de la course. Vainqueure, Je récupère une grande assiette comme trophée et un livre de recettes géorgiennes. De quoi passer à table ! La dernière reçoit également un livre de cuisine, c’est sympa.

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J’ai donc couru ces 250km avec 5600m de dénivelé en 34h08, je termine 9° au classement général. Je me rendrais compte après coup que je suis la plus âgée des filles ! Alfonso et Simone, avec qui j’ai partagé un certain nombre de foulées, mettent respectivement 25mn et 1h20 de plus.

Bravo à la représentation française : Chérif et Ronan sont 2° et 3°, Marie-Paule est 4° féminine.

Nous rentrons à Tbilissi. S’il y avait 2 bus au départ, il n’y en a plus qu’un. On ne doit plus avoir besoin de nous protéger du Covid… Néanmoins ce n’est pas suffisant et je me retrouve avec Beth dans un 4x4 de bénévoles. C’est intéressant d’avoir le point de vue des bénévoles sur la course par rapport à celui des coureurs. J’ai faim maintenant et je dévore le pique-nique.

Si je flottais dans mon collant sur la ligne de départ, j’y nage à grande brasse sur la ligne d’arrivée. Je compte bien sur la bonne nourriture géorgienne pour me remplumer.

A l’hôtel, chacun passe la dernière soirée dans son petit groupe. C’est un peu triste de se quitter ainsi, sans cohésion conviviale. Mais nous n’avons pas le choix en cette période particulière.

Pendant notre vadrouille sur les sentiers, la situation épidémique ne s’est pas arrangée et il n’y a plus de transport en commun dans les villes. J’ai bien cru devoir raccourcir la suite de mon séjour en Géorgie, mais non, les transports inter-cités fonctionnent toujours. Car ce sont 10 jours de rando-bivouac au programme dans le grand Caucase qui m’attendent, au nord du pays, au milieu des sommets à 5000m. Mes chaussures ont tenu bon, mon œuf dans le bas du dos n’est pas gênant, les glaciers sont à moi !

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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 19:25

Novembre 2019

 

A pied bien sûr !

C’est ce que nous propose cette fois Alain Gestin : une course de 1000km non stop dans le désert mauritanien, que je vais découvrir. J’y cours !

Rendez-vous à Roissy le 2 novembre pour l’unique vol hebdomadaire vers Atar, petite ville au milieu du désert, qui s’est développée avec le Paris-Dakar. Mes voisins d’avion vont faire une mission médicale au centre de soins de Chinguetti.

Nous sommes les 15 plus mordus de la tribu, que je suis ravie de retrouver, avec 2 nouveaux : Takao le Japonais, flanqué de son inséparable photographe perso Tassoukou. Ils ne parlent malheureusement que très peu anglais. Et Brigit l’allemande. On se connaît, j’ai déjà partagé avec elle ma tente à Oman et elle était aussi sur la Transpyrénéa.

L’équipe de Boydya, le responsable de l’agence locale « Les randonneurs » qui va nous bichonner, nous accueille à Atar. Premier contact mauritanien avec un repas dans une auberge, servi par terre sur une natte autour de laquelle nous sommes assis sur des coussins. A ma grande surprise, je suis la seule à enlever mes chaussures pour passer à table. Ben oui quoi, on ne marche pas sur la table avec ses chaussures !

Puis c’est le transfert vers Chinguetti en 4x4 sur une piste excellente. Je suis étonnée du très bon état des 4x4. Ce qui ne nous empêche pas de crever. La roue est changée en 2 minutes. Efficace les Maures ! Nous avons 1h de route, et nous passons derrière une chaine de montagne pour atteindre un plateau via la passe d'Amodjar. C’est très beau.

1000km dans le désert mauritanien

Notre auberge à Chinguetti est très bien, avec de petits bungalows de 3 personnes. Il y a même de l’eau chaude dans les douches. Quel luxe ! Mais ne regardons tout de même pas trop du côté de l’évacuation des eaux usées, ça part dans le sable direct. Quant à l’électricité, la ville est alimentée par un groupe électrogène.

1000km dans le désert mauritanien

Premier coucher de soleil sur le toit terrasse avec une belle vue sur Chinguetti.

Nous allons rester 2 jours à l’auberge, pour se préparer. Je n’ai pas grand-chose à faire, mes dropbags sont déjà prêts.

Pour rappel, le système Gestin est un CP tous les 20km, dans une tente de nomade maure, où on trouve des nattes et des matelas, de l’eau froide et chaude, du thé Lipton (prononcer lipton et pas liptone), des pâtes, des sardines et des dattes. Oui, Alain s’est décidé à nous nourrir juste avant mon départ de la Réunion. Ce qui m’arrange, je n’ai pas eu à transporter tous les ravitos que j’avais néanmoins préparés. Tous les 2 CP, donc tous les 40km, on peut laisser un dropbag, sac avec des affaires personnelles. J’aurai des biscuits pour compléter le menu peu varié promis, et des piles pour le GPS et la lampe, car les piles, ça pèse lourd à porter. Tous les 200km, j’ai prévu des affaires de rechange et une pharmacie. Et au CP40, soit au km800, des chaussures de secours et des bâtons, au cas où je me sentirai une petite faiblesse.

On se dirige au GPS, avec un point tous les 20km au minimum correspondant aux CP, et quelquefois des points intermédiaires pour les orientations délicates. J’ai un Garmin Foretrex 101, non connectable à un ordinateur, j’ai donc saisi la centaine de points à la main. Un petit peu chaque jour, ça m’a meublé quelques soirées.

Nous avons 17 jours pour effectuer ce petit périple.

Lors du briefing, Alain nous dévoile la carte de la course. J’en reste scotchée. Magnifique ! Je n’ai pas besoin de prendre des notes sur le roadbook, j’ai tout en tête.

1000km dans le désert mauritanien

Il nous dote chacun d’une balise par sécurité. Une première sur les courses Gestin ! Je la trouve un peu lourde, 300g. C’est qu’il faudra la porter sur 1000 bornes.

J’ai donc le temps de profiter de Chinguetti. Petite visite guidée :

1000km dans le désert mauritanien

Il y a un vieux quartier, tout en pisé, avec une mosquée ancienne. Je l’admire de l’extérieur, car les non musulmans n’ont pas le droit d’y pénétrer. La ville regorge de bibliothèques. Perdues au milieu du désert ! Chinguetti était un lieu de passages commerçants très fréquenté par les caravanes, et des familles érudites ont conservé de vieux livres et manuscrits, traitant de tous sujets. La sécheresse du climat a conservé tout ça.

1000km dans le désert mauritanien
1000km dans le désert mauritanien

Les chalandes nous apostrophent pour entrer dans les petites boutiques d’artisanat des femmes.

Le jeu des gamins est de sauter sur l’arrière des quelques voitures qui passent. Les 4x4 ont la meilleure cote.

Ah, il y a un camion ensablé au centre-ville. Un autre vient à la rescousse, mais l’élingue casse sans cesse. Ils finiront par s’en sortir.

D’ailleurs la ville subit un ensablement permanent. Toutes les maisons ont un mur sous le sable, en fonction du vent.

1000km dans le désert mauritanien

Je retrouve mes voisins d’avion, qui nous font visiter le centre de santé avec Marion, notre médecin. Les patientes sont surtout des femmes. Le centre draine des dispensaires, jusqu’à 200km à la ronde. Les enfants dénutris sont systématiquement dépistés, et il y en a. Evidemment, nous ne les verrons pas dans notre périple, en tant que touristes.

Les Maures, l’ethnie principale, sont d’origine berbère, ils sont donc clairs de peau. C’est très surprenant en plein désert.

De notre toit terrasse, on domine la préparation des chameaux qui s’apprêtent à partir en randonnée avec des touristes. Ils sont bien chargés. Pour nous, ce sont les 4x4 qui font le plein de matériel et nourriture à l’auberge.

En tout cas, nous avons très bien mangé dans notre auberge. Les galettes de mil sont un régal.

Bon, après 2 jours de farniente, il est grand temps d’entrer dans le vif du sujet et de plonger dans le bac à sable.

Le départ est donné le 5 novembre à 7h, devant l’auberge. Alain est très ému, cela fait plusieurs années qu’il prépare ce projet, et voilà le moment de lâcher les fauves, ou plutôt les dinosaures de l’ultra comme il nous appelle. Je ne me sens pas vraiment ressembler à un dinosaure.

Au revoir Chinguetti.

1000km dans le désert mauritanien

Nous quittons la ville par un oued très sableux, direction plein est. Thierry et Dominique disparaissent vite devant, comme prévu. Je suis en trottinant avec Jacques et Takao. Nous nous séparons rapidement, car ils tirent tout droit au GPS vers une petite plantation de dattiers, ce que j’évite absolument, c’est plein de clôtures et de petites dunettes très molles ces trucs-là. Je préfère rester dans l’oued. Je les aperçois de temps en temps perchés sur ma droite, se tapant d’autres plantations. Tiens, Takao apparaît même tout en haut de la dune, en ayant fait demi-tour. Ah, je préfère mon oued.

Que je finis par quitter pour rejoindre le CP1, une simple natte sous un arbre. Voilà les 20 premiers km d’avalés. Boydya m’offre des dattes bienvenues. Jacques est déjà passé, Patrice et Takao arrivent.

Je repars et trouve un dossard par terre juste après le CP. C’est celui de Jacques. Il commence bien ! Je coupe tout droit au GPS pour la suite. Je suis dans des petites dunettes avec une petite végétation de graminées. Je trottine avec beaucoup de plaisir. J’ai opté pour 1h de course et 1/4h de marche en alternance.

1000km dans le désert mauritanien

Je passe à côté d’un puits avec quelques chèvres qui divaguent dans les parages.

Le CP2 est déjà là. J’y engloutis une soupe de légumes avec quelques morceaux de viande de chameau qui y nagent. Les Maures font sécher la viande chameau, qui se conserve du coup très bien dans le désert. Jacques se pointe. Il a l’air vexé que je sois là avant lui. Nous n’avons pas dû prendre la même trajectoire au GPS. Je ne le reverrai plus après.

Il fait chaud, plus de 42°, bien qu’il y ait des nuages. Ca ne me gêne pas car c’est très sec, on ne transpire pas comme à la Réunion. Il paraît qu’il y a eu quelques coups de chaud derrière.

Je coupe de nouveau tout droit. Et je me retrouve au milieu de belles dunes à franchir. Il y en a pas mal qui se succèdent. J’adore. Bien sûr, ça ralentit l’allure et on ne peut pas courir, mais c’est très chouette.

1000km dans le désert mauritanien

Puis j’attaque la montée d’une petite montagne très pierreuse. J’aperçois la piste loin en contrebas sur ma droite. Au sommet, on domine une petite plaine de sable et l’oasis de Tanouchert toute verte. Je dévale dans le sable entre les pierres vers cette plaine. Je tombe pile sur les traces de Titi et Dom.

Je passe la barrière de l’oasis et arrive à une auberge à la nuit tombante, c’est le CP3. Mais c’est en plein dans la prière. On ne peut donc pas s’occuper de moi. Une dame me fait un vague signe vers le restaurant, une grande case ronde. J’ai du mal à comprendre que c’est là que je dois m’installer. En fait les gens s’avèrent très gentils. Le couscous est prêt, suivi d’une crème de dattes. C’est Byzance.

Je ne m’attarde pas une fois repue et repars dare-dare pour la première nuit.

Et elles vont être longues ces nuits, plus de 12h, et j’appréhende. Je ne raffole pas de la sensation d’endormissement et de tituber en marchant. Aussi j’ai décidé de dormir un minimum chaque soir. Enfin plus tard, pas le premier quand même.

Je repasse la clôture de l’oasis, et me voilà de nouveau dans le sable. Je prends un cap sur une étoile dès qu’elles brillent suffisamment. Et… en voilà une filante ! Ne pas oublier de recadrer le cap toutes les heures, car les étoiles bougent. Quand je ne cours plus, je marche d’un pas rapide.

1000km dans le désert mauritanien

Me voilà déjà au CP4. J’y retrouve Titi et Dom. A vrai dire Thierry n’est pas très présent. Il est allongé par terre devant la tente et vomit toutes ses tripes. Bon, évitons de l’écouter. On est prêt à repartir tous les 3 au même moment. Car je suis 3° ! Enfin, on n’a fait que 80km. Dom me propose que je me joigne à eux. Ah jamais ! Je ne suis pas folle, ils sont beaucoup plus rapides que moi.

La nuit se poursuit au milieu du sable et des étoiles. Je finis par rejoindre des traces de 4x4 à l’approche de la petite ville de Ouadane. Je cherche un peu le CP5, de nouveau dans une auberge.  J’y retrouve Titi et Dom, et même scénario, Titi vomit tout son soûl. Ca devient une habitude. Alain et Patrick le caméraman dorment dans un coin.

Je demande ce qu’il y a à manger. Et bien, rien. Ah, nous sommes pourtant dans une auberge, et normalement il y a des pâtes et des sardines promises. Mais non, il n’y a rien. Ce ne doit pas être la bonne heure, il faut dire qu’il est 4h du matin. Même pas du pain ? Les Maures mangent beaucoup de pain. Non, pas de pain. Le gardien du CP finit par me dénicher des crudités avec de la vinaigrette s’il vous plaît. Il faut juste que les légumes crus ne me rendent pas malade. Dom me file du quinoa, que j’agrémente donc de crudités. Ca ira.

Les gars repartent. Je ne les reverrai plus.

1° nuit, donc 1h de sommeil. Logique.

Bien que je ne ressente pas spécialement l’envie de dormir. Mais on est parti pour un bail, ne l’oublions pas. Et ça me fait 100km parcourus, ce qui est bien. Je sors mon petit sac de couchage très léger, c’est une petite couverture polaire fine, j’enfile le bonnet, et hop, je pionce.

Ma montre me réveille 1h plus tard pour repartir. Il fait encore nuit. Alain roupille toujours et ne s’est pas aperçu de ma présence.

Je reprends ma trajectoire tout droit en courant, appliquant de nouveau mon principe 1h-1/4h qui me réussit bien, je ne fatigue pas. Je suis dans une zone très sableuse, avec de petites dunettes. Facile.

Dès qu’il y a du sable, on ne peut pas manquer les traces caractéristiques des scarabées.

1000km dans le désert mauritanien

Le CP6 est déjà là.

C’est un petit vieux qui tient le CP, il parle peu français, mais me serre dans ses bras. Si l’accueil est chaleureux, le ventre risque de rester vide. Il n’y a rien à manger. Tiens, ça me rappelle quelque chose. En fait, il est 10h, et il me fait comprendre que c’est un peu tôt et que le service est pour midi. Quoi ? Tu as des pâtes ? Oui. Tu as des sardines ? Oui. Tu as des dattes ? Oui. Alors on va manger. Tu utilises l’eau chaude du thé pour faire cuire les pâtes, et à table dans 10 mn. Il a compris et s’exécute.

Par contre, non merci pour le thé mauritanien, qui lui est toujours prêt. C’est du thé à la menthe extrêmement sucré.

C’est là que je remarque que les semelles de mes chaussures commencent à se décoller. Mince, déjà.

J’ai le droit à une nouvelle accolade et des encouragements au moment de partir.

Je me dirige vers le guelb de Richat, l’œil de l’Afrique. C’est un énorme trou tout rond de 60km de diamètre. Cratère météorique, volcanique, ou simple érosion ? On en discute toujours aujourd’hui. Une curiosité géologique. A quoi cela va-t-il ressembler ?

1000km dans le désert mauritanien

Pour l’instant je suis dans de jolies dunes parsemées de cailloux. Et les petits cailloux deviennent multicolores, avec des couleurs très vives, du rouge, du orange, du jaune, du bleu, du vert, du violet, et j’en passe. C’est incroyablement beau. Mes yeux s’emplissent de sable et de petits cailloux, à défaut d’en remplir mon sac, mais ce n’est pas le moment. Dommage. Ce n’est pas le temps non plus de musarder.

Je passe à côté d’une maison de nomades, faite de branchages. Puis c’est une belle descente vers une surface bleutée très plane, calcaire, sorte de dépression.

J’en profite pour cogiter sur mes chaussures. Je les ausculterai au prochain CP.

J’attaque maintenant une belle montée, qui devient très pierreuse, et je finis par rejoindre la piste par un petit col qui mène au sommet et centre du guelb, dans une petite batisse en pierre. C’est la maison de Théodore Monod, qui tient lieu de CP7.

1000km dans le désert mauritanien

Les fenêtres sont curieusement disposées près du sol, très bas. En fait les gens vivant sur des nattes assis ou couchés par terre, les ouvertures se trouvent à leur hauteur, permettant de profiter au maximum d’air frais.

Là, les pâtes et les sardines sont prêtes à être englouties.

Je commence à entourer mes chaussures d’élastoplast, par-dessus les guêtres qui sont cousues, quand un 4x4 arrive. C’est Jean-Claude le photographe et Tassoukou. Mes pompes sont les vedettes du moment. Je ne suis apparemment pas la seule à avoir des problèmes de chaussures, et Alain a paraît-il un scotch miraculeux pour la circonstance. Mais il n’est pas là. Je raconte à Jean-Claude que j’ai des chaussures de secours dans mon dropbag du CP40. Les miennes devront tenir jusque-là, soit 660km…

1000km dans le désert mauritanien

Pour ressortir du cratère, je poursuis dans les petites montagnes rocheuses, avant d’atteindre une belle dune à franchir, recouverte de pierres noires au sommet. Qui me mène dans une vallée, avec une autre dune en face, à franchir. Qui me mène dans une vallée, avec une autre dune en face, à franchir. Qui me mène dans une vallée, avec une autre dune en face, à franchir. Et qui me mène etc. Un passage de dune et sa vallée correspondent à 500m horizontal. Le GPS indique 10km jusqu’au prochain CP, ce qui fait potentiellement 20 dunes à franchir… Et pas des petites. Eh bien, allons-y ! C’est un bon exercice !

Il n’y en aura pas 20, heureusement.

En fait elles forment des cercles d’enceintes rocheuses, séparées par des gouttières plates, qui entourent le massif central d’où je viens, le guelb.

Ca s’aplanit à l’approche du CP8. J’y arrive à la tombée de la nuit. Il y a du monde, et un grand feu flambe devant le CP, avec tous les chauffeurs des 4x4 affalés.

1000km dans le désert mauritanien

Sous la tente, je suis seule. Après les pâtes / sardines, je me penche sur l’ongle de mon gros orteil, qui est sensible. Ca ne m’étonne pas, il y a un peu de liquide dessous. Je n’ai pourtant rien heurté, malgré la caillasse de la journée. J’essaie de le percer avec une aiguille, sans succès. Pour l’instant ce n’est qu’une gêne, j’en reste là.

Passons aux chaussures. Ca tient le coup, juste certains morceaux d’élasto qui partent.

Je repars rapidement. Encore quelques dunes, avant d’arriver devant un immense mur, tout orange dans la lumière de la lune. Très beau mais inquiétant. Par où faut-il le prendre ? De nuit, je ne peux pas dire. Alors, allons tout droit. C’est raide, et le sable est très mou et glisse dans la grimpette. Et c’est de plus en plus raide. Je termine à 4 pattes, pour atteindre un espace rocailleux en haut. Je m’accroche à ces pierres pour pouvoir franchir les derniers mètres.

Ce sera la dernière dune, ouf. Mais que c’était bien !

Je vois une lumière là-bas. C’est le CP9, à 5 km. Celui-là au moins on le voit de loin. Je dois traverser un espace de sable dur dessus et mou dessous avant d’y parvenir, pas facile d’y avancer vite. Et… une étoile filante.

Pâtes, sardines et dattes m’attendent.

Il me faut quelque chose de pointu pour m’occuper de cet ongle. Je demande un couteau au gardien du CP. Il a ce qu’il faut, et va se coucher pendant que j’opère. Toujours sans succès. Bon, je garde l’ongle tel quel de nouveau.

2° nuit, donc 2h de sommeil. Logique.

Ma montre me réveille, et… s’éteint définitivement. Heureusement que j’ai pris un téléphone, qui me servira de réveil désormais.

Je repars au lever du jour. Si les grandes dunes sont terminées, je suis toujours dans le sable mou, clairsemé de petite végétation et de pierres. J’y cours bien. Il ne fait pas trop chaud le matin, j’en profite.

1000km dans le désert mauritanien

Mais le bout des semelles de mes chaussures se décolle carrément. Ca fait cuillère à chaque foulée dans ce sable. Ah, de pire en pire. Alors ça cogite. Ce serait vraiment bête de devoir arrêter pour ces pompes, alors que je me sens si bien et que ce n’est que le début du périple. Je me débrouillerai pour récupérer mes autres baskets et continuer, même si je suis considérée hors course.

Je suis très bien accueillie au CP10. Le gardien a fait de la galette, un gros pain cuit dans le sable. Oui oui. On fait un feu dans le sable, puis on met la pâte à pain dans le trou de sable chaud, on recouvre de braises, et on laisse cuire. Et il ne reste aucun grain de sable sur le pain. Quel délice !

J’ai de quoi me bichonner dans mon dropbag du CP10. Je préviens le gardien que je vais me dévêtir. Pas de problème, il sort. Opération changement de tenue et massage.

Je me protège du soleil au maximum. Je porte un collant, un maillot Xbionic, rose de surcroît, ce qui plaît beaucoup à Alain, mais qui n’a malheureusement pas de manches longues, je n’en ai pas trouvé à la Réunion. Je complète avec des manchettes. Et une casquette saharienne très couvrante. Mon maillot est tellement bien, il me maintient au frais quand il fait chaud et le dos est à peine humide avec le sac, que je le garde pour les 200km suivants. Pour la nuit, un petit pull polaire très léger, que je ne mettrai pas. Je ne l’utiliserai que pour dormir, et une veste coupe-vent.

Pour l’instant, je dois m’occuper de mes chaussures. Je rajoute une dose d’élasto sur le bout des semelles. J’ai un stock d’élasto dans mes dropbags tous les 200km.

Quant à l’ongle, il commence à s’infecter. J’arrive à le purger par le côté, mais pas complètement.

Je m’apprête à repartir quand surgissent Boydya et Marion, brandissant mon sac du CP40. Mes chaussures de secours me tombent dessus ! Super ! Jean-Claude a véhiculé mon message du CP7 aux bonnes personnes. Certes, elles n’ont pas de guêtres cousues dessus, mais j’ai l’assurance de pouvoir continuer.

Marion en profite pour désinfecter mon ongle.

Cette fois c’est le bon départ, toute ragaillardie. Je suis toujours dans du sable mou avec une courte végétation. Quelques acacias de temps en temps, et quelques chameaux qui vaquent à leurs occupations.

1000km dans le désert mauritanien

Evidemment, il y a du sable qui rentre dans mes chaussures. Et je sens rapidement l’apparition d’une ampoule derrière le talon gauche. J’y mets immédiatement de l’élasto. En tout cas, ça ne m’empêche pas de courir.

Une étrange bête s’enfuit devant moi. C’est un énorme lézard noir avec le ventre orange et une queue ronde. Il me fait penser à une salamandre immense. Il se tortille pour essayer d’aller vite. On voit aussi un tout petit lézard, beaucoup plus commun.

1000km dans le désert mauritanien

J’arrive au CP11 en compagnie de corbeaux. On en croise assez souvent.

J’ai le temps de vider le sable de mes chaussures et de percer l’ampoule, car le repas n’est pas prêt. C’est un petit jeune qui tient le CP. Il ne parle pas français et visiblement n’a pas d’expérience dans les courses non stop. Je dois le houspiller un peu pour qu’il mette de l’eau à chauffer pour les pâtes.

Je reprends rapidement ma route.

La nuit pointe déjà. Je suis la piste un moment, en courant quand il n’y a pas trop de pierres, et ce n’est pas ce qui manque. Je me sens bien, il ne fait pas froid, et je profite vraiment du moment présent. Moi qui ne raffole pas des nuits !

Quelques gerbilles pointent leur museau de temps en temps dans la lumière de la lampe.

1000km dans le désert mauritanien

Les tentes blanches des CP se voient bien dans la nuit, et je suis déjà au 12°.

Le gardien parle peu français et n’est pas très débrouillard. Il héberge un copain, qui dort profondément. Les pâtes ne sont pas prêtes. J’ai le temps de m’occuper de mes petons. L’ampoule s’est reformée et a grossi. Je la perce de nouveau. Elle ne me gêne pas pour le moment. L’ongle est toujours purulent, je le vide aussi. Il ne me gêne pas non plus.

3° nuit, donc 3h de sommeil. Logique.

Je réserve le petit déjeuner pour mon réveil. Il y aura des pâtes ? Non. Il y aura du pain ? Non. Tu pourras me réveiller à 1h du matin ? Non. Bon d’accord, j’ai compris, je vais rester autonome. Je fais une réserve de petits biscuits mauritaniens. Quand je me réveille, le gardien n’ouvrira pas l’oeil, je n’aurai même pas un thé.

Je reprends mon rythme, course quand il n’y a pas trop de caillasses. Je tombe sur une piste pile à un point GPS intermédiaire. C’est l’entrée de la descente dans un canyon. Il y a là une piste d’aviation, dont je n’aperçois aucunement l’existence dans la nuit.

Dans le canyon, il n’y a qu’un accès possible : la piste. Le sable y est bien mou, mais j’y cours. Avec la lune, je peux distinguer de hautes murailles rocheuses de chaque côté. Ce doit être très beau de jour. Le canyon s’avère très bruyant, les cris des chacals résonnent fortement.

Mais le sable est profond et je dois vider mes chaussures en cours de route.

Le jour se lève à la sortie du canyon. Comme c’est beau ! La partie montagneuse est sur ma droite, et une plaine s’ouvre sur ma gauche. Devant apparaît le fort militaire où est installé le CP13. Il y a quelques bâtiments en pierre, de petites tours et un puits. J’ai même cru que c’était une mosquée.

J’y débarque à l’heure du petit déj, sauf que le mien est bien loin depuis 1h du matin et qu’il fut léger. Le gardien me propose du pain. Il n’y aurait pas des pâtes par hasard ? Eh non, pas à cette heure. Alain est là et pallie mon appétit en m’offrant un sachet de lyophilisé. Ah, je vais déroger aux pâtes alors. Et bien non, menu invariable, ce sont des pâtes bolognaises. J’éviterai seulement les sardines.

Si j’ai des nouvelles de l’avant avec les fiches de pointage dans les CP, et l’écart se creuse doucement mais sûrement avec Titi et Dom, voici que j’ai des nouvelles de l’arrière pour la première fois. Patrice, Gérard et Jacques me suivent, puis Takao. Tout le monde va bien.

Je commence à flotter sérieusement dans mon collant. Heureusement qu’il y a un cordon pour le tenir, l’élastique est soudain devenu méga-large. Mes gambettes de plus en plus maigrelettes vont-elles me porter jusqu’au bout ? Du coup je crains les frottements au niveau des fesses et des cuisses, mais il n’en sera rien, j’y échapperai.

Le gardien se prépare des petits morceaux de pain arrosés d’eau chaude, d’huile et de sucre. Il me propose de partager son repas. Euh, non merci, vraiment.

Je m’occupe de mon ampoule qui a de nouveau grossi. L’ongle par contre s’est calmé.

J’ai le droit à une séquence de filmage par Patrick pour mon départ trottinant.

Changement de direction, ce sera plein ouest désormais pour les 500km suivants, avec vent dans le dos, c’est l’harmattan. J’accroche le rabat de ma casquette à mon maillot avec une épingle à nourrice, pour que ça ne vole pas dans tous les sens et que la protection soit efficace.

Jusqu’ici nous avions du relief, on était sur un plateau pierreux, ce qui demande de l’attention. Maintenant, c’est le plat complet. Ampleur et platitude, que c’est beau ! Une large vallée s’ouvre devant moi à perte de vue, bordée à droite par un magnifique cordon de dunes et à gauche par la chaîne de montagne de grès noir de l’Adrar, dont nous faisons le tour. Un peu de végétation de temps en temps, des acacias, des touffes d’herbe, une euphorbe (Calotropis Procera pour les spécialistes) dont les grandes feuilles rondes ressemblent à celles de notre bois de tambour, mais rien à voir évidemment. C’est une plante très toxique, du coup épargnée par les chameaux et les chèvres. Elle est en fleur, de belles inflorescences violettes odorantes. Les lianes des coloquintes s’étalent sur le sable, seules les graines sont comestibles. Elles sont justement en graine.

1000km dans le désert mauritanien
1000km dans le désert mauritanien

Je croise de petits groupes de chameaux, qui ont l’air de vivre en liberté. Ne nous y fions pas, le propriétaire ne doit pas être loin. Il y a donc des villages dans le coin, invisibles.

Je cours toujours avec beaucoup de plaisir, sans fatigue. L’après-midi je marche quand il fait très chaud. Et j’adapte la quantité d’eau à prendre en fonction de la température : 1,75 litre l’après-midi, 1,5 litre le matin, 1,25 litre la nuit. Je ne bois pas beaucoup et je n’ai jamais manqué d’eau.

Je ne respire que par le nez, car par la bouche, cela l’assèche immédiatement et c’est insupportable.

Je n’ai plus besoin de vider le sable de mes chaussures entre les CP, il y en a peu qui rentre sur ce terrain plat.

J’arrive au CP14. Quelques femmes d’un village voisin ont étalé leur stand de vente d’artisanat. Le gardien du CP a beau leur expliquer que nous ne sommes pas des touristes normaux et que nous n’achèterons rien, elles resteront là plusieurs jours.

Le gardien du CP parle très bien français. Il est fier de me dire qu’il a le bac et qu’il est guide.

Je reprends ma route vers le CP15. Il fait chaud maintenant, ce qui ne m’empêche pas d’admirer le fabuleux paysage. On ne voit pas un cordon de dunes de plusieurs centaines de km tous les jours. Le mien est tout ocre, splendide.

Le gardien du CP15 prépare une galette quand j’arrive. La pâte est prête, il allume le feu dans le sable. Je ne verrai pas la suite et je n’en mangerai pas, je serai repartie. Pour moi, ce sera pâtes et sardines. Néanmoins le menu du soir prévu est couscous au chameau. Je demande à goûter à la viande de chameau séchée, qu’on me donne avec parcimonie.

1000km dans le désert mauritanien

La nuit commence à tomber. Je n’ai qu’à suivre les traces de 4x4 dans le sable puisqu’on va tout droit. Facile à l’éclairage de la lampe, pas besoin de regarder le GPS. Le sable clair paraît blanc et j’ai l’impression de marcher au milieu de la neige, à la température près. C’est magique.

J’arrive à un embranchement de pistes. Le GPS m’envoie à droite. Curieusement ça monte, moi qui croyais que j’étais dans la platitude. Je ne me serai pas plantée par hasard, en ne vérifiant pas mon GPS sur la grande piste ? Je passe devant quelques maisons, les chiens aboient, les chèvres bêlent, et j’arrive à un terminus de la piste. Ah, ce n’est pas normal. Une tripotée de femmes sort d’une maison, dans la nuit. Il n’y a aucune lumière à part ma lampe. Elles n’ont pas l’air surprise de me voir, et m’invitent à entrer chez elles. Elles ne parlent pas français. Euh non merci, c’est gentil, mais je dois continuer mon chemin.

1000km dans le désert mauritanien

Et justement, il n’y a plus de chemin. Je n’ai pas d’autre choix que de suivre tout droit le GPS. Je tombe dans un pierrier qui de surplus monte. La progression est difficile. Dans la nuit, je vois que je me dirige droit sur une montagne, je dois passer de l’autre côté, le GPS ne connaissant pas le relief. Mais c’est qu’elle a l’air raide cette montagne, une vraie falaise. Je suis vraiment allée trop à gauche en suivant malencontreusement une trace de 4x4 erronée. J’oblique vers la droite tant que je peux au milieu des pierres pour contourner la grosse masse noire. Je finis par rejoindre la vallée et le sable, et le CP16, qui n’était pas loin à vol d’oiseau. J’ai dû mettre 2h pour faire 2km. Et je voyais désespérément mon dodo tant attendu remis à plus tard.

Dha, le gardien du CP, savait que je devais arriver et m’attendait depuis longtemps. J’ai juste eu un petit contretemps. Au moins le repas est prêt quand je débarque. Et, bonheur, du thon remplace les incontournables sardines. C’est que je préfère le thon aux sardines.

Je commence à sentir un léger frottement du sac dans le dos. Comment demander à un homme musulman de mettre de l’élasto dans le dos d’une femme catholique ? Je vais devoir enlever maillot et brassière. Cela ne pose aucun problème à Dha, qui me rend ce service.

4° nuit, donc 4h de sommeil. Logique.

La suite du parcours est plus accidentée, avec des montées sableuses pour franchir un peu de relief pierreux, comme des petits cols. Le cordon de dunes s’est éloigné.

Juste après le CP17 se présente un secteur très pierreux. Il vaut mieux garder la piste, qui serpente entre les gros blocs. Je finis par surplomber et contourner un petit canyon, très beau. Suivi d’une belle descente dans le sable comme on les aime.

Je vois une tente de CP au pied de cette descente. Déjà ? Il en sort quelques gamins, puis une femme. C’est la maison d’une famille de nomades. On se fait de grands signes.

1000km dans le désert mauritanien

Je retrouve un terrain plat, en longeant la base de dunes. Au loin le village d’El Bayed qui a l’air assez important, il y a une mosquée, et un puits, fort tentant. Comme il n’y a personne autour du puits et tout ce qu’il faut pour puiser de l’eau, voilà une excellente occasion de se débarbouiller. Comme ça fait du bien !

La piste devient maintenant très molle, et le sable rentre à gogo dans mes chaussures. Je dois les vider toutes les 10 minutes. Que de temps perdu ! En plus c’est le supplice pour remettre les chaussures à chaque fois avec mon ampoule. Et en plus, une nouvelle petite cloque pointe son nez au talon droit, l’autre pied. Quelle chance !

Je croise un berger avec son troupeau de chèvres, avant d’arriver en fin d’après-midi au CP18. Juste quand je me pointe, un 4x4 démarre. Je pénètre sous la tente, et… il n’y a personne. Au bout de quelques minutes le 4x4 revient avec le gardien du CP, c’est le petit vieux très affectueux. Ah le filou, il était parti en goguette chez les bergers du coin.

En tout cas, il me reçoit très bien, le riz est prêt. Du riz ! A la place des pâtes, chouette !

La nuit tombe après le CP18. Pour une fois, je suis la piste, toujours très sableuse. Voilà qu’arrive un 4x4, c’est Boydya avec Philippe, le médecin venu en renfort pendant une semaine. On s’installe par terre pour qu’il examine mes pieds.

Ni une ni deux, il fait un grand trou aux ciseaux dans les ampoules des 2 pieds, pour être sûr de les vider entièrement et qu’elles ne se referment pas pour se reformer. Le pied droit me laissera pratiquement tranquille désormais. Quant au gauche, la peau est toute plissée sur la chair à vif. Si l’ampoule ne se reformera pas, je vais déguster. Mais il faut en passer par là, il faudra bien le supporter.

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La nuit s’installe. J’entends régulièrement des chiens aboyer, il doit y avoir plein d’habitants par ici, mais aucune lumière. Je finis par en voir une assez loin, un peu en hauteur.

C’est celle du CP19, et le gardien m’y attend. Il porte son grand boubou bleu en basin brillant, très imposant. Il m’a préparé une bonne soupe de légumes bien épaisse. Je m’en sers même de sauce sur les pâtes. Un vrai délice. Il me propose un thé mauritanien, mais c’est trop sucré. Il m’en tend un tout de même un peu après, que je refuse. En fait il l’a préparé exprès sans sucre pour moi. Alors là, oui !

Place au sommeil. J’aimerai maintenant alterner une nuit de 4h et une nuit de 3h comme régime de croisière. C’est le tour des 3h.

Je reprends mon chemin ragaillardie, toujours en alternant course et marche, il faut profiter de la fraîcheur de la fin de nuit.

Le soleil se lève, et je me retrouve de nouveau au milieu d’un cordon de dunes ocre sur ma droite et la montagne noire sur ma gauche. Et voici le CP20, et 400km parcourus.

J’y ai un sac bien-être. Une douche s’impose. Je m’installe derrière la tente, sur un coin de natte, avec une bouteille d’eau comme pomme de douche. Sans tout tremper et sans me mettre du sable partout, c’est un exercice d’équilibre. Suivie d’un petit massage avant de repartir. Mon huile de massage se met curieusement à mousser sur mes cuisses, et impossible d’enlever la mousse.

Le vent est fort, et une poussière de sable s’élève des dunettes, partout. Pour l’instant, ça ne me gêne pas et j’avance bien.

Le sol change maintenant, j’atteins le lac salé. C’est très dur, tout gris, totalement plat, et vide.  Il y en a pour 60 bornes, tout droit. En tout cas, c’est facile d’y courir.

Le CP21 apparaît déjà. Le gardien du CP m’explique comment la tente a été installée, avec le sol très dur et le vent, et elle tient très bien. Je ne m’y attarde pas.

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L’air est très sec, la poussière de sable envahit tout maintenant, je dois m’en protéger. J’ai un morceau de chèche que j’attache à ma casquette, elle-même attachée à mon maillot, je rappelle. Cela me couvre tout le bas du visage, le nez et la bouche, et ça flotte dans le vent, si bien que ça ne me tient pas chaud. Impec. Je mouche beaucoup, du sang, cependant j’arrive à garder les narines humides si bien que ce n’est pas embêtant. D’ailleurs j’ai prévu, et j’ai un grand nombre de mouchoirs dans mes sacs aux CP. Quant aux lèvres, elles résistent bien.

C’est l’après-midi et il fait vraiment trop chaud pour courir. Je marche d’un bon pas, bien que je sente davantage mon ampoule en marchant qu’en courant. Comme le terrain est facile et que je n’ai pas besoin de regarder mes pieds, je profite du paysage, en pleine admiration. Et je chante. Tout ce qui me passe par la tête, c’est très éclectique. Enfin, je chante dans ma tête, car pas question d’ouvrir la bouche. Sinon ça brûle immédiatement les poumons. Au sommet du hit-parade se trouvent Brel et Miro. Je compose des paroles sur leurs mélodies, et attention, il faut que ça rime. Je m’amuse bien.

Malgré ça, je sens le manque de sommeil me rattraper une fois la nuit tombée, et je commence à tituber. Sensation horrible, dont je ne veux pas. Dormir 3h, ça ne va pas. Je dormirai désormais 4h par nuit. Du coup, avec la fraicheur, je chante cette fois à tue-tête dans la nuit pour me tenir éveillée.

Le CP22 est au milieu du lac. Je vois sa lumière de loin. J’y ai des nouvelles des coureurs derrière. Pat et Gégé ont lâché Jacques, et ne devraient pas être trop loin. Je dors donc 4h, et je repars, la forme est revenue.

Le jour se lève, et je me retrouve dans une épaisse brume. La poussière de sable réduit drastiquement la visibilité. Vite vite, j’installe mon chèche et reprends ma foulée. Cette fois, le paysage est réduit. Je chante dans ma tête d’autant plus, pour éviter la lassitude des kilomètres plats.

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D’ailleurs, me voilà de nouveau dans le sable, et la poussière s’estompe. Le lac salé est déjà terminé ? Tout compte fait il est passé rapidement.

La vie revient autour de moi, les plantes, les chameaux.

J’avale le CP23 et le 24 dans la foulée. Le sable entre de nouveau dans mes chaussures, ça ne peut pas durer comme ça. Je coupe mon buff en 2, puisque je ne l’ai jamais utilisé jusqu’à présent et j’entortille chaque partie sur le bout d’une chaussure, là où le sable traverse le mesh. Ma fois, si ce n’est pas parfait, cela s’avère assez efficace.

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Une nouvelle nuit s’annonce, je tiens bien le coup au niveau sommeil. Néanmoins, le CP25 étant la mi-course, je vais m’octroyer un extra, un dodo de 5h. Mérité n’est-ce pas ?

J’oblique vers le côté dunes. La piste en gravit une bonne, et moi avec, et mène à un village, que je distingue dans la nuit. Il y a notamment des panneaux solaires.

Je réveille le gardien du CP qui dort dehors. A l’intérieur se trouvent 2 autres dormeurs, Jean-Claude et Tassouko, les 2 photographes. Ca ronfle. Peu m’importe du moment que j’ai un matelas de libre.

Des mouvements me réveillent légèrement, une lampe apparaît. C’est Gégé et Pat qui se pointent. Salut les gars ! Je pensais qu’ils me rattraperaient bien avant les 500km, je les considère comme plus rapides que moi, car ils dorment très peu. D’ailleurs ils ne restent qu’1h au CP, pas comme moi ! Mais pas de chance, il ne reste qu’un matelas et Patrice dort par terre. J’aurai été à sa place, j’aurai viré sans hésiter un des photographes qui se font des nuits normales, priorité aux coureurs.

Je repars aux aurores pendant que Jean-Claude cherche le puits.

La peau de mon ampoule s’est malheureusement arrachée, et elle devient vraiment douloureuse. Ca ne me donne plus envie de courir, je vais uniquement marcher dorénavant.

Je progresse dans des dunettes et je vois régulièrement les traces de Pat et Gégé. Sur la piste je croise un chamelier de grand matin. Il me demande où je vais. Comment lui expliquer ? Je n’ai que des points GPS à lui donner. En tout cas, il a croisé 2 autres gars comme moi un peu plus loin, ils vont bien. Merci des nouvelles, elles circulent vite dans le désert.

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On contourne Atar. Les habitations se font plus nombreuses, et les pistes aussi. Il y a même un monsieur qui m’indique gentiment celle de gauche, vers la ville. Non non, je vais tout droit. Il ne doit rien y comprendre.

La piste s’estompe pour laisser place à un passage sur de grandes et magnifiques dalles bleu roi, je n’en crois pas mes yeux. C’est très facile d’y marcher en plus.

Le sable reprend son droit, avec encore des pierres bleues par endroit, et ça monte, jusqu’au sommet d’une grande dune à dévaler. Quel dommage que mes chaussures sans guêtres n’apprécient pas, car moi j’adore ça.

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Le CP26 est en bas. J’y retrouve Pat et Gégé. Patrice me propose de me joindre à eux. Non merci. Je préfère tracer ma route moi-même, c’est mon plaisir et j’ai besoin de ce côté aventure. Et surtout nous n’avons pas du tout le même rythme. Je dors 4h la nuit et je ne prends pas d’autre repos. Ils dorment 1h par CP et font des pauses dodo de 20 minutes dans le sable le long de leur parcours quand ils ne tiennent plus. Très peu pour moi.

Le gardien du CP est un des petits jeunes. Je le booste un peu pour qu’il se décide à nous préparer les pâtes, sinon on en a pour quelques plombes. Patrice me trouve même un peu dure avec lui.

Je reste sur la piste pour la suite, car il y en plusieurs, avec plein de changements de direction, des villages et des puits. Pas question de se fourvoyer.

Soudain mon GPS indique le point suivant à… 4512km. Ah ! Un peu loin celui-là. Heureusement, je sais d’où provient l’erreur. Lorsque j’ai fait la saisie à la maison, ce sont toujours les coordonnées de la Réunion qui apparaissent et qu’il faut modifier pour avoir celles que l’on veut. J’ai laissé par mégarde l’hémisphère sud au lieu de mettre le nord pour la latitude, même après 2 vérifications de tous les enregistrements. Je passe à 12km en 2 bip. C’est mieux !

Le CP27 est dans belle zone d’acacias avec plein d’oiseaux, dont l’incontournable moula moula ou traquet pour les puristes, tout noir avec sa calotte blanche sur la tête, et d’autres espèces moins voyantes.

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La nuit s’annonce, et je vais dormir 4h au CP28. J’y retrouve de nouveau les 2 gars. Ils sont épuisés, ah ben tiens, et vont dormir plus longtemps que moi.

En repartant, je ne trouve pas la trace de la piste dans la nuit, car le sol est dur. C’est un CP court annoncé, 16km. Je vais couper tout droit. Je me tape énormément de cailloux, avec des surfaces bleues dans la lumière de la lampe. Que c’est beau ! Ca l’est moins pour mes pauvres pieds, et je ne vais pas très vite.

Et soudain, j’éclaire une pierre de forme cubique d’un mètre de haut, gris clair, couverte de gravures rupestres. J’en reste baba, tomber dessus en pleine nuit dans le petit halo de ma lampe ! Je ne manque pas de l’examiner sous toutes les coutures. On y reconnait très bien un homme et une femme, et plein d’autres petits personnages. Mais je dois poursuivre ma route. Je n’ai pas pensé à prendre le point GPS de ma découverte.

Et maintenant je tombe sur des dunes. Très chouette, sauf encore pour mes pieds et je vais aussi moins vite.

Je finis par débarquer au CP29. Pat et Gégé, qui sont partis après moi, y sont depuis 2 heures. Ils ont suivi la piste qui était très facile, même s’ils ont fait bien plus que 16km. Euh oui, de mon côté j’ai fait du tourisme. Mais je ne regrette pas, je préfère mon trajet au leur.

Le CP est plein, Alain y dort aussi. Heureusement il me reste un matelas. Le gardien me bichonne, il m’attendait beaucoup plus tôt.

Je repars, toujours dans la nuit, et cette fois je reste sur la piste, du moins au début. Je la quitte dès qu’il fait jour. Ca grimpe sûrement et régulièrement dans le sable, parsemé de pierres, des fois bleues, des fois vertes, des fois oranges, des fois roses, des fois pourpres, au moins c’est varié, avec pas mal de petites végétations. Tiens, un tapis de tout petits cailloux d’un blanc immaculé, il y en a plein, sur une surface restreinte. Mais non, ce sont des coquillages ! J’aboutis de nouveau en haut d’une grande dune à dévaler. Je ne vois pas tout de suite le CP30, il est pourtant juste là en bas. J’oblique direct vers mon objectif en vue, pas besoin de GPS.

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Pat et Gégé sont là. Ils ont leur sac, mais pas moi. Ah, c’est embêtant, j’y ai mes affaires de rechange des 600km. Le maillot, ce n’est pas grave, mon joli rose fera encore bien 200 bornes, mais LES CHAUSSETTES ? Au secours ! J’en rêve, de changer de chaussettes. Ma grosse ampoule suinte en permanence et elles sont devenues dures comme du carton avec le sable + la lymphe, voire le pus pour l’ongle. Bon, je n’ai pas le choix, je prends mon courage à deux mains, ok, je vais reprendre avec mes cartons aux pieds. Patrice me file une soupe et un Babybel, comme je n’ai pas mes petites douceurs de CP pair. On s’apprête à repartir tous les 3 quand le 4x4 de Boydya arrive, amenant les sacs manquants. Voilà mes chaussettes tant convoitées !

Je change de maillot à regret, le Xbionic me garde vraiment le dos sec, mais il a fait 600 bornes, il ne faut pas exagérer. Je le troque pour un Raidlight, qui, même s’il est bien, s’avère en comparaison moins confortable, j’ai le dos humide avec le sac.

Les gars repartent tandis que je prolonge la pause. Ce sera du coup douche, et change complet. Appréciable ! Je me suis installée en petite tenue derrière la tente sur un plastique avec une théière d’eau pour me débarbouiller, et voilà que je me retrouve entourée d’un va et viens d’âniers et de chameliers. Il va falloir patienter.

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Boydya m’encourage et m’enjoint de ne pas me faire doubler par les garçons. Allez les filles ! Mais c’est tout vu, ils dorment moins que moi, et je ne dérogerai pas à ce point. J’assume ma 5° place au classement.

La montagne que je longe depuis fort longtemps s’éloigne sur ma gauche, je suis maintenant sur de grandes ondulations de dunes couvertes de nombreuses pierres. Je coupe tout droit, sans que la piste ne soit trop loin. D’ailleurs un 4x4 la quitte pour me rejoindre. C’est Philippe le médecin. Il me reconnaît planquée sous mon chèche ? Il vérifie l’état de mes pieds et est fort satisfait de voir la guérison que ça prend, c’est-à-dire que c’est très propre. Certes, mais qu’est-ce que je déguste ! Je lui fais remarquer que ma cheville a tendance à gonfler un peu, absolument sans gêne, et ça redégonfle lors de mon repos la nuit. Il pense à un œdème. Je suis formelle, ce n’est pas ça. J’ai déjà eu des oedèmes, et depuis que je prends du Daflon sur les courses longues, je n’en ai plus. L’autre Philippe l’accompagne, qui a dû abandonner pour cause de défaillance de son GPS. On est sûr de se paumer dans ce cas.

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La nuit tombe quand j’arrive au CP31. Alain est là. Il a modifié le parcours, et je dois rejoindre une route, sans point GPS comme repère. Je n’ai qu’à suivre les traces de Patrice et Gérard, qui eux ont été escortés par un 4x4. Oui bien sûr, de nuit ! Déjà pour partir, je voudrais bien me fier aux traces du 4x4, mais il y en a partout. Le chauffeur me dirige sur quelques centaines de mètres.

J’ai profité du véhicule pour recharger mon téléphone sur la batterie, comme il est allumé 4h par nuit. Il ne manquerait plus que mon réveil soit déchargé.

Je suis sensée suivre la route sur 4km et prendre la piste au 3° radier. D’ailleurs, Isabelle, tu viens de la Réunion, tu sais ce que c’est qu’un radier. Et oui, je connais ! En fait ce sera beaucoup plus long car il y a une belle descente avec quelques virages en épingle à cheveux qui augmente la distance prise à vol d’oiseau par les GPS. Je compte consciencieusement les fameux radiers, c’est en fait au 5° qu’il faut tourner. Il paraît qu’il y a une flèche, que je ne vois pas dans la nuit. Il vaut mieux ne pas se tromper, c’est un formidable pierrier dans le coin. C’est le point GPS du CP suivant qui me conforte dans le 5° radier, sans aucun doute possible. La piste est facile à suivre après.

Le CP32 est parfait pour un somme. J’y retrouve Pat et Gégé qui ont eu du mal avec le nombre de radiers. Ils repartent avant moi.

Je tombe rapidement sur une portion de grosses dunes, très chouettes. Dans ma direction, je dois les prendre en diagonale dans la longueur, ce qui n’est pas le plus facile, surtout sur plusieurs km. En outre mes pieds n’aiment pas, je dois vider plusieurs fois mes chaussures. A la sortie de cette traversée, je tombe sur plein de traces de bétail, chameaux et chèvres, et les traces de Pat et Gégé. Il doit y avoir de la vie dans les parages. Et je perçois des massifs dans la nuit.

Quand le jour se lève, je me trouve effectivement au milieu de petits monts isolés et très noirs qui apparaissent au milieu du sable, comme éparpillés. Ils ont toutes sortes de formes, le moindre creux formant piège à sable, et le manteau blond semble monter lentement à l’assaut des cailloux. Ca fait varier le paysage.

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Dha m’attend au CP33 et m’a préparé un couscous aux légumes, spécialement pour moi. C’est gentil ! J’ai le droit aux confidences de la vie sexuelle d’un Mauritanien célibataire. Il aimerait bien vivre à la française, avec une fille sans être marié, mais ici, ce n’est pas imaginable.

Mon collant commence à se raidir, une lessive s’impose. Je transforme ma petite couverture en jupe pour pouvoir l’enlever, et le rince à la bouilloire avec l’aide de Dha. Le temps de manger, ça va sécher très vite dehors entre le soleil et le vent, mais Dha tient absolument à installer une vraie corde à linge.

Il y a des passages de 4x4 à proximité, il paraît que c’est un coin à orpailleurs.

Un chamelier passe avec son troupeau. Il chercher du vert, des pâturages quoi.

Juste après le CP le GPS m’envoie droit sur un beau massif. Je le prends par la droite ou par la gauche ? Allez, par la droite. En fait ce massif est tout en longueur et je me morfonds à devoir le longer alors qu’il faut que je le coupe à un moment. Pour finir, il y a une gorge au bout que je ne voyais pas. Il y a un peu de végétation rase dans ce coin, avec quelques chameaux.

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Plus loin ce sont des massifs carrément noirs dont un tout rond, il est magnifique. On dirait des sculptures en métal posées sur le sable blanc. Ce fut un de mes coins préférés.

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Je découvre une nouvelle trace humanoïde, celle de Philippe, très caractéristique, de taille immense, et avec les pointes de ses bâtons. Il a repris du poil de la bête, son GPS a dû se calmer.

Au CP34, je me masse les pieds, comme à tous les CP. Mitou, le gardien, très prévenant, veut m’aider et me propose de me masser des pieds à la tête. Non non, c’est gentil mais ça ira comme ça.

Après, c’est de plus en plus vert. Si la végétation reste courte, il y a beaucoup de petites fleurs, elles sont minuscules mais cela suffit pour faire des tâches colorées, un coup rouge, un coup jaune, un coup blanc, je raffole de ces fleurettes. C’est aussi plein de coloquintes, je marche sur les lianes. Il paraît qu’il a plu deux fois dans ce coin cette année, dont la dernière fois récemment. Ca plaît aux bestiaux, il y a de plus en plus de chameaux, des ânes et des chèvres. Et même des papillons ! Comme c’est bucolique ! Et quelques maisons. Un chamelier coupe ma trajectoire.

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Ca commence à monter, pour arriver à… une mare ! Oui, il a plu récemment. J’y découvre plein de traces d’oiseaux dans la boue, outre les traces géantes de Fifi.

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J’arrive au CP35 dans la nuit. Pat, Gégé et Fifi pioncent et prennent tous les matelas. Fifi se lève et me laisse le sien, il n’arrive pas à dormir. Pour moi, aucun problème de ce côté-là. Quant aux 2 autres, c’est la dernière fois que je les vois.

Je reprends la montée dans les pierres, face à une grosse montagne transversale au fond. J’arrive au sommet d’une falaise assez verticale. Une partie du versant qui l’est moins est sableux, seul accès possible, tout le reste est trop pierreux. C’est parti pour une belle descente ! Je me retourne un peu plus loin, je suis au pied d’une falaise. C’est magnifique.

La suite est vallonnée, avec des cailloutis piquetés de buissons et parsemés d’acacias. C’est très facile de se caler un cap, ce qui permet de ne pas être trop concentré sur la trajectoire et de profiter du paysage. Justement, voilà une parfaite grosse tache noire droit devant. Quand je la refixe de nouveau… elle a bougé. Ah ! En fait, c’est un chameau ! La robe des chameaux passe par toute la palette des marrons, du presque blanc au presque noir. J’en croise pas mal de petits groupes.

J’entends très souvent une note unique de flûte, tuuuuuu, très étonnante. Cela ne peut être qu’un oiseau. Je ne le trouve pas du premier coup, il est petit et beige, couleur sable. Ce chant du sirli me ravit, et je cherche à apercevoir son auteur dès que je l’entends. Il est souvent posé sur le sable en zone découverte.

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Le gardien du CP36 n’a rien préparé quand je débarque. Heureusement il y a toujours des dattes pour patienter en attendant le repas. Je lui demande des pâtes. Au bout d’un quart d’heure, il n’a pas encore mis l’eau à bouillir. Cette fois, oui, je suis dure avec lui. Je lui dis qu’il a 10 minutes pour que ce soit prêt. Il est paniqué. Au bout de 10 minutes, je l’oblige à me servir. Evidemment c’est cuit, al dente comme les coureurs les aiment, et parfait agrémenté des sardines, quant à elles vite prêtes. Mais pour lui, c’est immangeable. Les Maures font cuire les pâtes au moins une demi-heure. Je ne me suis pas fait un copain.

Comme dit Théodore Monod, heures lourdes des débuts d’après-midi, que cette plaine est donc vaste, cette dune épaisse, cette falaise haute. Ce malicieux soleil, si pressé tout à l’heure d’aller se percher sur ma tête, en bonne posture pour lâcher sur mes épaules sa chape de feu, a l’air de se plaire au zénith et de n’en redescendre qu’à regret, en tout cas avec une singulière lenteur. Et toujours de face, je reste bien planquée sous mon chèche.

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A 1 km des CP, je les cherche de vue. C’est comme une chasse au trésor, avec la distance qui diminue sur le GPS. Quand je vois la tente, j’ai trouvé le trésor ! Des fois on la voit de loin, parfois à moins de 100m. Tout dépend des ondulations du terrain et des acacias.

Je retrouve Jean-Claude au CP37. Là encore, le repas n’est pas prêt. C’est le jeune gardien qui ne parle pas français. Jean-Claude s’en occupe. Il lui fait bouillir l’eau et détermine la quantité de spaghetti à mettre, car le cuisinier allait en faire pour un régiment. Certes, j’ai faim, mais tout de même. Ce sera prêt en 10 minutes.

L’ongle de mon gros orteil s’est ravivé depuis quelque temps. Il est de nouveau purulent, et j’ai beaucoup de mal à le purger. Ca ne me gêne pas trop, mais je ne peux pas le laisser comme ça. De plus, les autres orteils jusqu’ici épargnés de malheurs, commencent à se réveiller. Une ampoule pointe sous le petit orteil. Je demande à Jean-Claude s’il a vu récemment Marion, le médecin, mais ce n’est pas le cas.

La nuit est bien là maintenant. Je n’ai jamais souffert du froid la nuit, j’ai même rarement mis ma veste.

Je retrouve Fifi au CP38. Je vais y dormir mes 4 heures.

Le terrain est maintenant très caillouteux et toujours vallonné. Je quitte la piste. Un 4x4 me rattrape. C‘est Alain, qui n’a visiblement qu’une préoccupation : ma balise est en panne. Il est accompagné de Jean-Claude et Patrick. Et moi je n’ai qu’une envie, m’assoir et ne pas rester debout près de la voiture. Le chauffeur me cède gentiment sa place, à la demande de Patrick. Alain reconnecte ma balise. Je ne suis pas très contente de porter le poids d’une balise qui ne fonctionne pas.

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Plus loin un autre 4x4 surgit à mes côtés. Décidément c’est le jour des 4x4. Cette fois c’est Marion, qui me donne rendez-vous au prochain CP qui est à 5km. Elle a eu le message de Jean-Claude pour mes petons.

Donc je la retrouve au CP39. Gérard Cain l’accompagne, qui a malheureusement dû abandonner. Du coup j’ai des nouvelles fraîches de tout l’arrière de la course.

Mes chaussures et mes chaussettes commencent à sentir fort mauvais. Il faut dire que mes blessures suintent en permanence. Je dois tout d’abord me laver les pieds dans une… bassine souple, comme spécialement conçue pour les CP dans le désert. Puis Marion peut dorloter mes pieds.

Je change les pansements quand ils deviennent trop humides. Les mouches adorent, je dois les chasser des plaies avant de les recouvrir le plus rapidement possible.

Elle me demande si je sais encore quel jour on est. Oui, ça je sais. Par contre je ne sais plus situer quand sont arrivés les évènements, car j’ai l’impression que désormais, 1 CP = 1 jour. Ca fait 39 jours que je me balade ?

Le trajet vers le CP40 est de nouveau verdoyant, du moins avant la nuit.

Les dropbags y arrive en même temps que moi. Ouf, j’ai grand besoin de chaussettes propres. Les miennes sont devenues vraiment raides et puantes. Quant aux bâtons en cas d’épuisement, je n’en ai pas besoin. Ils resteront dans le sac. Pat et Gégé n’ont sûrement pas dû avoir leurs affaires.

Le ravitaillement est livré, il y a du pain tout frais.  

Je commence à me déplacer instinctivement à quatre pattes dans les CP, bien que je n’aie pas de problème pour me lever. Quoique je préfère tout de même m’accrocher à quelque chose, non pas par fatigue des jambes, mais pour m’aider à garder mon équilibre. Et il n’y a qu’une chose pour s’accrocher : le poteau central de la tente, qui n’est que posé par terre. Je fais vaciller toute la guitoune à chaque fois.

Je commence à trouver mon sac de plus en plus pesant. Pourtant il n’y a rien en supplément dedans. Je refais le calcul des piles, le plus lourd, sur le temps maxi, on ne sait jamais ce qui peut arriver, pour ne pas en porter en excès, mais j’ai juste ce qu’il faut.

L’heure de mon arrivée aux CP nocturnes se décale de plus en plus, si bien que je vais commencer à passer la nuit entière dehors et à dormir le matin, ce qui ne va pas. Il faut me rendre à l’évidence, je n’ai plus qu’à faire la pause au bout de 2 CP au lieu de 3 pour me recaler de bonnes nuitées. C’est donc dodo au programme.

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Je repars dans l’obscurité. En tout cas, ça monte continuellement. Quand le jour se lève, je suis en train de contourner une montagne vers un col. C’est très beau avec le lever du soleil et la vue en haut est magnifique.

Nouvelle direction, droit vers l’ouest pour accomplir notre grande boucle, et la région de l’Amatlich. Du coup c’est le soleil levant que j’aurai de face, et je n’ai plus besoin de la protection de mon chèche.

Je finis par couper une route, il n’y en a qu’une, c’est la route d’Atar à Nouakchott. Le coin redevient bien vert, avec des arbres. Je passe une antenne, un peu de cultures, et le CP41 m’attend.

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Désormais il y a le réseau téléphonique, et les gardiens de CP se tiennent au courant entre eux de nos arrivées. Ils ne me demandent plus quand va arriver le coureur suivant, question à laquelle je suis bien incapable de répondre, et le repas est prêt à mon arrivée. Ils ont le temps de préparer des légumes avec les pâtes ou du riz.

Justement, c’est du riz au menu. Le cuisinier utilise une grosse écumoire pour le service, qu’il laisse sur le couvercle de la marmite, toute collante de riz. Les sirlis flûtistes du coin s’en donnent à coeur joie pour venir picorer les grains sous la tente. Pas farouches pour un sou. Ca m’enchante

Seul bémol à ma plénitude, et de taille, à chaque fois que je dois remettre mes chaussures au moment de repartir, j’appréhende la douleur intense qui s’annonce, et je me mets à trembler de tout mon corps sans pouvoir me contrôler. Heureusement la pointe de souffrance ne dure pas. Après il faut bien une demi-heure de peine à marcher avant que les pieds soient assez chauds pour que les mauvaises sensations diminuent. Néanmoins ma foulée est modifiée par rapport à la normale, je minimise en permanence l’appui du talon gauche sur le sol, et je crains l’apparition d’une tendinite éventuelle. Mais non, j’y échapperai. Jusqu’à présent je n’ai pas pris de paracétamol pour atténuer la douleur permanente, et je n’en prendrai que si je ne parviens vraiment plus enfiler les chaussures.

Dunes claires, le pays blanc à ma droite, et falaises sombres, le pays noir à ma gauche, s’étendent de nouveau à perte de vue, de part et d’autre de mon cap. Je progresse non loin de la route, je vois les voitures au loin. Je pénètre dans un champ de barkhanes. Elles deviennent de plus en plus grandes, étonnant mélange minéral d’arêtes et de modelés, de brutalité et de tendresse, de vigueur et de courbes. J’essaie néanmoins de les éviter au maximum en les contournant sur la gauche car je dois les franchir perpendiculairement, mais peine perdue, elles s’étendent.

1000km dans le désert mauritanien

Mais c’est tellement beau et tellement chouette. Je préfère être là plutôt qu’à longer la route.

Tiens, dans un creux je tombe sur une chamelle et son chamelon, pas vieux du tout ce bout d’chou.

La durée de ma progression étant rallongée par cette forte ration de dunes, une petite faim s’annonce. Ne nous laissons pas abattre. Je m’installe confortablement dans le sable et grignote un paquet de nouilles chinoises. J’en ai dans chaque dropbag et toujours un dans mon sac. C’est mangeable en snack, et les nouilles, ça change… des pâtes des CP.

C’est l’affectueux petit vieux qui m’accueille au CP 42, avec une bonne gamelle de riz. Il est 17h, et j’aimerais prendre l’asphalte pour la nuit, plus rapide que les dunettes, puisque je ne peux pas profiter du paysage. Privilégions la facilité. Pas de problème, le CP suivant est près de la route. Quand j’arriverai à l’antenne, je prends à droite. Il ferme son CP, c’est-à-dire qu’il rabat juste la porte de toile et m’accompagne jusqu’à la chaussée proche. Il n’attend pas son prochain coureur avant demain, et préfère aller passer la soirée avec ses copains du village voisin.

Le bas-côté du bitume est sableux, mais facile pour y marcher. Je me contente de mettre l’éclairage de ma lampe à fond à chaque fois qu’apparaît un véhicule. Il n’y a tout de même pas grande circulation. Les conducteurs ne doivent pas souvent voir une marcheuse sur la route au milieu de la nuit. D’ailleurs en voilà un qui s’arrête pour prendre des nouvelles. Tu vas où ? A l’antenne. Ah, bien, et il repart. Ce n’est pas étonnant que j’aille à l’antenne à cette heure indue ?

Il y a un nombre impressionnant de pneus de camion éclatés sur le bord. A chaque fois qu’un camion arrive, je me dis que si son pneu éclate juste à côté de moi, je n’en mènerai pas large.

A la fameuse antenne, je prends donc à droite, sur une bonne piste qui me mène rapidement au CP 43, dans les arbres. J’y retrouve Fifi. Lui aussi a pris la route. Et pour lui, c’est le maire du village qui allait voir ses chamelles qui s’est arrêté pour prendre de ses nouvelles. Il repart avant moi, car je vais dormir. Il a l’intention de continuer sur la route.

A mon tour de repartir. Alors, route ou dunes ? Je pars d’abord en direction de la route, avant de changer d’avis et de me diriger vers les dunes. Le jour va se lever, et j’en profiterai bien encore. J’ai bien fait car les 2 directions commencent à diverger. Marche, emplis tes poumons de l’air immaculé du désert, repose-toi dans la paix des soirs et repars dans les beaux matins, avec un cœur tout neuf. Car elles sont belles ces dunes.

Il y a de plus en plus d’arbres. Le CP44 est à l’ombre d’un acacia.

Je sors de l’erg pour retrouver un secteur très vert, avec beaucoup de buissons. Il y a beaucoup de nids dans les arbustes. Ca ne veut pas dire qu’ils sont de l’année. Avec toute cette verdure, même si elle est très épineuse, il y a également des maisons et des chèvres.

Eh, je rêve, des grosses gouttes de pluie ! Enfin, quelques gouttes, ça ne dure pas.

Fifi est au CP45. Il a décidé d’y stopper définitivement sa rando.

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Nous avons la visite d’un vieux berger avec un énorme troupeau de chèvres, qui fait la causette avec le gardien du CP.

J’ai besoin de me laver. Je m’installe derrière la tente avec les chèvres. Je suis toute nue ou presque quand le berger sort rattraper quelques fugueuses.

La nuit tombe avant que je parvienne à une bifurcation stratégique qu’il ne faut pas louper. Je suis sur une bonne piste de sable, mou au demeurant, et je dois tourner à gauche pour monter dans un pierrier. Dans le noir je ne trouve pas la piste au point GPS indiqué. Je la cherche vainement par plusieurs aller-retours. Bon, je n’ai plus qu’à me taper le pierrier tout droit. Je ne sais pas où va me mener cette histoire, et de plus mes pieds n’apprécient pas. Coup de bol, je tombe sur la piste assez rapidement un peu plus haut. Ah oui, là au moins on peut marcher, rien à voir avec les quelques centaines de mètres que je viens de faire. C’est un soulagement. J’arrive à un petit col, au milieu des grosses caillasses. J’aurais vraiment eu du mal en hors-piste.

Je traverse un village endormi. Là aussi j’ai du mal à trouver l’embranchement pour l’oasis suivante au point GPS requis. Je dois de nouveau couper tout droit. Et je tombe inévitablement sur la cour d’une maison, et l’enclos à chèvres. Il y a 3 ou 4 chèvres dans une espèce de petite cage dans toutes les cours. On les rassemble en un seul gros troupeau pour la journée.

Je contourne tout ça comme je peux, je finis par sortir du village et je me retrouve dans du sable tout mou, jusqu’à croiser une belle piste, qui s’avère être à peu près dans la bonne direction. Elle va me mener à la fameuse oasis, le CP46 est à l’entrée du village suivant. C’est une maison, en branchages et feuilles de palmiers. Le gardien a eu la gentillesse d’allumer un cyalum devant pour me l’indiquer.

C’est le petit jeune. Il a progressé et fait tout pour m’être agréable. Malheureusement pour lui, ma natte est pleine de fourmis. Normal, je vois des miettes de nourriture qui traînent. Or je ne supporte pas les fourmis, je me bats avec elles chez moi. Je lui conseille vivement de faire le ménage dans son CP et de passer le balai. Le pauvre, il en prend encore pour son grade. Surtout que j’y dors mes 4 heures.

Je commence à ne plus supporter la forte odeur de mes chaussures tellement elles sentent mauvais, ni celle de la crème NOK. C’est que j’y ai le droit à tous les CP quand je les enlève. Il y a maintenant en permanence un horrible jus au fond, mélange de suintement et de sable. C’est peu ragoûtant.

Au lever du jour, je me rends compte de l’environnement. Ce ne sont que de grosses pierres très noires, posées sur un relief montagneux. Impossible de quitter la piste. Heureusement que je l’ai trouvée cette nuit. Et la piste est loin d’être la direction la plus directe indiquée par le GPS. Le prochain CP est annoncé à 21 km, en réalité, c’est beaucoup plus. Je mettrai jusqu’à plus de 10 heures sur ces trajets à rallonge.

1000km dans le désert mauritanien

Je traverse le village, où il y a du sable très mou. J’entends même l’appel de la mosquée.  Puis c’est un autre gros village où Il y a du monde. En fait peu de familles y résident à l’année. Par contre ça regorge de monde à la période de la récolte des dattes, en juillet. Le chemin serpente entre les maisons. J’arrive à la barrière de l’entrée de l’oasis. J’aurai dû arriver par là en fait.

Me voilà sur une belle piste, entre dattiers et dunes. Le GPS m’envoie sur la droite, en plein côté sable. Et bien allons-y, j’en ai marre de la piste. C’est un grand plaisir d’escalader le premier monticule. Je me retrouve devant une clôture de plantation. Je passe sous le barbelé, pour en ressortir un peu plus loin, de nouveau dans les dunes. Je descends dans un large oued très sableux et magnifique, où je rejoins la piste. L’oasis à ma gauche est très vaste, avec quelques puits en bordure. A ma droite se trouve une dune immense, très claire. Qu’elle est belle ! Le GPS m’envoie en plein dedans. Mais il est impossible de la gravir. Pourtant, comme elle me tente !

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Je me contente de l’oued, en lorgnant sur ma droite. Apparemment, j’en ai pour plusieurs km pour contourner le monstre. Ah, un passage se dessine, avec quelques traces de chameaux. Je m’y engouffre sans hésiter. Ca grimpe dur, je ne sais pas ce que je vais trouver derrière. Je surplombe un village, et je continue en haut au milieu des vagues blondes de quartz. Quel bonheur !

A la fin de la grosse dune, je culmine une plaine. Quant à moi, je dois redescendre de biais et longer le pied de la grosse dune suivante. Et c’est dans un champ de dunettes que je me retrouve pendant un bon bout de temps. J’y vois les traces de Pat et Gégé, j’ai retrouvé le chemin normal.

Je finis par atteindre une zone plus rocheuse, agrémentée de quelques troupeaux de chèvres.

Le CP47 est planqué sous un acacia. C’est cuisine au feu de bois. Dans la discussion avec le gardien, il m’apprend que l’arrivée est peut-être décalée au CP49. Ah bon ? Peut-être ou peut-être pas ? C’est que ça change tout dans ma gestion des derniers efforts. Je ne peux pas me réjouir trop tôt.

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Je longe une grande oasis. Il y a quelques femmes le long de la piste. Un 4x4 me rattrape. C’est Fifi. Tout le monde me confirme que l’arrivée est bien avancée.

La nuit tombe, ma dernière nuit. Je suis la piste et arrive devant un portail fermé et une longue clôture bien solide. Par où passer ? Jusqu’ici les clôtures ne m’ont pas donné d’état d’âme, mais là, je coince psychologiquement. Je la longe par là droite, par la gauche. Rien à faire, ça ne passe pas. C’est l’heure des insectes attirés par ma lampe, et je suis assaillie dès que je m’arrête. Pour comble de malheur, il y en a un qui a la bonne idée de se planquer dans mon oreille. Ca bourdonne là-dedans, et j’ai un mal fou à faire ressortir le petit papillon.

C’est pourtant évident, la piste est nettement tracée via le portail. Pourquoi est-ce que je ne ferai pas pareil ? Il ne me reste qu’à ouvrir ce portail et à continuer. Je traverse une grande oasis, avant de repasser un autre portail, ouvert celui-là.

Je passe dans un gros village. Le GPS m’envoie à gauche toute, et la piste part à droite. Ca m’énerve ces rallonges. Je finis par prendre à gauche à travers le village. Une nuée de jeunes filles surgit de la nuit. Tu vas où ? A la tente qui ne doit pas être loin, à seulement 1,5km d’après mon GPS. Les filles se proposent de me montrer le chemin et me ramènent sur la bonne piste, elles savent très bien où est le CP.

Et le voilà, le CP48, le dernier avant l’arrivée. Pour finir en forme, je vais y dormir 1h. Je me déleste de tout ce dont je n’ai plus besoin dans mon sac, l’excédent de piles et ma couverture.

Je repars légère, en pleine nuit. Je traverse encore un village. Moi qui n’ai jamais regardé le roadbook, j’ai eu la bonne idée de le consulter au CP. Je dois passer près d’un puits avant une oasis, pour trouver la bonne piste après. J’arrive à la barrière de l’oasis et je cherche le puits. Vainement. Il y a des traces de 4x4 qui partent dans plusieurs directions au milieu des dattiers. Je les suis toutes, sans succès. Elles m’amènent soit à la clôture, soit dans d’énormes rochers, mais aucun puits en vue. En fait il était avant la clôture, je ne l’ai pas aperçu, et je le cherche après la clôture.

1000km dans le désert mauritanien

J’ai bien visité cette oasis pendant 2 heures, pour ma dernière nuit, avant de me décider à suivre la piste principale tout droit qui traverse les cultures et de ressortir par l’autre barrière. C’était tout bête.

Ca commence à monter, dans les cailloux. Et ça monte toujours, et il y a de plus en plus de pierres. Le lever du jour pointe. J’y vois un peu plus clair autour de moi.  Ah oui, ça monte, c’est même carrément une petite montagne. Un vallon est couvert de sable très blanc, au milieu de toutes cette roche. C’est grandiose.

Il ne me reste plus que 10km à musarder. Pour moi, ce n’est pas la ligne d’arrivée qui me réjouit, c’est profiter de ces 10 derniers km, les meilleurs. Je suis bien, en plus dans une partie montagneuse, ce que j’aime, et seule au milieu de toute cette beauté, ce que j‘aime aussi. Je m’octroie une petite pause pour en profiter, la seule de cette longue balade, en grignotant les fruits secs de ma ration de survie, qui ne m’a pas servi et qui ne me servira plus.

Un peu plus loin je croise un groupe de touristes français avec leurs chameaux. Leur guide me demande : tu es avec qui toi ? Pour une fois, on ne me demande pas où je vais. Avec Boydya. Ah, le marathon ! Tu es presque arrivée, ce n’est plus loin. Enfin, c’est un peu plus long qu’un marathon. Du coup les randonneurs tombent en admiration. Tu as fait 1000 km ? Enfin, 995 pour l’instant, il m’en reste 5 à faire.

J’arrive en haut du chemin, et voilà, ils sont faits.

Nous sommes le 20 novembre à 9h45, ma virée de 1000km a duré 15 jours et 2h45. Pas mal !

1000km dans le désert mauritanien

Alain et Fifi m’accueillent. Je me prête aux photos d’usage d’arrivée, mais je n’ai qu’une hâte : enlever définitivement mes chaussures ! Ce que je fais aussitôt. Alain veut m’offrir un coca frais, il y a une boutique au CP49, mais je n’en ai pas besoin. L’eau me suffit.

Et j’en apprends une bien bonne. Ma balise ne fonctionne plus depuis 3 jours. Quoi ? Toi tu ne te perds pas, alors je ne t’ai pas couru après pour la réinitialiser. Et moi qui trouvais mon sac lourd, j’ai porté ce truc pour rien ? Et les personnes qui m’ont suivie sur internet ont dû me croire occise.

Alain me propose de me reposer avant d’aller au campement, mais Fifi insiste pour qu’on parte tout de suite. Il a raison.

Le CP49 est à la passe de Tifoujar où la vue sur le canyon et la vallée au fond est magnifique. C’est donc en 4x4 que je dévale ce canyon, exemptée du CP50. La descente dans le sable très mou est impressionnante.

On arrive au campement après un grand village. J’y suis accueillie par les quelques coureurs qui sont présents, dont ceux qui ont abandonné et qui me portent ma valise jusqu’à mon bungalow, alors que je me déplace en chaussettes. Comme le sable est omniprésent, je circulerai désormais en sandales et chaussettes.

S’il n’y a pas d’électricité sur le site, il y a un puits avec une pompe solaire, donc une vraie douche ! Quel luxe !

Dom et Titi ont mis 12 jours, Pat et Gégé 14 jours. Takao arrivera le lendemain, et le reste de la troupe le vendredi, date limite octroyée, en 2 groupes : d’abord Brigit, puis le trio Joël, Baudoin et Bernard.

Pendant ce temps, je m’octroie une petite virée à l’oasis de Terjit, merveille du Sahara, petit paradis niché au fond d’un canyon, où coule un vrai ruisseau au milieu des dattiers. Avec l’ombre et l’humidité, les parois sont couvertes de mousses, de capillaires, de plantes hygrophiles. On y trouve même un ficus. La baignade est un bonheur.

1000km dans le désert mauritanien

Marion me soigne les pieds après Terjit. En enlevant le pansement de l’ongle, ça remue. Ah ! Et en soulevant l’ongle qui ne tient presque plus, ça s’agite carrément. Je fais un élevage d’asticots. On aura tout vu ! Marion les retire un par un à la pince à épiler.

J’ai fait prendre un bon bain à mes pompes, mais rien à faire, l’affreuse odeur persiste.

Au bout de 2 jours de repos, j’en ai marre d’avoir toujours aussi mal aux pieds, et c’est là que je commencerai à prendre du paracétamol.

Les inséparables Takao et Tassouko viennent me rendre visite pour mitrailler tout mon équipement technique, souvenir à étudier au Japon.

La vie de l’oued se déroule sous mes yeux. Je partage le thé avec les bergers, Mitou le prépare sans sucre spécialement pour moi.

1000km dans le désert mauritanien

Pour clôturer ce séjour dans le désert, c’est la dernière soirée avec la traditionnelle remise des récompenses et un bon méchoui. On termine autour d’un feu avec l’équipe des chauffeurs, et un bon thé mauritanien.

1000km dans le désert mauritanien
1000km dans le désert mauritanien

C’est mieux que le régime CP. J’ai ingurgité une centaine de sardines en 15 jours. Plus jamais de sardines de ma vie s’il vous plaît ! Par contre, la cure de dattes n’est pas limitée.

J’ai perdu la bagatelle de 4 kg dans l’affaire, très vite au début du parcours, puis ça s’est heureusement stabilisé.

Le site du campement est magnifique, dans une vallée d’oued entre 2 barrières montagneuses de pierres ocres. Dernier lever de soleil au milieu de ces ravissantes couleurs, avant le départ pour Atar et l’aéroport.

1000km dans le désert mauritanien

Dans la salle d’embarquement, une dame m’accoste. C’est Mireille, toujours accompagnée de Jean-Pierre ! Ils étaient bénévoles à Oman et sur la Transpyrénéa, et viennent de faire une semaine de circuit 4x4. Ils ont vu la banderole d‘arrivée de la course et m’ont reconnue tout de suite.

Arrivée en France, je fais un saut à Lille chez ma sœur entre 2 avions, en sandales au mois de novembre. Il y aura 3 médecins autour de mes petons !

Bravo à Dominique et Thierry, qui n’ont rien lâché jusqu’au bout.

Bravo à Patrice et Gégé, qui auront mis la bagatelle de 10 CP pour me doubler !

Bravo à Takao, qui a couru seul, comme moi.

Bravo à Brigit, la princesse du désert.

Bravo à Joël, Baudoin et Bernard pour leur ténacité.

Et bravo à Philippe, Benoît, Malek, Gérard et Jacques, qui n’ont malheureusement pas pu arriver au bout, et qui m’ont soutenue le long du parcours au hasard de nos rencontres.

Merci à Marion pour ses petits soins, si prévenante et toujours dans la bonne humeur.

Merci à Philippe, qui n’est malheureusement pas resté longtemps avec nous.

Et surtout un grand merci à Alain, qui m’a permis de vivre cette formidable aventure.

Merci également à Boydya et toute son équipe pour l’organisation sur le terrain, son professionnalisme et sa gentillesse.

Et merci à Nicolas qui s’est occupé de mes petons en débarquant tard le soir à Lille.

De retour à la maison, ils vont se mettre à peler. Je vais avoir des pieds neufs.

Je vais vivre en savates pour un petit bout de temps, ce qui ne pose pas de problème à la Réunion, même au boulot.

Je vais rêver la nuit que je marche dans le sable, sans jamais m’arrêter.

Quant à mes chaussures, elles seront aspergées d’eau de Cologne, seul subterfuge efficace pour une utilisation ultérieure possible.

Pour prolonger l’aventure, je n’ai plus qu’à relire Théodore Monod.

L’Adrar est un immense plateau gréseux grossièrement tabulaire bordé d’une haute falaise, mais en fait à l’échelle du piéton-coureur que nous sommes, il est puissamment accidenté, tout cisaillé de gorges, s’effondrant par endroits, se plissant ailleurs jusqu’à des bancs relevés à la verticale. Quel beau terrain de jeu, entre dunes, regs et buttes rocheuses !

Si une randonnée chamelière vous tente, n’hésitez pas, allez en Mauritanie.

1000km dans le désert mauritanien
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15 mai 2018 2 15 /05 /mai /2018 11:27

Mont Gaoligong, qu’est-ce que c’est que ça ? Ou 高黎山径si vous préférez. Ca paraît chinois. Eh oui, je me dirige cette fois vers le Yunnan, au sud-ouest de la Chine. 

Une petite présentation s’impose : Le Yunnan est très touristique, mais pas Tengchong où a lieu la course. Les monts Gaoligong sont tout près de la Birmanie, ils culminent à 4000m, et à 3000m près de Tengchong. La forêt y est très préservée, et cette chaîne de montagnes est classée au patrimoine de l’UNESCO.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Il y a 3 distances proposées : 55km, 128km, et 160km avec 8000m de dénivelé. J’opte pour cette dernière évidemment. L’organisation de la course bénéficie de l’aide logistique de l’UTMB. Il faut des points ITRA pour s’inscrire. Pour les novices, il faut avoir fait l’équivalent du trail de Bourbon dans les 2 années précédentes. Nous sommes 450 inscrits sur la longue distance, je suis la seule française.

Une fois le visa en poche, ce qui ne fut pas une mince affaire, et 3 avions d’affilée depuis la Réunion, je débarque à Tengchong quelques jours avant le départ, prévu le vendredi soir 9 mars 2018 à 20h, histoire de m’acclimater. La ville est à 1600m d’altitude, c’est le printemps et il fait encore froid la nuit, qui d’ailleurs dure 12h, de 19h30 à 7h30. Je crains le froid, et les nuits de course vont être longues.

Tengchong s’avère être une belle région volcanique avec des cratères et des sources chaudes, que je prends le temps de découvrir.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Je vais chercher mon dossard le jeudi matin. Il y a contrôle du matériel obligatoire. A ma grande surprise, on ne me demande pas mon certificat médical. Et on ne vérifie pas que mon téléphone fonctionne en Chine, ce qui justement n’est pas le cas. J’avais cru comprendre qu’on pourrait acheter une carte prépayée sur place, mais non. Une bénévole qui parle anglais m’explique où je peux en trouver et m’écrit en chinois ce qu’il faut demander, car personne ne parle anglais à Tengchong. Malgré cela, ce fut bien difficile. Je suis sauvée par 2 chinoises de Kuala Lumpur qui sont comme moi et qui parlent anglais, ce sont elles qui achètent ma carte. En plus elles ont une voiture pour se déplacer, j’en profite.

J’ai le droit à une interview par la télé locale, avec interprète. Je crois bien que mes cheveux blancs occidentaux sont repérés.

Le jeudi soir, c’est le briefing anglophone. Mais… c’est Pavel qui présente ! Pavel est un russe qui faisait partie de l’organisation de la course que j’ai faite au Bouthan il n’y a pas si longtemps que ça. Je suis heureuse de le retrouver. Et je suis assise à côté de Véronique Messina, dont je connais le nom car nous avons fait certaines mêmes courses en Asie, mais jamais ensemble. Elle me suit sur le blog d’A2R ! Nous ne sommes pas sur la même distance cette fois.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

L’arrivée de la course étant à Heshun, vieux village très pittoresque à 5km de Tengchong et donc du départ, je change d’hôtel pour loger près de l’arrivée. Du coup le vendredi je profite de l’arrivée du 55km.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Mon tour vient. Je prends le bus de l’organisation en fin d’après-midi pour rejoindre le départ.

Il y a beaucoup de minorités ethniques au Yunnan, et ce sont des Yi, du moins je crois, qui font l’animation. Le monsieur est habillé tout en blanc et les dames sont en bleu clair, avec un grand chapeau genre abat-jour qui fait gling gling. En fait elles sont très belles.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Il fait nuit maintenant et je me trouve un coin au chaud pour attendre 20h. Avec les coureurs d’élite en plus, ceux qui ont leur place réservée devant. Il y a quelques étrangers. Je grignote un petit pain à la vapeur, délicieux.

Ca y est, c’est parti. On passe sous une porte chinoise, avant de parcourir une partie de la ville. La circulation a été déviée pour nous.

J’ai pris des bâtons, ce qui n’est pas du tout dans mes habitudes. Pour l’instant, ils sont accrochés sur mon sac. Mais ça ne dure pas, voilà qu’ils se cassent la figure. Déjà. Bon, autant les prendre à la main dès maintenant.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

D’ailleurs nous sommes rapidement en montée, d’abord dans les quartiers résidentiels, puis sur les sentiers. Je n’ai plus qu’à déplier les bâtons. Ca grimpe tout de suite assez raide jusqu’à 2400m d’altitude, mais sans difficulté particulière, il n’y a ni pierres ni racines. Nous sommes dans une partie qui semble être des prairies, c’est difficile à dire de nuit. En tout cas, je double. Et je profite de la vue de Tengchong illuminée en bas, avant d’entrer dans la forêt.

Les CP sont à peu près tous les 10km, et c’est déjà le premier. Je ne m’y arrête pas. C’est vallonné jusqu’au CP2, on reste en altitude. Du coup j’arrête rapidement de mettre et défaire les dragonnes des bâtons, ça me fait perdre du temps et je ferai toute la course sans dragonnes et sans ranger les bâtons. Je ne les utilise qu’en montée.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Puis c’est une longue descente jusqu’au village du CP3. On a changé de vallée. Apparemment on la traverse, le chemin est facile et le CP4 est juste après le passage d’un pont suspendu. Il fait toujours nuit, donc je ne profite pas du paysage malheureusement. Dans tous les CP il y a un bénévole qui parle anglais, c’est très sympa.

Je commence à avoir un petit creux, il est 1h du matin. On me propose de la soupe de riz qui ne m’emballe pas, il n’y a plus de nouilles dans la soupe de nouilles. Je ne prends que du bouillon et me rabats sur les snickers. Je vais regretter nos tucs ?

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Je repars, ça monte maintenant et ça y est, j'attaque le fameux mont Gaoligong. Et j’ai rapidement un coup de barre. Ce doit être la nuit qui pèse, même si je ne ressens pas l’envie de dormir, et le peu de nourriture que j’ai pris. Ma réserve de barres y passe. Nous sommes dans la forêt, je n’en vois pas plus.

Le CP5 est dans un village, à 1900m d’altitude. Dans les villages, ce sont des grandes maisons. Par contre les étables sont petites et elles ne sont pas closes. Les vaches me regardent passer et leurs yeux brillent dans la lumière de la lampe. J’ai le droit cette fois à une bonne soupe de nouilles. Ca me requinque, j’en avais besoin. De quoi repartir d’un bon pied, j’ai de nouveau la pêche.

Le parcours change de direction. Jusqu’à présent nous allions plein est, maintenant c’est plein sud. On suit la crête de la montagne, jusqu’à atteindre progressivement 2800m. Je craignais le froid de la nuit, mais ça va. Je porte un maillot à manches longues, un collant ¾ et des grandes chaussettes, avec un short sous le collant pour me garder les fesses au chaud. C’est efficace. Et des gants, ça tient chaud aussi.

L’étape est longue et le jour finit par se lever, il est 7h30. Le paysage se révèle magique avec le lever du soleil sur la montagne et la forêt, la vue portant vers l’aval, la vallée et la plaine au loin. Les couleurs sont ocre et or au petit matin. On entend quelques villages plutôt que de les apercevoir, un chien qui aboie, une maison qui apparaît au détour du chemin.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Je quitte le sentier pour une piste, qui me mène au CP6, perdu dans la forêt. Je n’y fais qu’un bref arrêt, je me sens en forme après cette longue nuit. Je suis prête à repartir, quand on me demande une interview pour une télé. Encore ! Quelle vedette ! Et toujours un traducteur à ma disposition !

Je peux enfin profiter du paysage. Je suis dans une belle forêt de feuillus, sur un sentier facile, avec de faibles dénivelés. Enfin, ne levons pas trop le nez, car hop, je pique justement du nez dans le tapis de feuilles, fort moelleux d’ailleurs. Pourtant, aucun obstacle par terre, ni pierre, ni racine. Heureusement que je n’ai pas mis les dragonnes des bâtons. J’en perds toutes les épingles qui tiennent mon dossard. Les chinois qui me suivent viennent aux nouvelles, tout va bien. L’un d’eux, déguisé en léopard des neiges, me donnent de nouvelles épingles. Car nous sommes sur les terres des léopards des neiges, mais je ne les croiserai pas.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Je suis maintenant dans une forêt de petits bambous, territoire du panda rouge. Lui non plus, je ne le verrai pas.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

J’arrive au CP7, dans un village. Il est 10h, c’est l’heure de déjeuner. On me propose des spaghettis nature. Il y a également du saumon… en poudre. Eh bien, allons-y pour des spaghettis saupoudrés de saumon. Pas mauvais ma foi.

On commence à sentir la chaleur. J’en profite pour me mettre en short, puisque je le porte sur moi. Et j’ai largement de la place dans mon sac pour y mettre mon collant, puisque j’ai un 10 litres pratiquement vide. Le vêtement supplémentaire à manches longues obligatoire, que je n’utiliserai pas,  ne rentrait pas dans mon petit sac.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Je repars sur une portion de sentier qui est une très vieille route pavée depuis 1000 ans paraît-il. C’est par là que transitait le thé échangé contre des chevaux entre le Tibet, la Chine et la Birmanie. Les bâtons sont interdits pour ne pas abîmer ces antiques pavés. Un bénévole nous le rappelle au début du sentier. Ce qui n’empêche pas une chinoise qui semble de mon âge et que je n’avais pas encore vue, d’utiliser les siens à gogo dans la montée, et même devant le bénévole. Elle va plus vite que moi, et je ne la reverrai plus. Est-elle V2 ? Je ne sais pas.

Puis les pavés s’estompent, et je reprends l’usage des bâtons.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Ca redescend un peu juste avant d’atteindre le CP8. Le point culminant de la course n’est plus loin, à 2800m. De là-haut, la vue surplombe la forêt, parsemée de tâches rouges. Ce sont les camélias en fleur. Superbes. Ils jalonnent le sentier et un tapis rouge s’étale par endroit sous mes foulées. J’arrive à une maison isolée, un magnifique camélia devant, sur une petite aire dégagée avec vue plongeante sur la vallée du Nujiang. Les chinois s’arrêtent tous pour une pause photo. Je me contente de m’en mettre plein les yeux.

Dans le coin, il y a 3 grands fleuves parallèles séparés par une chaîne de montagnes chacun : le Nujiang, 3000 km de long, le plus à l’ouest et que je surplombe présentement, le Mékong, 4000 km de long, puis le Yangtse, fleuve le plus long de Chine, 6000 km. C’est un fait géologique rarissime, dû à la jonction des plaques tectoniques Eurasienne et Indienne. Ces 3 fleuves sont encore petits au Yunnan.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Je continue de suivre la crête, qui descend doucement maintenant vers le CP9, point le plus au sud de la course, et à mi-parcours. Il est 14h30, et cela fait 18h que je trotte. Cela veut dire que je ne serai pas si loin que ça de la limite horaire finale, surtout qu’il va y a voir une 2° nuit au programme, et pourtant je ne traîne pas.

Je m’assieds par mégarde devant la table médicale. Aussitôt une armada de médecins se présente pour être aux petits soins. Non non, pas besoin, tout va bien. Je m’aperçois que j’ai plein de petites striures sur les cuisses, sans doute j’ai la peau sèche. Voilà l’armada de médecins qui veut panser mes cuisses. Non non, pas touche, tout va bien. Je change de chaise vite fait. Dans tous les CP, les bénévoles sont vraiment très attentionnés.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Je repars, en remontant de l’autre côté de la crête du mont Gaoligong vers le nord, parallèlement au trajet que nous venons de faire. Nous restons en altitude, au-dessus de 2000m. C’est toujours cette belle forêt, avec vue sur une autre vallée profonde, celle du Longjiang cette fois, que déjà j’ai traversée en début de course. Il faisait nuit.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

J’arrive au CP10. On pouvait y déposer un sac de rechange, ce que je n’ai pas fait. Du coup les coureurs y font un long arrêt, inutile pour moi. Je m’attable pour une bonne soupe de nouilles. Dilemme. Comment attraper de longues nouilles avec une cuillère, ne sachant toujours pas utiliser des baguettes ? Bref, j’en mets partout.

Je repars revigorée, toujours sur la même crête.

Mes compagnons de course ayant changé de tenue, je ne les reconnais évidemment pas. Ils ont tous la même tête, je me fie à la couleur du maillot. Désormais, je serai à peu près avec les mêmes jusqu’au bout.

La crête se prolonge jusqu’au CP11. Je finis par arriver sur une petite route, il y a des grands panneaux en chinois, et une espèce de crémaillère au-dessus de ma tête, fort surprenante. Puis des espèces de grandes tentes alignées en hauteur. C’est un hôtel.

Un coureur chinois vente mes qualités de descendeuse. Il me le répètera jusqu’à la fin. Le chemin étant sans obstacle, c’est facile pour moi de descendre vite par rapport à la configuration réunionnaise. Je double à gogo dans les descentes.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Après le CP11, je quitte le mont Gaoligong. Changement de direction, plein ouest, je me dirige vers Tengchong. Mais c’est encore loin, à 60km. Pour l’instant, le sentier serpente dans la forêt. Ce sera la seule  portion avec des racines et techniquement la plus difficile. Mais ce n’est pas long, j’arrive à un petit col, dégagé. Il y a 2 bénévoles en haut, près d’un feu car la nuit va tomber et la fraicheur s’installe. L’endroit me plait pour m’assoir dans l’herbe, Je leur fais signe que je vais me déshabiller. Ils se retournent gentiment et je prends mes aises pour enlever mon short et enfiler le collant. Ce qui s’avère une mauvaise idée car j’aurai vite froid aux fesses, et je remettrai le short sous le collant, comme j’ai fait la nuit précédente

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Il est 19h30, et j’attaque cette seconde nuit par une grande descente vers la vallée du Longjiang qui est à 1200m d’altitude, point le plus bas de la course. Je sors enfin de la forêt pour arriver dans un village par une porte. Il y a du monde dehors dans la rue. Les magasins chinois sont des petits échoppes ouvertes sur la rue .Ils sont encore ouverts, il est près de 21h. C’est le CP12.

Je traverse la rivière sur un pont de pierre, ce doit être joli de jour, et ça remonte de l’autre côté de la vallée, tout droit dans la pente. J’apprécie les bâtons. Je passe quelques villages endormis. Me revoilà rapidement au-dessus de 2000m.

Le CP13 est dans un village, puis j’arrive au CP14, j’y suis à 2h du matin. Les CP sont à moins de 10km les uns des autres dans cette partie, toujours en altitude. Ca se fait vite et je ne fatigue pas pour l’instant.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Je suis maintenant sur une espèce de muret en béton assez long, avec de l’eau en amont. Coté aval, je ne vois rien, mais ça a l’air beaucoup plus bas. Ce serait bien un barrage. Une fois cette mystérieuse rivière traversée, je la suis vers l’aval à flanc de colline. Le sentier est pratiquement plat. Je traverse à gué plusieurs petits torrents.

Je passe à côté de 2 coureurs qui dorment assis dans la pente, ce n’est pas le meilleur endroit pour la sieste.

Le sentier semble long dans la nuit. Il finit par passer de l’autre côté de la colline, et rebelote dans l’autre sens, de nouveau plat et long à flanc de colline comme si on remontait cette fois la vallée suivante. En tout cas, y courir est facile. J’imagine que ce doit être très beau de jour avec la vue sur les rivières.

Je passe à côté d’un parterre de cannas. Mais je les ai déjà vus tout-à-l’heure ceux-là ! Mince, j’aurai fait demi-tour sans m’en apercevoir, lors d’un arrêt pipi par exemple ? Je me remémore le parcours que je viens de faire, impossible d’avoir fait demi-tour par inadvertance, comme cela m’était arrivé de nuit dans la traversée des Pyrénées. Mais le doute s’est installé dans mon esprit, qui en est à sa 2° nuit blanche. Si je ne ressens pas le besoin de dormir, je peux perdre en lucidité. Je scrute les bords du sentier. Non, je n’ai jamais vu cette allée d’arbres, et non plus cette haie d’arbustes.

Je finis par rattraper 2 coureurs, je leur demande confirmation de la direction. Je suis bien dans le bon sens, ouf. D’ailleurs j’atteins une route juste après, qui descend dans la vallée de Tengchong  et le CP 15, qui est dans une ville. Il est 5h du matin, et je viens de faire un long CP de 13km. A entrée de chaque CP, il y a un panneau rappelant la distance et le dénivelé qu’on vient de parcourir, et à chaque sortie un autre panneau annonçant les réjouissances qui nous attendent.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

On contourne Tengchong par le sud. C’est de nouveau la nuit noire une fois sortie des éclairages de la ville, et je remonte dans la forêt jusqu’au CP16. Le jour se lève, et j’arrive dans une carrière. Le coin n’est pas très bucolique. Il y a de grandes banderoles en anglais : la société – nom chinois – supporte le MGU. Effectivement, le CP est installé dans les locaux de la carrière.

Comme dans tous les ravitos, je demande un ginger tea, une infusion de gingembre au miel. C’est très agréable et ça passe bien. La dame qui parle anglais me propose du thé noir à la place, qu’elle préfère au gingembre. Je ferai exception cette fois, pour un thé délicieux. Une des spécialités du Yunnan, c’est bien le thé !

Je traverse un gros village, il y a du monde de grand matin, et je suis très encouragée. Et justement les champs de thé bordent la route. Ils sont en terrasse, et cela forme un paysage très vert et très beau. Un monsieur qui est dans son champ me fait signe de boire en me montrant les plantes, c’est bien du thé.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Encore un petit tour de forêt, avant de rejoindre une petite route qui descend dans la vallée, avec vue sur l’aéroport. Je m’attendais à un sentier, et c’est donc beaucoup plus rapidement que je ne pensais que j’arrive au CP17, le dernier. Ca devient urbanisé, le village n’a pas de charme.

La dame du ravito veut absolument me prendre en photo. Elle veut savoir mon âge. Je lui fais signe 54, elle se confond en admiration. L’interprète me dit que je suis la seule de plus de 50 ans à être passée. Je ne m’attarde pas, il ne me reste que 6 petits km à faire.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Je traverse une grande route, et de nouveau une forte et courte montée se présente. Une fille me double, pendant que j’en double une autre. Puis c’est la descente finale, qui reste très vallonnée. Je galope dans la forêt, j’ai encore beaucoup d’énergie. Il y a quelques coureurs qui semblent avoir du mal.

Je descends déjà vers un village, qui ressemble à Heshun, avec les mêmes maisons en briques grises. Mais non, faux espoir, ce n’est le bon, je ne reconnais pas l’entrée par le haut. J’y fais un petit tour, avant de surplomber un petit lac et de repartir dans la forêt. Heshun est le village suivant. Je traverse la partie haute, puis je descends une des rues principales. Les gens m’applaudissent. Il y a du monde, c’est un village touristique.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Et voici l’arrivée. Dès que je déboule sur la petite place de l’entrée basse du village, quelqu’un lit mon numéro de dossard. 10 mètres plus loin, avant de faire le tour d’un petit lac fort joli avec un kiosque au milieu, on me donne… un immense drapeau français ! A agiter sur les 100 derniers mètres. Je ne suis pas habituée à ce genre de truc et j’ai du mal à le faire flotter en courant. Et je m’en trouve fort émue, alors que ce type de démonstration n’a jamais été ma préoccupation. Et personne ici ne doit connaître notre drapeau tricolore.

Je passe la porte d’entrée d’Heshun, qui est pour moi la porte finale. Il est 10h20, soit 38h20 aux 160km. On me passe autour du cou une ENORME médaille Finisher, qui est en fait un ENORME grelot. Que je n’aurai plus qu’à trimbaler pendant mes 2 semaines de vacance restantes. Mon sac va faire gling gling !

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Immédiatement on me dit que je suis 1° de mon groupe d’âge, les quinquas en l’occurrence, est-ce que je peux venir à la remise des récompenses à 13h30. Au moins, je suis immédiatement au parfum, pas besoin de chercher les résultats. Ma foi oui, je peux venir. Je vois néanmoins ma sieste qui s’envole.

Puis une dame me soutient comme si j’allais m’écrouler, ce qui n’est absolument pas le cas, mes gambettes sont bien moins raides qu’après un grand raid. Je la laisse faire pour ne pas la vexer. Elle me conduit d’office au stand des masseurs, ça a l’air obligatoire. 2 jeunes chinois me prennent en main, m’assoient sur une chaise et me mettent un sac de glace sur chaque genou. Mais mes genoux vont très bien ! Je leur fais comprendre que je préfère enlever mon collant, vu que j’ai un short dessous. C’est mieux pour mettre la glace sur les genoux. Puis on m’allonge et c’est parti pour une séance corsée d’étirements dans tous les sens, et ils tirent fort les chinois. Moi qui croyais qu’il ne fallait pas étirer les fibres fragilisées après un long effort. En tout cas, pas de massage au programme. Bref, pas du tout comme chez nous.

Puis c’est la restauration. Il n’y a plus de viande au moment où j’arrive, seulement un os de bœuf et une patte de poulet. Par contre il y a du saumon fumé ! Ce sera parfait avec le riz cantonnais. Et de délicieux petits gâteaux à la rose en dessert, spécialité du coin. Il y en avait sur tous les ravitos, mais pendant la course ça ne me faisait pas envie. Je me rattrape maintenant. Surtout que je n’ai pas eu de nausée du tout, le régime chinois a l’air de bien m’aller. Et pour arroser le tout, bière ou thé ?

On me prépare mon diplôme, une calligraphie avec mon nom, que le monsieur a du mal à écrire.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

J’ai juste le temps de rejoindre mon hôtel pour une bonne douche et me changer, et c’est l’heure de la remise des récompenses.

Une chinoise me félicite, nous étions au même niveau sur la course me dit-elle. Je lui avoue que je ne reconnais personne, toutes les filles ont les mêmes têtes de chinoises pour moi.

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Les récompenses sont données par de jeunes demoiselles Yi, dans leur bel habit traditionnel. Puis c’est la photo  avec tous les primés, je me retrouve sur le podium à côté de Gediminas Grinius, le lithuanien champion du monde d’ultratrail et qui est déjà venu à la Réunion. Nous en profitons pour faire causette. Il veut revenir sur le grand raid pour battre François d’Haene. Il pense que pour moi, venant de la Réunion, la course du Mont Gaoligong doit être facile. Non, toutes les courses sont difficiles et se gèrent différemment. Celle-ci est plus roulante que le grand raid. Je fais également connaissance avec l’américaine Kristin Moehl, qui a gagné l’UTMB. Me voilà bien entourée !

C’est enfin le moment pour moi de profiter d’une bienheureuse sieste !

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

 

Pour conclure, je termine 88°au scratch, 13° féminine et 1° V2. Mais je ne suis qu’à 3h30 du temps limite, ce qui n’est vraiment pas beaucoup. Sur les 450 coureurs au départ, il n’y en  a que 250 qui ont franchi la ligne d’arrivée. Pourquoi autant d’abondons ? Il faut des points pour s’inscrire, donc il n’y a pas de néophyte, même si les ultras sont récents en Chine. La météo fut clémente. Je n’ai vu que quelques ampoules autour de moi, pas de grands blessés. C’est ce temps limite serré ? Et un regret, celui de ne pas avoir vu les sommets enneigés qui nous dominaient, cette vue était dans mon trajet de nuit ?

 

 

Mont Gaoligong      Yunnan – Chine        Mars 2018

Maintenant, place à quelques randos au Yunnan, qui me mèneront jusqu’à 4700m sur de beaux glaciers, sur un rythme plus tranquille. Gling gling, on peut me suivre !

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 18:17
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017

Cela fait quelques années que je n’étais pas allée courir avec Alain Gestin. Quand il a proposé une 333 dans le désert de Gobi en Mongolie, je n’ai pas hésité un instant à m’inscrire.

Arrivée en Mongolie quelques jours avant le gros de la troupe, je rejoins la tribu à Oulan Bator le 8 juin, capitale de la Mongolie. J’y retrouve pas mal de coureurs déjà rencontrés, en Egypte, à Oman, et même sur le Mahoraid à Mayotte.

Cette 333 fait en fait 340km. Il y a des CP tous les 20km environ, où nous pouvons trouver de l’eau et des tentes.

Tous les 2 CP, nous pouvons laisser un sac avec entre autre de quoi se sustenter. J’ai fait les courses à Oulan Bator, je mangerai donc local : des conserves de riz-boeuf et riz-cheval.

Pour se diriger, nous avons les points GPS des CP, et c’est tout. Pas de balisage ni de tracé complet au GPS.

Et enfin une course sans matériel ni calories obligatoires ! Le rêve ! Je pars donc léger, avec un sac de 10 litres, loin d’être plein. Juste un coupe-vent et une très légère polaire pour la nuit, de quoi grignoter entre les 40km, des piles pour la lampe et le GPS, et une mini pharmacie. Et je me contente de 1,5 litres d’eau par CP.

Je préfère me protéger du soleil, je suis donc en collant, et je ressors mon maillot Xbionic rose qui me tiendra au frais dans la chaleur du désert de Gobi.

J’ai définitivement abandonné tout ce qui est Raidlight, sac comme maillot, avec lesquels j’ai toujours eu beaucoup de frottements sur le thorax.

La première journée est consacrée à la préparation des sacs à laisser dans les CP. Le lendemain nous attend un jour complet de 4x4 pour rejoindre le désert de Gobi. Il y a un petit jeune dans le mien qui focalise sur les temps au marathon. Je ne me sens pas concernée, je n’ai jamais fait de marathon de ma vie.

Ce soir nous faisons connaissance avec les ger, les yourtes mongoles.

Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Le lendemain, samedi 10 juin, ça y est, le départ est donné à 9h30 à l’entrée du parc national de Gobi Gurvan.Saikhan pour 40 coureurs. C’est parti !
Direction les gorges de Yol, et ça commence par une belle grimpette. Dominique part vite devant. On le voit une dernière fois en haut d’une montée. Je cours dans la montée, ce qui n’est pas dans mes habitudes sur les longues distances. Mais je ne peux pas m’en empêcher, on a encore rien dans les jambes. J’entre dans les gorges. On rejoint un petit cours d’eau qu’on longe et qu’il faut sauter un nombre incalculable de fois. Il y a quelques vaches qui profitent de l’humidité du coin avec de la bonne herbe. Les parois se rétrécissent, c’est très beau.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Voilà déjà le CP1 à la sortie des gorges. Alain annonce qu’une dizaine de coureurs l’ont atteint. Je prends de l’eau et du coup je m’aperçois que ma poche à eau était mal fermée. J’en profite pour déguster quelques biscuits que Virginie m’a offerts à mon bref passage à Hong Kong, pour me donner de l’énergie.
Encore une courte montée après le CP, avant d’atteindre l’étendue de la steppe.
Je me rends compte que le fond de mon sac est trempé. Ca commence bien. Ma polaire est mouillée. Je l’étale sur mon sac, elle sera vite sèche avec le soleil et le vent. Car nous avons maintenant un fort vent de face.
Un ennui n’arrivant jamais seul, c’est la fermeture de ma casquette qui lâche. Je l’ai pourtant renforcée avant la course. Et sans casquette, je meurs. Je trouve un moyen de la fermer avec des scratchs. Ca tiendra toute la course.
Je peux maintenant me consacrer à ma direction. Je suis pour l’instant sur une piste toute droite, puis qui oblique à gauche. Je prends le cap de mon GPS et quitte la piste, avec un repère au niveau des montagnes tout au fond droit devant. Le groupe devant moi part à gauche, puis à droite, puis à droite droite. Je ne sais ce qu’ils font, moi, je vais tout droit. Je suis mon cap.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
J’arrive au point intermédiaire du CP2, au niveau d’une yourte. Les deux basques arrivent sur la droite à la yourte suivante. Enfin, il y en a un qui a un béret basque, alors on dit les basques, mais il n’y en qu’un qui est du sud-ouest. Ils ont dû louper le point intermédiaire. Je vais plus vite qu’eux et j’arrive au CP2 seule.
Quelques autres coureurs ne tardent pas à arriver. Cyril vante ma légère foulée à côté de tous ces lourdauds aux grosses cuisses. Il trouve que j’ai une trajectoire bien plus efficace que la sienne. Je dois avoir un GPS dans la tête. Non, seulement au poignet, et je le suis, c’est simple.
J’enfourne un riz au bœuf. J’ai du mal à finir la boîte. Ce qui ne m’empêche pas de faire un sort aux petits biscuits hongkongais. Le sucré, ça passe mieux que le salé. Un bon coup de vent arrive et met de la poussière dans toute la bouffe.
Je repars. Je suis au milieu de la steppe, sur une petite herbe courte et sèche. C’est plat. Il y a au loin deux belles chaînes de montagnes, une à droite, une en face. On va vers une espèce de col à la jonction des deux. Le vent est vraiment très fort. Au moins, cela diminue la sensation de chaleur. Mais c’est épuisant de courir. Et je cours. Entre 6 et 7 km/h, je ne bats pas des records de vitesse. Je devrai marcher, mais c’est encore plus lent. Désespérant. Mieux vaut admirer le paysage, je vois ma progression par rapport aux montagnes sur ma droite. Et il y a de temps en temps des troupeaux qui me distraient, moutons, chèvres, chevaux.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Je prends du Daflon pour éviter aux jambes de gonfler. J’ai eu la bonne idée de mettre la plaquette dans une poche du sac qui ne ferme pas, et je m’aperçois que je l’ai perdue. Tant pis, je patienterai jusqu’au CP6 où j’en ai dans mon sac.
J’arrive au CP3, tenu par Claude, la médecin. Les sacs du CP10 sont là, et j’ai justement du Daflon dedans. Me voilà sauvée. Je suis seule au CP. Claude m’annonce qu’il n’y a pas grand monde de passé, seulement 3 coureurs. Fichtre, ça paye de courir par vent de face ! On discute pendant que je mange des nouilles chinoises à peine ramollies et qui craquent sous la dent. Peu m’importe.
Je repars. La nuit ne tarde pas à tomber, vers 21h30. Je ne suis pas la piste et je coupe droit sur la direction de mon GPS, de jour comme de nuit. Je suis donc au milieu de la steppe. Je traverse un troupeau de chameaux. Leurs yeux brillent dans la lumière de la lampe. Ils sont couchés, et ont deux gros chiens pour compagnons, qui aboient très fort. Voilà qui n’arrange pas mes affaires, mais je finis par passer sans encombre.
Je lève la tête, et tiens, une étoile filante sur la droite.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
La steppe est pleine de lumières la nuit. Enfin, pleine, tout est relatif. Il n’y a pas surpopulation dans le coin. Il y a même des lumières rouges et bleues.
D’ailleurs il y en a trois derrière moi, des lampes de coureurs, qui ont l’air de prendre la piste alors que je coupe tout droit.
Le vent est tombé, c’est plus facile de courir. Et il ne fait pas trop froid.
Soudain je vois des appels de phares devant. C’est le chauffeur mongol du CP4 qui voit ma lampe arriver. Sympa !
Certains coureurs ont traversé un marécage dans cette étape, je n'en ai pas vu la couleur.
Par contre au CP, il faut fouiller pour trouver son sac. Ce n’est pas très pratique. Au menu, une boîte de conserve riz et cheval. Il y a aussi des petits biscuits offerts par les mongols. Les trois lampes arrivent. Ce sont les deux Patrick et Eric, le groupe des 3 Ric. Ils me demandent si je coupe de nuit. Eux ils n’osent pas.
Je repars. En fin de nuit, je m’endors en marchant. Alors autant courir. Mince, la première nuit ne devrait pas poser de problème de sommeil. Je vais devoir dormir au CP suivant, déjà ? J’y arrive après le lever du jour, et du coup je n’ai plus envie de dormir. Tant mieux.
Je suis maintenant entre deux chaînes de montagne, et je longe de près celle de gauche. Un magnifique cordon de dunes apparaît au pied des montagnes noires. L’herbe verte de la steppe devant, où je suis, contraste dans le paysage. C’est magnifique.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Me voilà au CP5. Au menu, des nouilles chinoises, toujours aussi craquantes.
J’ai fait 5 CP en moins de 24h, voilà une bonne moyenne journalière.
Il y a moins de vent aujourd’hui qu’hier. Je continue d’avancer parallèlement aux dunes. C’est très beau. J’ai l’impression que je monte depuis le début tellement c’est dur avec le vent. Je consulte mon GPS : 1450m d‘altitude. Et nous sommes partis de 2300m. Donc ça descend ! Pourtant je me force à courir, c’est trop lent de marcher.
De temps en temps des troupeaux agrémentent le paysage, ainsi que quelques minibus de touristes.
J’arrive au CP6 quand Manu en part. Il a fait un tour involontaire dans les dunes et s’est abîmé les pieds. Car Alain nous a dit : pas de sable, que de l’herbe. Donc personne n’a de guêtres adaptées aux dunes.
Les 3 Ric arrivent à leur tour. Je change de chaussettes et je repars.
Cette fois il y a bel et bien du sable sous l’herbe de la steppe. Ca rentre peu dans mes chaussures, mais ça rentre lentement et sûrement. Il vaut mieux les vider avant d’avoir de mauvaises surprises. Une fois. Deux fois. Ca ne peut pas durer, je dois trouver une solution avec les moyens du bord. J’ai une paire de petites guêtres ordinaires que j’ai prise au cas où. Je les monte à l’envers, la partie couvrant normalement la cheville sur le dessus de la chaussure. Ca marche impec, je peux courir sans souci.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Un super ravito nous attend au CP7 : délicieuse soupe de légumes, couscous et compote. Un vrai festin. Mais ce sera par petite quantité pour moi.
Il y a du monde au CP7 : la médecin mongole, Bernard qui est bénévole, Patrick le photographe. Il m’apprend que je suis 3°. Où est passé Manu ? Encore perdu dans les dunes ? Patrice et Dominique sont partis il n’y a pas longtemps. Je peux les rattraper. Ben tiens ! Cela ne m’effleure même pas l’esprit. 
Le CP7 étant en bordure de petites dunes, me voici en plein sable. Patrick le photographe veut me filmer en descendant la petite là juste devant. Ben tiens, sans guêtres aux chevilles dans ce sable très mou. Et il me fait recommencer deux fois. Je n'ai plus qu'à vider mes chaussures illico.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Puis c'est une succession de petites dunettes avec de hautes herbes. Il faut serpenter sans cesse, ça monte, ça descend. Et j'arrive... au surplomb d'un canyon. La rivière au fond est magnifique, il y a même des baigneurs, mais cela n'arrange pas mes affaires. Le GPS m'envoie de l'autre côté d'un méandre. Le GPS ne connaissant pas la réalité du relief, je décide de contourner ce méandre en suivant la bordure en haut du canyon. Mais je me tape toujours les dunettes et c'est épuisant. Je tombe par hasard sur les traces de deux paires de chaussures de trail, ce ne peut être que Dominique et Patrice. Je suis sur la bonne voie.
Mais après le premier méandre, il y a un deuxième méandre. Et un troisième méandre. Je n'ai plus l'esprit à admirer le paysage. J'ai parcouru 3km dans les dunettes en je ne sais pas combien de temps, et je ne me vois guère avancer. J'abandonne le point intermédiaire sur le GPS pour le CP lui-même,  je veux sortir de ces satanées dunettes sans fin, ce qui est vite fait en changeant de direction.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Je préfère longer le cordon de dunes dans une petite plaine bien verte. Je demande mon chemin comme je peux à une famille mongole en goguette, difficile d'expliquer qu'on va à un endroit inconnu dont on n'a que les coordonnées GPS, et du coup ils veulent m'emmener dans leur 4x4. Non merci, ce n'est pas ce que je veux.
Le chemin de ce côté est très facile, à part un petit détour pour ne pas me mouiller les pieds dans un marécage. Le coin étant humide, il y a beaucoup de troupeaux, vaches et chevaux, et plein d'iris bleus. C'est splendide.
J'arrive au pied d'une dune perpendiculaire  à mon chemin et mon GPS indique tout droit. Sûrement le CP est de l'autre côté. Il y a quelques 4x4 dans le coin, mais personne ne parle anglais. J'ai une belle piste devant moi dans la dune, je la suis. La nuit tombe. Ca monte dans le sable très mou. Et soudain des appels de phares droit devant en haut de la dune que je suis en train de grimper. C'est le CP ? Mais oui ! Je n'y arrive pas du tout par le bon chemin, ce qui n'a pas l'air de gêner le chauffeur mongol. En tout cas il a bien repéré ma lampe dans la nuit.
A ma grande surprise, les 3 Ric ne sont pas encore passés. Malgré mes détours, je suis donc allée assez vite et je suis toujours troisième.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Je mange rapidement et léger. Les 3 Ric arrivent sur ces entrefaites. Ils ont trouvé un pont pour traverser le canyon et n'ont visiblement pas galéré comme moi.
J'attaque la deuxième nuit et je préfère dormir 3/4h avant de repartir. Patrick me file une couverture qu'il a dégotée je ne sais où et qui est bienvenue pour un somme sous la tente.
Le CP9 ayant été supprimé, on part directement au CP10. J'ai fait la moitié du parcours, et après une direction nord-ouest nous nous dirigeons vers le nord-est. Mon GPS me pousse à gauche à flanc de colline, mais je vois trois lampes sur ma droite, sûrement les 3 Ric qui sont aussi déjà repartis. Ils prennent la piste la nuit.
Puis je vois de nouveau trois lampes, loin devant sur la droite, assez espacées les unes des autres. Fichtre, ils ont tracé les trois lascars ! Bien que mon GPS indique la gauche, je prends à droite vers les lumières. Ca descend, je cours vite. Mais impossible de les rattraper, ils vont encore plus vite. C'est assez bizarre. Je siffle même pour indiquer ma présence, peine perdue. Ce petit jeu dure assez longtemps, bien que je me rende compte que c'est une hérésie d'aller trop à droite.
J'arrive sur une belle piste. Mes lumières fantômes seraient-elles plutôt des mobylettes que des coureurs ? Et voilà justement une lampe de coureur qui arrive en sens inverse ! C’est Patrick le belge qui va au CP8, alors que j’en viens. Ah ! Il y a bien un petit problème. Il est sympa, il prend le temps de vérifier mes points GPS et ma direction. Je dois bien prendre à gauche. Salut Patrick, et à gauche toute !
Ca monte maintenant, droit sur une belle grosse lumière jaune, qui s’avère être une étoile, et qui elle aussi monte dans le ciel. Attention au cap sur les étoiles la nuit, elles bougent.
Arrivée assez haut, je vois plusieurs fois des lampes sur ma gauche. Fichtre, j’ai fait n’importe quoi et il semble que plusieurs coureurs me passent devant.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Le jour se lève et je monte toujours tout droit vers le CP10. Je réveille Claude la médecin, qui dort emmitouflée dans le 4x4. Il y a un beau chien tout blanc genre berger devant la tente, et très gentil, il sera surnommé CP10. Et de nouveau à ma grande surprise, je suis seule au CP et aucun coureur ne vient de passer. J’ai donc bien carburé, et il y a réellement beaucoup de lumières dans la steppe la nuit. Leçon à retenir. Autre surprise, Dominique a arrêté. Je suis donc deuxième ! Loin derrière Patrice qui est passé à minuit.
Je mange un petit peu de ma boîte riz au bœuf et je dors 1/2h. Les 3 Ric sont arrivés. Ils ont chacun une petite liste pour Claude, pieds, ampoules, tendons, et j’en passe, alors que je n’ai rien. Et surtout pas un frottement, comme j’ai d’habitude. Quelle joie ! Voilà un avantage pour moi. Néanmoins maintenant j’aimerai creuser l’écart avec eux.
Je change de chaussettes et direction le petit col, avec 300m de dénivelé positif théorique, ce qui me va très bien. Ca monte vers un joli plateau avec une barre de petites montagnes rocheuses au fond. Il paraît qu’il y a des loups dans le coin. De jour il n’y a rien à craindre. La piste part vers la droite, je prends tout droit. Je choisis le chemin un peu au pif dans ces montagnettes en fonction de la direction générale du GPS. C’est lequel le col ? Il faut passer plusieurs montées avant que je ne tombe sur un sentier de crête qui me permet de courir comme j’aime. Des gazelles s’enfuient sur ma gauche. Puis c’est une bonne descente pour rejoindre un ovöö, la piste et le fameux col. Un ovöö est un tas de pierres avec un piquet et des tissus bleus. Ce sont des lieux de dévotion animiste.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Puis la piste descend dans des gorges pendant une dizaine de km, facile à courir. J’en profite évidemment pour couper tous les virages. A la sortie des gorges, c’est de nouveau la steppe.
Je repars rapidement du CP11 après quelques nouilles chinoises, pour changer. Les 3 Ric arrivent quand je pars.
La steppe peut paraître monotone, mais je me sens bien, il n’y a plus de vent, la chaleur ne m’incommode pas, et j’avance bien, d’une petite foulée régulière et sans effort. Rien à voir avec la première partie du parcours. C’est le bonheur ! Pourtant il doit faire bien chaud car je bois beaucoup… d’eau chaude. Je vais siffler mes 1,5 litres. Je porte des manchettes pour me protéger des ardeurs du soleil. J’ai juste chopé un bon rhume et un bon mal de gorge juste avant la course lors d’un refroidissement lors d’une nuit passée dans une famille dans une yourte. Mon petit nez coule à flot en permanence, plein de sang bien purulent. Je suis obligée de me moucher dans mes doigts. Beurk. Je passe les détails.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
On suit une chaîne de montagnes sur la droite, je suppose que c’est la même qu’à l’aller, mais de l’autre côté. Il y a plus de troupeaux de moutons et chèvres et chevaux par ici. J’arrive à une petite mare avec des vaches et deux belles grues cendrées. J’en bute dans une touffe d’herbes plus haute que les autres et je m’étale. Pas de mal, juste une égratignure à la main. Ce n’est qu’à l’arrivée que je ressentirai une gêne à l’épaule et plusieurs jours après que je m’apercevrai que j’ai un index qui a doublé de volume. L’avantage de courir dans la steppe, c’est qu’on n’a pas besoin de regarder sans cesse où on met les pieds et on peut profiter du paysage. En théorie.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Au CP12 j’ai la surprise d’y trouver Joël et Pierre-Louis, qui eux profitent du paysage et sont sensés clôturer le gros de la troupe. On les a suspendus car ils sont trop lents par rapport à l’organisation des 4x4, qui ne peuvent assurer l’étendue entre le premier et le dernier. C’était prévisible. On les a amenés au CP11 pour terminer. Ils ne sont pas très contents et je les comprends. Joël a un sac plein de délicieuses victuailles. Il m’offre des champignons au saumon, je ne sais pas comment il a pu amener ça là mais c’est meilleur que mon riz-cheval. J’ai aussi le droit à du yaourt aux fraises. Il me promet du hachis parmentier au CP suivant. Et j’ai loupé les moules.
Ils partent pendant que je m’octroie 30mn de repos. Je repars après avoir croisé les 3 RIC.
Un 4x4 me double, c’est Alain. Il est étonné que je coure encore. Et sans peine en plus. Je profite de la steppe tout l’après-midi à un bon rythme.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
La nuit tombe. La lune, orange, énorme, surgit lentement au-dessus des montagnes. C’est gigantesque.
Il y a de nouveau beaucoup de lumières dans la steppe, dont celles des yourtes. J’en vois deux devant, je pense que ce sont celles des deux marcheurs. Mais non. J’arrive au CP13 et ils y sont déjà couchés. Le hachis parmentier promis est prêt et m’attend.
Je prends 20mn de repos et les 3 Ric arrivent. Décidément je n’arrive pas à creuser l’écart comme je le voudrais.
Le chauffeur mongol m’indique d’un geste la direction à prendre dans la nuit pour repartir, et comme mon GPS m’indique légèrement à droite, je vais à droite. J’arrive sur une espèce de profond canal que je dois traverser. Impossible de passer. Je fais demi-tour et je reviens au CP. Le chauffeur m’accompagne sur la piste. Tchou ! Tout droit. Tchou, c’est ce que je dirai à mon cheval la semaine prochaine pour partir au galop. La piste traverse le canal un peu plus loin sur un beau petit pont. Une mobylette me croise et s’arrête à mon niveau. Un petit bonjour et elle repart, à 2h du matin en pleine steppe. Je peux désormais suivre mon GPS. Je profite de la fraîcheur de la nuit pour courir régulièrement.
Mon rhume ne s’arrangeant pas, la toux me fait même vomir. Il ne manquait plus que ça.
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Le jour apparaît et j’arrive au CP14. Il n’y a rien… Oups ! Je vérifie le point GPS, il est correct. Alors que faire ? Je mets le cap sur le point intermédiaire suivant qui doit me mener au CP15. Je ne suis pas affamée, le hachis parmentier, ça tient au corps, et j’ai assez d’eau pour aller au CP suivant. Tant pis si je prends une pénalité pour avoir zappé le CP14, j’aurai tout de même fait une belle course.
Je repars d’un bon train, ça descend. J’aperçois au loin un éclat de soleil sur quelque chose de métallique. Je tente ma chance et décide de m’y diriger, plus à gauche que ce qu’indique le GPS. C’est le 4x4 d’un nomade près de sa yourte. Le mongol s’occupe de son cheval de grand matin. Avant même que je m’adresse à lui, il m’indique un 4x4 visible un peu plus loin. Ok, j’y vais. C’est le CP14 ! Sauvée ! Et j’y suis avant les 3 Ric !
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Je vérifie le point GPS du CP avec le chauffeur mongol, j’ai 2’ d’écart avec lui, soit 4km. Il y a eu quelques modifications de coordonnées GPS au dernier moment et j’ai zappé celui-ci. Je m’en sors bien sur ce coup-là, j’ai juste fait 8km de trop. La plupart des autres coureurs ont trouvé cette étape très longue, pas moi malgré ma rallonge.
Sur ce arrivent les 3 Ric. Le groupe des basques est juste derrière eux et ils veulent se presser. Du coup moi aussi. Je ne mange pas et je repars illico.
Cette fois je force l’allure. Je cours plus vite, y compris en montée. Il y en a quelques-unes avant d’arriver à la petite ville de Burgan, car on coupe plusieurs vallées. C’est une ville minuscule. Chaque petite maison est entourée d’une palissade avec une yourte à l’intérieur. Les maisons sont très colorées.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
C’est la médecin mongole qui m’accueille au CP15. Je grignote rapidement et je veux repartir immédiatement pour les 15 derniers km. Elle insiste pour que je reste dormir un peu. Non non, pas question. Elle a du mal à comprendre que je ne veuille pas me reposer. Mais elle est très admirative que la deuxième soit une fille. Surtout que les mongols ne courent pas.
Je trace pour les derniers km. Une fois sortie du village et la bonne direction trouvée parmi la présence de plusieurs pistes, je mets le cap sur l’arrivée sans passer par le point intermédiaire. Pas de détour, on coupe au plus court. Je force l’allure, tu vois un peu si les 3 Ric et les basques débarquent ? Il fait très chaud, je ne sens pas la chaleur. Le parcours est vallonné, je dévale les descentes et galope dans les montées. Ca tire dans les cuisses. Drôle d’impression avec plus de 300km dans les pattes. Je vois trois coureurs en rouge sur ma gauche au loin, mais je coupe plus droit. C’est qui ceux-là ? Les 3 Ric étaient-ils tous en rouge ? Je ne crois pas. Je vois un beau camp de yourtes sur la droite, ce n’est pas le nôtre. En haut d’une colline, j’en vois deux autres dans la vallée devant. Mon GPS vise celui de droite. Go ! C’est la dernière et ultime descente vers l’arrivée.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Je suis accueillie par un petit groupe. Nous sommes mardi 13 à 13h15. On ne m’attendait pas si tôt paraît-il. On croit que je lambine ? Il est vrai que j’ai bien forcé sur les 40 derniers km, comme quoi j’en avais encore bien sous la semelle. Néanmoins je sens fort cette dernière cavalcade dans les cuisses.
J’ai mis 76 heures pour parcourir les 340km, soit un peu plus de 3 jours. Certes j’arrive 8 heures après Patrice, mais 3h30 avant les 3 Ric ! Une belle deuxième place.
Je n’ai pas envie de manger, je me rattraperai ce soir, je me contente d’une bonne douche, je n’ai pas changé de fringues depuis 3 jours à part les chaussettes, avant une non moins bonne sieste bien méritée.
Patrick, un des 3 Ric, pensait que j’allais me joindre à leur groupe pendant la course. Oh non ! J’aime trop aller à mon rythme sans contrainte, et je n’arrive jamais à trouver quelqu’un qui court de la même façon que moi, alors un groupe de trois, il ne faut même pas y penser. Et j’aime tracer ma route seule, à ma guise.
Le reste des coureurs arrive jusqu’au lendemain après-midi. Je les accueille au fur et à mesure. J’ai donc deux jours pour me reposer et profiter de la vie autour du puits près duquel est installé notre camp. C’est fascinant, des milliers de tête de bétail défilent en permanence, bien encadrées par les gamins qui font respecter les ordres de rafraichissement : moutons, chèvres, chevaux, chameaux et quelques vaches. Les nomades puisent l’eau à la main pour remplir l’abreuvoir ou amènent une pompe thermique sur leur moto pour les grands buveurs comme les chameaux. D’ailleurs ceux-ci n’hésitent pas à cracher sur les chevaux qui ne respectent pas leur tour.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Le coin est connu pour ses squelettes de dinosaures, il y en a même dans notre camp de yourtes.
Au retour vers Oulan Batar, nous avons la surprise d’avoir un arrêt barbecue mongol préparé dans la steppe par une famille, un succulent mouton mijoté avec des pommes de terre et des carottes, cuit par des pierres bouillantes mises dans la marmite. Un vrai délice. Arrosé de vodka évidemment.
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
Une bonne récup s’impose maintenant. Profitons de la Mongolie, pays du cheval. C’est parti pour une rando d’une semaine sur ces petits chevaux, j’ai quatre pattes qui vont courir maintenant dans la steppe pour moi !
Pour ma 2° 333, le désert de Gobi ! Juin 2017
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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 10:49
Balade pyrénéenne Juillet 2016

Une fois n’est pas coutume, c’est en métropole que je pars courir.

Ce sera la traversée des Pyrénées, que je connais très peu, une bagatelle de 800km et 60000m de dénivelé en non-stop par le réputé GR10, dans le sens Méditérranée vers Océan Atlantique. Pas de balisage spécifique pour la course, on suit les marques rouges et blanches, des CP / ravitos espacés de 10 à 70km, un matos obligatoire à trimballer, notamment sac de couchage et calories. On laisse des affaires tous les 200km environ dans 3 bases de vie. Pour le reste, on se débrouille. Ca me va ! Ah j’oubliais, l’assistance est autorisée. Moi qui fais toujours sans, voici que ma maman s’est proposée. Alors allons-y, faisons équipe. Mais elle a prévenu : pas la nuit, pas sur les petites routes de montagne, pas de camping. Ok, je m’adapterai. Et il y a tout de même une difficulté de taille : les temps limites aux bases de vie ont l’air très serrés, et la durée maxi de l’exercice est de 17 jours au total. Je vais devoir rogner sur mon sacro-saint sommeil.

Pour info, le GR10 se fait en 40  jours en mode rando normale.

Cette 1° édition est organisée par RSO. Je connais Cyril Fondeville pour avoir couru sous sa bannière à Oman, donc je n’attends rien de l’organisation, je m’apprête à être autonome.

J’arrive quelques jours avant la course près du départ qui a lieu au Perthus, Cyril n’ayant pas eu l’autorisation de partir de Banyuls, de quoi me remettre d’une nuit d’avion, avec retard qui plus est.

La remise des dossards et le briefing ont lieu le 18 juillet dans la cour intérieure du fort de Bellegarde, belle citadelle de Vauban. J’y retrouve les autres réunionnais, nous sommes 4, quelques coureurs déjà rencontrés de par le monde, français, italien, belge, allemand, libanais, portugais et j’en passe, et également des bénévoles qui me reconnaissent. Un vrai plaisir. Sophie me fait la surprise d’être là, coureuse ex réunionnaise, elle encourage Jean Hugues, coureur ex réunionnais. Cyril ayant avancé l’heure du briefing sans prévenir, je le loupe. Ca commence bien. Il paraît qu’il n’a rien annoncé d’important.

Le départ est donné le lendemain 19 juillet à midi au même endroit, en pleine chaleur. On a le droit à un défilé avec les drapeaux de toutes les nationalités représentées pour passer les douves du château. Je ne suis pas fana de ce genre de démonstration et je ne participe jamais aux ovations demandées par les organisateurs sur les lignes de départ, qui n’ont évidemment pas manquées. Je préfère papoter avec désinvolture avec mes voisins coureurs.

Nous sommes 244 au château, dont 32 filles. Certaines ont l’air connues dans le milieu du trail, mais moi je n’en connais aucune.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

J’aurai la même tenue tout le trajet : un superbe maillot XBionic rose, pas du tout dans mes habitudes, mais je n’ai trouvé que cette couleur à la Réunion, et malheureusement à manches courtes, et un collant, ce qui me protègera des ardeurs du soleil et qui me tiendra chaud la nuit. Je prends des bâtons, je suis bien empotées avec au début, nous les réunionnais, on n’en utilise jamais. Mon sac est un des plus légers : 6kg. J’ai pris un 20 litres, ça suffit. J’ai fait une croix sur tout confort : pas de matelas, un mini sac de couchage fait d’une petite couverture polaire cousue en sac, un pull polaire très très fin, pas de pantalon étanche, le poncho obligatoire en plastique tellement mini qu’il en est inutilisable. Les 6000 kcalories obligatoires tous les 200km ont été réduites à 5000, largement suffisant pour moi. J’ai fait mes petits mélanges perso, de bon rapport poids / énergie / volume après mixage, à base de noix de cajou, poudre d’amande, chips, biscuits apéro, sauce béchamel déshydratée, frangipane, répartis en portions de 350 kcal. Tout ça pèse 800g. Hors matériel obligatoire, j’ai un petit tube de crème antifrottement, une paire de chaussettes de rechange, un GPS pour trouver le chemin la nuit. Tout est minutieusement pesé.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Et c’est parti ! Direction le Canigou qu’on aperçoit là-bas tout droit.

J’ai une douleur à la fesse qui m’embête depuis quelques temps, mais j’ai confiance, je suis sûre qu’elle va disparaître.

Une petite route nous accueille, je trottine. J’ai l’intention de courir un peu au début. Jusqu’où ? Aucune idée. Nous sommes rapidement sur un sentier dans une petite forêt. Un peu d’ombre est bienvenu. On ne doit pas être loin de la frontière espagnole.

Je fais la connaissance de mes voisins de route, est-ce que je les verrai souvent ? Aucune idée.

On arrive à une grande fontaine. J’ai encore de l’eau et il y a la queue. La chaleur ne me fait pas peur, et je n’ai pris que 1,5 litre au départ. Je passe tout droit.

Et voilà que je suis à sec un peu plus loin, j’ai donc bu plus que je ne pensais. Il paraît qu’il fait dans les 40°C, mais je ne le sens pas spécialement, habituée à la chaleur. De plus mon maillot rose est efficace. Je tombe justement sur une fontaine providentielle. De toute façon, le CP1 n’est pas loin. Voilà Denis, le réunionnais organisateur de notre diagonale des fous qui arrive. Il n’a pas l’air bien, lui il a du mal avec la température.

33km qu’on est parti et l’éco-gîte du moulin de la Palette est fort accueillant pour le CP1. Le patron a concocté une soupe aux orties délicieuse et pleine de vitamines. Je reprends vite le chemin.

Une bonne descente m’amène à Arles sur Tech. Aïe, je sens mes orteils qui cognent au bout de la chaussure. Déjà ! Mais j’ai encore 800 bornes à faire moi ! Mes ongles ne vont quand même pas commencer à m’embêter dès maintenant !

Je traverse le Tech sur un petit pont, des gens se baignent dans la rivière. Et c’est déjà le CP2, et 41km parcourus.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je fais une pause repas dans la salle municipale, et j’en profite pour regarder ces fameux ongles des pieds. Et oui, les deux gros orteils sont sensibles. Je vais faire avec pour l’instant, pas le choix.

La nuit est tombée quand je repars. La vue se limite au halot de la lampe, et je progresse aux sensations des dénivelés qui sont tranquilles pour l’instant, les cols sont dans les 1000m.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

J’arrive au refuge de Batère au CP3, au 53° km. Il y a de quoi manger. Je peux admirer mes orteils : les deux ongles ont un hématome. Bon, il ne reste qu’à les percer. Je n’ai jamais pratiqué la chose moi-même car je n’ai jamais ce genre de problème d’habitude. Il faut croire que les Pyrénées ne sont pas habituelles. Je prends la petite épingle à nourrice de mon dossard et m’apprête à attaquer le premier ongle, quand mon voisin me conseille gentiment et me file une grosse aiguille de seringue, stérile qui plus est. C’est mieux ? Ah oui, le trou est vite fait et je vide le sang. Tout ça à table évidemment.

Denis arrive à son tour. Il n’a qu’une envie, vomir…

Sur ce il est temps d’aller piquer un somme. Je trouve une petite place sous une tente en poussant 3 singapouriens inséparables. Je n’ai pas de matelas, mais je me dégotte un bon oreiller : mes ravitos mixés s’avèrent très confortables. Je mets ma montre à sonner et repars 1h plus tard.

Le jour se lève. Je passe devant l’abri de Pinateil. J’ouvre la porte par curiosité pour savoir à quoi ressemble un abri pyrénéen… et je réveille un dormeur. Oups, désolée, je n’avais pensé qu’on pouvait encore dormir à 7h, moi qui suis debout depuis 2h du mat. Je commence déjà à être déphasée.

Le parcours suit un joli sentier à flanc de montagne, qui file droit sur le Canigou, tout gris là-bas au fond. Il y a moins d’arbres qu’hier, on est plus au soleil. Je pique-nique toute seule sur une table près du petit chalet de Cortalets. Quel luxe ! J’ai prévu de manger une de mes rations toutes les 6 heures, à partir du repas du CP précédent.

J’ai déjà abandonné l’idée de courir, je me contente donc de marcher d’un bon pas et d’admirer le paysage.

On commence à rencontrer des groupes de marcheurs en s’approchant du Canigou. Un guide explique à ses clients que la dame qu’ils voient grimper allègrement fait une course qui traverse toutes les Pyrénées. Ils n’en croient pas leurs yeux ni leurs oreilles. J’ai le droit à des encouragements.

J’arrive au refuge de Bonne Aigue. De nombreux coureurs y sont attablés. Je ne m’y arrête pas, je viens de m’enfiler ma dose de noix de cajou.

J’attaque la descente dans une forêt. Je double Dominique, un passionné du désert, qui a l’air de marcher sur des œufs. Petit mal de pied ? Il abandonnera peu après.

Quant à moi mes ongles sont toujours sensibles, mais ça va mieux.

 

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je sors de la forêt et j’arrive sur une belle piste, qui surplombe la vallée verdoyante de l’abbaye de St Martin, où je suis allée dans ma jeunesse. La descente continue dans les pâturages, et j’arrive au refuge de Mariailles où il y a foule, bien que nous soyons maintenant espacés sur les sentiers. Il faut passer une clôture électrique à l’entrée du refuge et un coureur n’ose pas toucher la poignée isolante pour ouvrir. Je lui explique en anglais qu’il n’a rien à craindre. Il y en a qui ne courent qu’en ville ?

Le gîteur est furieux. Il n’a pas été prévenu par l’organisation de l’arrivée massive de clients coureurs assoiffés et affamés, et il ne peut répondre à la demande, il n’y a plus rien à manger. Et je ne suis pas dans les dernières… J’ai juste besoin d’un peu d’eau, il m’indique le robinet en râlant. Avec ma gestion de repas toutes les 6 heures, je n’ai pas besoin de manger dans les gîtes, et le poids de mon sac s’allège au fur et à mesure.

La descente se poursuit dans une belle forêt. Le sentier longe un canal où coule un petit torrent, ça change du paysage sec des Pyrénées orientales traversé jusque-là.

Je croise le fils de Marta, mon amie italienne avec qui j’ai déjà partagé plusieurs courses de par le monde. Ai-je vu sa mère ? Non, pas depuis le départ, je ne sais pas du tout où elle est. Elle doit être comme moi, le téléphone est éteint au fond du sac, donc injoignable.

Me voici arrivée au très beau village de Py aux maisons de schiste, qui abrite une centaine d’habitants.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

La route monte pour arriver au CP4, au km 93, une tente installée sur la petite place du village entre église et mairie. J’en profite pour bien manger. Je ne suis pas fana de coca, heureusement car le ravito n’a que… 6 bouteilles pour plus de 200 coureurs. Je me repose une demi-heure, allongée directement sur le bitume au milieu de la place, on prend ce qu’on a. Les tentes de repos ne sont pas encore montées car ce n’est pas encore la nuit. Les organisateurs n’ont pas pensé pour pouvait avoir besoin de se reposer indépendamment des nuits ?

Karine, spécialiste de VTT, fait comme moi, mais elle trimballe un matelas au demeurant fort volumineux. Elle se plaint de l’état catastrophique de ses pieds.

Je crème les miens, vide les hématomes des ongles en les reperçant, comme je ferai à chaque arrêt, l’épingle à nourrice étant suffisante maintenant. C’est que ça remplit à gogo sous l’ongle.

Ils affichent les noms des coureurs passés au CP. Voilà qui me donne des nouvelles de Sébastien et Thierry, les réunionnais. Je suis 36°. Mais ce n’est pas mal du tout ça !

Pierre, que j’ai connu en Egypte il y a quelques années, étudie la carte et repère un refuge sur notre parcours pour s’y arrêter cette nuit.

Je repars. J’atteins le col de Mantet, après une grimpette dans la forêt. On domine le minuscule village du même nom, tout mignon au milieu des pâturages. La vallée bien verte change des cailloux gris du Canigou. Personne n’a été prévenu du passage des coureurs, les habitants auront la bonne idée d’ouvrir l’église pour loger tout ce petit monde ce soir.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Voilà un gué à traverser à la sortie du village. Je ne suis pas forte pour les gués, sauter de pierre en pierre n’est pas ma tasse de thé. Pierre me porte presque dans ses bras pour me faire passer. Merci ! En fait il y a un pont à 50m que personne n’a vu.

On est un petit groupe, on remonte le long d’un torrent. Un coureur qui porte une tente s’arrête pour camper. Nous continuons à monter et la nuit tombe. Pierre ne trouve pas le refuge escompté et décide de s’arrêter avec Alexandre pour dormir dehors sur un replat bien herbacé. Je les abandonne et je continue seule vers le col del Pla, 2300m d’altitude, où je vois plus haut quelques lumières des lampes de coureurs.

En fait Ils ne dormiront pas et reprendront la route pour cause d’excès de crottes de mouton fraiches comme matelas.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

La descente après le col est en forêt. Je double un coureur qui trimballe un casque orange sur son sac. Quelle drôle d’idée !

J’arrive à un torrent à franchir. Et après ? Je ne vois plus aucune marque rouge et blanche du GR et plus de chemin. Le GPS me renvoie vers l’eau. Je tourne un bout de temps avant de trouver le bon passage, quand une lampe apparaît derrière moi. C’est Patrice, que je croyais loin devant. On fait un bout de chemin ensemble.

Je dois déjà changer les piles de ma lampe. Ce n’est pas normal, ce sont des piles performantes au lithium. Les galères de piles, c’est ma spécialité.

Jean Hugues, l’ex réunionnais retourné en métropole nous rattrape. Il a une tente et s’arrêtera peu après pour dormir.

Nous arrivons au refuge de Carança. Le coin a l’air chouette avec le torrent. Pour l’instant, ça pionce de partout. On décide de continuer. Je ne vais pas à la même vitesse que Patrice. Je monte plus vite, et il s’arrête tout le temps. Je ne l’attends pas. Il y a une piste, et visiblement un sentier qui la coupe et grimpe tout droit. Je ne vois pas le balisage et il faut bien le chercher. J’en loupe quelques morceaux.

J’arrive au col de Mitja. C’est la même chose de l’autre côté, piste et raccourci, que je manque complètement. Patrice me rattrape, il va plus vite que moi en descendant, je vois sa lampe qui s’éloigne et disparaît devant, je suis de nouveau seule.

Je finis par trouver le sentier, qui descend à pic dans la forêt. Il est temps car je ne reverrai plus la piste par la suite. Mes piles s’affaiblissent vite, bien trop vite, et ce n’est toujours pas normal. Je suis rattrapée par un coureur, je le suis pour ne pas avoir à chercher les marques du GR avec mon éclairage faiblard. Il a l’air expert en utilisation du GPS. Néanmoins il finit par paumer le chemin. Qu’à cela ne tienne. Nous sommes en fond de vallée et il faut contourner un torrent. Il ne se fie plus qu’au GPS, nous sommes dans les grandes fougères, puis dans des énormes blocs de rochers. La progression n’est pas aisée, et je dois me presser pour ne pas me faire distancer. On finit par retrouver le sentier.

Le jour se lève, je le laisse partir devant car je m’épuise à suivre un rythme qui n’est pas le mien.

Je ne reste pas longtemps seule, Patrice surgit derrière moi. Il n’était pas devant ? Si si, mais il a loupé le sentier depuis la piste et a fait un long détour. Il a pourtant un système sophistiqué de visualisation de son GPS sur le ventre, qui apparemment ne sert pas à grand-chose… Il passe devant.

J’arrive au village de Planès. La vallée est large et me paraît très civilisée, après cette nuit entière passée dehors. Je rejoins Bolquère au milieu des champs, au km 128. Je ne fais que pointer rapidement au CP5, maman m’attend à la sortie du village. Elle a dégoté un petit coin tranquille près d’un cours d’eau, où je peux me rafraîchir, me laver et rincer mes fringues.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

J’arrive au village de Planès. La vallée est large et me paraît très civilisée, après cette nuit entière passée dehors. Je rejoins Bolquère au milieu des champs, au km 128. Je ne fais que pointer rapidement au CP5, maman m’attend à la sortie du village. Elle a dégoté un petit coin tranquille près d’un cours d’eau, où je peux me rafraîchir, me laver et rincer mes fringues.

Je n’ai pas fait de plan de course, impossible pour moi de prévoir où je serai dans une semaine. Et j’ai bien eu raison car tous ceux qui en ont fait se sont plantés. Au grand désespoir de maman qui aurait bien aimé réserver tous ses hôtels il y a 3 mois.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je commençais à sentir des échauffements au niveau des bords extérieurs sur les deux pieds. Et oui, j’ai une ampoule de chaque côté. Il y a trop longtemps que je n’ai pas enlevé mes chaussures et bichonné mes pieds, c’est malin.

J’ai le droit à un bon repas de spécialités locales et des fruits et légumes frais, merci maman, et à un super massage avec le baume du randonneur conçu par les bénédictins de l’abbaye de Wisques, à côté de chez les parents, et je prends un repos de 4h sous la tente, bien qu’il fasse jour et chaud. Avec ça je ne peux être que requinquée. Pour épargner mes orteils, je change de chaussures, je troque les Salomon pour des Asics, et je change de lampe. Ma douleur à la fesse a bel et bien disparue, je suis tranquille de ce côté-là. J’embarque du thé au miel dans une petite fiole pour le plein d’énergie, ma potion magique, comme je ferai à chaque fois que je croise maman.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je repars vers midi sur un plateau à 1800m d’altitude, le long du lac de la Pradelle, une des rares étendues d’eau naturelle que je verrai. On voit au loin une station de ski. Le chemin est facile et bucolique, avant d’atteindre le lac des Bouillousses. Il y a foule de touristes et de coureurs en goguette. Je traverse le barrage, puis le sentier longe le lac pendant un bon bout de temps. C’est reposant. J’y croise Sophie en train de courir et elle me donne maints encouragements et des nouvelles de Jean-Hugues.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Puis le sentier quitte le lac et s’élève vers une nouvelle vallée. Je suis perturbée car je ne connais pas les noms des montagnes, et mon petit bout de carte ne me renseigne pas. Mais je fais route avec René, qui connaît les Pyrénées comme sa poche, au point qu’il n’a pas pris de GPS. A chaque fois que nous sommes ensemble, je lui demande le nom des montagnes. C’est donc le Carlit qui s’élève devant nous.

Nous remontons un torrent sur une pente douce. Je suis tantôt avec André, qui a cassé ses lunettes et qui ne peut plus lire ni carte ni GPS et qui aimerait bien faire une pause dodo, tantôt avec Pierre et Alexandre, mais je finis par filer devant tout ce petit monde.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

On s’élève vers quelques névés à traverser. De la neige ! Il y a longtemps que je n’en ai pas vu. J’arrive au lac de Lanoux qu’on surplombe. Le paysage est très minéral et désolé et les pierriers deviennent nombreux. Je passe le col d’Anyell, la nuit arrive dans la descente, bien raide, qui longe un petit torrent. J’allume ma lampe, et au bout de 10 minutes, tout s’éteint, juste au moment de traverser le torrent. Me voilà bien avancée ! J’aurai deux lampes qui posent problème coup sur coup ? Je n’ai plus qu’à m’assoir au milieu du sentier et à attendre le coureur suivant. Un énorme crapaud et des limaces me tiennent compagnie.

C’est un petit groupe mené par Alexandre qui surgit de la nuit. Il me donne sa lampe de secours. Est-ce que mon problème peut venir des piles ? Oui me dit-on, certaines lampes s’éteignent d’un coup quand les piles sont faibles. Les miennes sont neuves. Je serai tombée sur un lot de piles déchargées ? Quelle veine !

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Nous arrivons rapidement au refuge des Bésines, à 2100m d’altitude. D’un commun accord, ce sera arrêt dodo pout tout le monde. Le gîteur est très sympa. Il s’adapte à cette foule de coureurs qui débarque sans prévenir à n’importe quelle heure et se décarcasse pour nourrir les affamés. J’ai englouti ma ration de chips au dernier col, je n’en ai pas besoin, je veux juste bichonner mes pieds. J’ai une place dans le dortoir du bas. Il y a apparemment toujours un dortoir du bas dans les refuges, qui sert de débord. Je me couche toute habillée, avec 2 couvertures bienvenues. Avec la fatigue, dès que je m’arrête, j’ai besoin de me réchauffer. Je commence à avoir les jambes qui gonflent facilement. Je mets mes pieds en hauteur pour favoriser une bonne circulation. Peine perdue, la sensation est pire et je ne supporte pas. Je remets mes jambes à plat et je m’endors illico.

Je repars 3h plus tard, seule. Les autres ont décidé de dormir plus longtemps. Mes jambes ont dégonflé, mais l’œdème reviendra rapidement.

En sortant du gîte, impossible de retrouver la bonne direction à prendre dans la nuit. Désormais, il ne faudra pas oublier de demander systématiquement par où repartir avant d’aller au pieu. J’essaie à droite, à gauche, sans succès. Voilà des lumières qui arrivent et qui m’indiquent la bonne direction. Je reprends la descente, et j’atteins Mérens les Vals au matin sous la pluie, base de vie n°1, 166 km au compteur.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je connais bien la race des chevaux de Mérens, qui ont bon pied sur nos sentiers réunionnais et qui sont utilisés en débardage, mais je ne savais pas que c’était aussi le nom d’un village. Quant aux chevaux, ils travaillaient dans les mines de fer du coin.

La BV est au camping. Je dépose la lampe d’Alexandre dans son sac de rechange, comme promis. Je tente la boutique du camping pour y acheter des piles, et je tombe sur Dominique et Pascal qui m’en refilent un paquet. Dominique ayant abandonné, il n’en a plus besoin. Ils m’encouragent. Merci les gars !

Il est temps de prendre des forces, il y a du cassoulet en boîte au menu, qui apparaît comme un régal. C’est bien la première fois que je mange du cassoulet sur une course. Je ressens un besoin inhabituel de viande, moi qui en mange peu normalement. Mes portions n’en contiennent pas, je pallie le manque de protéines avec de la spiruline, c’est léger. Les ravitos de la course sont copieux à défaut d’être raffinés, et ce sera toujours le même menu, ce qui ne me gêne pas du tout.

Le point médical est assuré par la sécurité civile, simples secouristes. Il y a la queue pour les soins de pied. Ils refusent de percer les ampoules. Mais alors, à quoi servent-ils ? Celui à qui je montre mes pieds ne sait même pas qu’il faut percer les ongles pour vider les hématomes. Ok, je continue à vider les miens toute seule. Quand à mes 2 ampoules, il n’y touche pas et me conseille d’y donner un coup de ciseau. Oups ! Je retire vivement mes pieds de sa vue et lui demande juste de quoi désinfecter mon épingle. Je m’occuperai de mes pieds moi-même. Je pense que j’ai eu grandement raison et qu’ils ont fait pire que mieux pour beaucoup de coureurs.

Je ne m’éternise pas à Mérens et je repars sous la pluie. Bienvenue dans l’Ariège !

La montée se fait dans une belle vallée, mais la pluie redouble et je regarde plus mes pieds qu’autre chose, en levant le nez de la capuche de temps en temps. Voilà le tonnerre qui s’y met, il reste lointain et ne m’impressionne pas. Histoire d’avoir la totale, la grêle dégringole, qui ne dure pas heureusement.

J’arrive près d’un petit lac, près duquel paissent des vaches et mes premiers chevaux. Leur pays ne s’avère pas très accueillant. La pluie cesse au moment d’amorcer la montée plus prononcée vers le col, et le refuge du Ruhle sur l’autre versant, à 2200m d’altitude. Je m’installe sur la terrasse pour faire sécher mes affaires et fais prendre l’air à mes pieds trempés. Voilà qui ne va pas les arranger. Comme d’hab, les quelques autres coureurs présents commandent leur repas, pendant que je me contente d’une portion de biscuits apéro.

Le gîteur me propose un lit pour 1/2h de repos, impec !

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je repars le long d’une belle crête qui m’amène au plateau de Beille, et la pluie revient. Le CP6 est à la station de ski, au 189° km. Il y a des yourtes pour nous loger, le coin doit être agréable quand il fait beau. Mais d’abord, place au repas. Je me retrouve entassée avec les autres coureurs dans un petit chalet, chauffé par un poele devant lequel pendouillent toutes les chaussettes. La chaleur ambiante est bienvenue. Il y a bombance, double portion de lasagnes pour moi svp.

Une fois revigorée, je me repose 1h sous la tente, avant de repartir à 22h en début de nuit, sous une pluie battante et dans les nuages. La visibilité est réduite, je dois demander où est le chemin.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Roberto le sarde, qui trimballe son grand drapeau à tête de Maure, veut venir avec moi, mais il n’est pas prêt tout de suite. Désolée, mais je ne vais pas me refroidir à l’attendre.

Je suis une bonne piste, mais les marques rouges et blanches disparaissent tout d’un coup. Le GPS m’envoie à droite. Je suis dans la pluie, le brouillard, il fait froid, je n’ai plus de chemin, je ne vois rien… et je suis devant une cabane de vacher providentielle, à Artaran. Ni une ni deux, je pousse la porte, même si je ne marche pas depuis longtemps. C’est plus que sommaire, mais je suis au sec. Il n’y a rien, mais ce n’est pas trop sale. Je m’installe sur un carton, lui-même sur une petite dalle en béton. Je rappelle que je n’ai pas de matelas. Dehors, la tempête se renforce, je me suis mise à l’abri vraiment juste à temps. Je mets ma montre à 5h, juste avant le lever du jour, et je m’endors sans vergogne sur mon carton. Quand j’émerge, il fait nuit noire et tout est calme, c’est l’arrêt du bruit de la pluie qui a dû me réveiller, il est 3h. Je pointe le nez dehors et je vois 2 lampes qui passent devant ma cabane. Je repère le chemin perdu la veille.

Balade pyrénéenne Juillet 2016
Balade pyrénéenne Juillet 2016

Me voilà de nouveau sur le sentier, ça monte en forêt. Puis je me retrouve sur une piste et je serpente entre les flaques, de quoi manquer les marques du GR et le sentier qui repart en forêt sur la droite. Heureusement je contrôle le GPS de temps en temps. Demi-tour donc, je n’en suis pas loin.

Roberto me rattrape lors d’un petit arrêt. Nous continuons ensemble, il compte sur moi pour l’orientation. Ok, ça va m’obliger à être vigilante. Je passe devant. Nous traversons une petite route et une rivière. Une piste reprend en face, carrefour de plusieurs sentiers. Je prends celui qui n’a pas de croix rouge et blanche, signe de mauvaise direction sur un GR. La pente est très raide, ça monte, puis les marques du GR nous font descendre et traverser un torrent sur une passerelle, et… nous nous retrouvons sur la piste près de la route. Bref, nous avons fait un tour complet. Pas top. Pourtant il y a bien les marques du GR. Sur le GPS, je n’y comprends rien, nous sommes aussi sur le sentier. On se calme, on reprend, et 2° tour complet. Ah la la, quel nœud ! Roberto suit bêtement sans chercher la solution au problème. Je finis par comprendre qu’on a pris le chemin à l’envers, et que la première portion est un raccourci. Nous sortons de ce pétrin et reprenons notre marche.

Le jour se lève. Roberto traîne, je le distance. Je sors de la forêt et me retrouve avec les vaches dans les herbes hautes et plus qu’humides. Et bien sûr il n’y a plus de sentier et plus de balisage. C’est la réputation du GR10 en Ariège, et je m’aperçois qu’elle n’est pas usurpée. Je trace au GPS vers une cabane que j’aperçois un peu plus haut, je voudrai bien m’y abriter pour casser la croûte, car il ne fait pas chaud. Elle s’avère pleine à craquer. Le groupe des coureurs catalans a investi la première pièce. J’étais avec eux au plateau de Beille, et les retrouver me conforte dans mes questionnements sur la gestion du temps perdu par mon arrêt imprévu de la nuit. Il y a un peu de place dans l’autre pièce, avec un randonneur. C’est beaucoup mieux que la mienne de cabane, il y a des bas flancs et des matelas. Il y a même un stock de conserves et un réchaud, avec paiement au gîte du prochain village. Quelle organisation des habitants du coin ! Il est vrai que les refuges sont inexistants dans les parages.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je repars pour la grimpette d’un avenant raidillon. Le sentier est bordé de grandes fougères et d’arbustes, enfin, tant qu’il y a un sentier, car justement, il n’y en a plus. Je fais marche arrière, je cherche dans tous les sens, ça ne passe pas. Que de temps et d’énergie perdus ! Roberto arrive, nous cherchons ensemble vainement. C’est au tour de catalans de se pointer. Un des gars prend la tête et coupe tout droit en suivant la trace GPS, dans la végétation aussi haute que nous.

Après cette montée ardue, nous arrivons à un col et un plateau rempli de vaches et de chevaux. Le vent s’est levé, avec une pluie fine et glacée. Un coureur sort d’une minuscule cabane et se joint à notre groupe.

Sur la crête il y a une petite maison, et un monsieur sort dans la tourmente en nous faisant de grands signes. C’est le vacher qui nous invite à venir nous réchauffer un instant chez lui. Il y passe les 4 mois d’estive avec sa femme et sa petite fille, il s’occupe de 1000 têtes de bétail, ça m’impressionne. Il nous offre un thé bien chaud et nous propose de la faisselle fraiche maison avec de la confiture de framboise aussi maison. Quel régal ! Il a requinqué Thierry le réunionnais hier soir, qui a les pieds en très mauvais état. Son beau-frère est aussi réunionnais ! Je suis bien transie, et j’en renverse mon thé. Mince, c’est malin.

Il nous dit de bien suivre le balisage sur le plateau car il n’y a pas de chemin, et nous sommes dans le brouillard et la bruine. Les marques sont sur des petits piquets.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Nous repartons, et je marche plus vite que les autres, je pars devant. Le temps se calme, et la vue se dégage sur les magnifiques chaînes de montagnes de l’Ariège. Je rattrape un autre coureur qui essaie vainement d’entrer dans les cabanes qu’on croise et qui sont toutes fermées. Je continue sur une bonne piste maintenant, et c’est la descente vers le village tout fleuri et tout en pente de Siguer, le sentier coupe les lacets de la route.  Il y a un mariage, la petite place est pleine. Tout le monde est bien habillé et moi je suis un peu crade. Puis j’arrive au village de Lescour dans la vallée. Les toits des maisons ont changé de couleur, ce sont maintenant des ardoises grises, et du coup l’aspect des villages paraît complètement différent.

Je fais une halte au lavoir, histoire de me restaurer et soigner mes pieds qui ont pataugé dans la flotte pendant de nombreuses heures.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Au milieu de la route, il y a une inscription peinte : « non aux ours ». Pour l’instant, je n’en ai pas rencontré.

Le sentier part de nouveau en montée dans la forêt. Marta débarque, je suis contente de la voir, mais elle s’écroule dans un champ de foin pour dormir, elle n’en peut plus.

Je passe un petit col et redescends dans la forêt. J’y rencontre des ramasseurs de champignons, leur panier est plein de girolles. Puis je descends vers Gourlier au gîte d’Andron, c’est le CP 7, situé au 221° km. Il est 17h.

Un festin nous y attend : buffet avec entrée, plat, dessert, ça fait du bien de se remplir la panse. Et je fais figure de petite mangeuse auprès des autres coureurs.

Nous avons le droit à une autre surprise, il y a un podologue. Je lui présente donc mes petons, qu’il ne trouve pas si mal, et loin d’être les pires. Je continue de vider à chaque arrêt ongles et ampoules. Mais je n’ai guère de nouveaux conseils de sa part pour améliorer la situation, et ses beaux pansements ne tiendront pas longtemps. Les podologues n’aiment pas l’élastoplast comme protection, j’en remettrai pourtant rapidement, puisqu’il n’y a que ça qui tient.

Pour dormir j’ai le choix entre un bon matelas d’herbe moelleux sous une tente et un carrelage bien dur dans une salle. Il n’y a pas à hésiter, direction la tente pour un petit somme de 4h.

Je suis prête à repartir à 22h. Une bénévole me demande si je peux prendre avec moi un chinois qui ne veut pas faire la nuit tout seul. Ok. En fait de chinois, c’est un malaisien. Donc me voilà affublée de Jodi, et Marcel, un policier belge, en profite pour compléter la fine équipe. Marcel est bavard et alimente la conversation nocturne, en français et en anglais. Jodi compte sur moi pour trouver le bon chemin.

On s’élève un peu dans la forêt, pour rejoindre un sentier à flanc de montagne, formé de grosses lauzes. A droite, c’est le vide, à gauche, la paroi verticale de la montagne. Je suppose que la vue sur la droite doit être très belle. Nous arrivons à un croisement, les deux directions correspondent au GR, nous avons le choix. Sur le GPS, à gauche, ça paraît plus court, mais ça monte puis ça descend, et tout droit c’est le chemin à plat qui continue et qui contourne la montagne. D’un commun accord, nous prenons tout droit. En fait nous sommes sur un ancien aqueduc.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Marcel a une tente, il nous lâche dès qu’il a trouvé un petit coin potable pour la planter. Je continue avec Jodi, jusqu’à ce que nous arrivions à un croisement. Nous ne trouvons pas le bon chemin du premier coup, l’aqueduc s’est évaporé, et ce n’est plus plat du tout. Nous faisons quelques allers-retours dans la pente, histoire de nous épuiser. Ca y est, nous nous sommes remis sur les bons rails, et nous descendons vers le village de Marc dont on voit les lumières. Il est 5h du matin, il y a plein de sacs de couchage qui dorment, éparpillés à l’entrée du village, qui dans l’herbe, qui sur un banc, qui sous une tente. En fait quand les coureurs dormeurs ont commencé à s’installer partout, madame la maire a failli faire une apoplexie car, comme dans tous les villages précédents, elle n’était pas prévenue, et Marc est un passage de contrebande avec l’Espagne.

Il fera jour dans une heure, je ferai bien une petite pause moi aussi. Je tente l’église, quitte à y traîner Jodi qui est musulman et qui me suis comme un petit chien, mais elle est fermée. Nous traversons la rivière et Jodi voudrait s’arrêter sous l’auvent d’une maison, mais c’est trop prêt du torrent, qui est très bruyant, et je refuse. Le sentier remonte par un escalier entre les maisons, évitant un bout de route. Il y a un gîte de France, avec le portail ouvert sur une petite cour. Ca m’a l’air parfait, à part que c’est privé et que c’est partout de la pierre. Je préviens Jordi, il vaut mieux que nous soyons partis au lever du jour, ce qui nous laisse une heure pour dormir. Il s’installe sur le pas de porte, et moi sur un banc en lauze qui est juste de ma longueur. A peine le temps de sortir mon oreiller ravito et je pionce déjà sur ma pierre. Comme quoi les matelas, ça ne sert à rien.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Ma montre me réveille et je suis prête à partir avec le jour, nous sommes dimanche, il est 6h. Mais Jodi dort toujours. Je le secoue, le temps de prendre mon petit déjeuner sur les marches du sentier. Marta passe, ça me fait plaisir de la voir, elle est bien mieux que la fois précédente. Sur ce, la porte de la maison s’ouvre malgré l’heure matinale. Mince, Jodi est toujours dans le jardinet. Le monsieur s’avère très agréablement surpris de nous voir, il reconnaît Jodi qu’il a vu hier à Siguer ! Du coup il nous offre à manger, du pain et de la confiture à la vraie heure du petit déjeuner. Il n’en faut pas plus pour nous ravir.

Maintenant qu’il fait jour, Jodi et moi n’allons plus à la même allure et il n’a plus besoin de moi, nous nous séparons. Il est pressé d’arriver à Hendaye car son avion est deux jours avant le temps limite de la course.

Après une courte montée, je retrouve un autre aqueduc, sur lequel débouchent plusieurs entrées de galeries d’anciennes canalisations. Cette portion est facile, avant de s’élever de nouveau vers le haut d’une belle cascade, et de déboucher sur une combe très humide, il y a des petits lacs partout. Avec toutes les fleurs estivales de toutes les couleurs, dont le très beau chardon bleu qui m’a tapé dans l’œil, et les chevaux, c’est magnifique. J’arrive au refuge de Bassiès près d’un de ces lacs, je ne m’y arrête pas, et je monte vers le col du même nom pour atteindre le port de Saleix, il y a encore des étangs. Les sommets sont arrondis et tout verts, c’est le domaine des ours, il y a des panneaux à leur sujet. Je me régale, c’est un des coins que j’ai préféré. Les marmottes ne sont pas en reste et crient, mais je n’arrive pas à les voir.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Après une belle descente dans les estives, j’arrive à un sentier en sous-bois qui mène doucement à Aulus les Bains. Je double Karine qui s’apprête à faire trempette dans le torrent, c’est vrai que c’est tentant. Je suis avec un autre coureur, et nous cherchons la suite du GR, sans le trouver. Je ne comprends pas mon GPS qui m’envoie en arrière. Nous demandons à plusieurs personnes, et nous tombons à chaque fois sur des accompagnateurs de coureurs qui cherchent aussi le sentier. Pour finir, un monsieur nous explique notre bévue. Nous aurions dû tourner bien avant Aulus. Je n’ai pas fait gaffe car Cyril, notre organisateur, m’a dit à Gourlier qu’il allait ajouter une salle de repos à Aulus, ce qu’il n’a pas fait. Donc j’ai foncé droit dans la direction d’Aulus en pensant qu’on y passait. Et non.

Donc demi-tour pour retrouver facilement le droit chemin. Chemin qui monte très raide vers la cascade d’Ars. Les bâtons aident beaucoup, je suis devenue experte maintenant. Mon acolyte n’en a plus qu’un, il a cassé l’autre. Son sac aussi est en piteux état. Je le laisse en plan rapidement, il est trop lent.
Je m’en sors bien au niveau matériel, pas de casse de mon côté.

Il y a foule, nous sommes un dimanche de vacance, et nous les coureurs, nous passons inaperçus.  Néanmoins un joggeur m’a repérée et me prend en photo, qu’il m’enverra. Sympa !

La cascade est vraiment très belle. C’est le but des promeneurs, et il y a beaucoup moins de monde après. Ca continue de monter jusqu’à un pont qui traverse le torrent. Je me rafraîchis dans la rivière, et un groupe de touristes belges m’encourage, surtout qu’ils carburent au régime frites et bières.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Après, il n’y a plus personne sur les sentiers. Encore une cascade, celle du Fouillet, beaucoup plus modeste, et je me rapproche du prochain col. Je trouve Marta, assise par terre. Elle me demande les heures des barrières horaires, très inquiète. Elle est épuisée. Courage Marta ! C’est la dernière fois que je la verrai. Elle abandonnera au CP suivant.

Une fois le col franchi, j’arrive sur un domaine skiable, à l’arrivée des télésièges. Puis j’ai la vue sur la station de ski de St Lizier. Je descends une piste de ski, tout droit, jusqu’à ce que la trace devienne une piste noire de VTT, interdite aux piétons. C’est embêtant, j’ai dû paumer ma belle piste de ski, mais je ne vois pas d’autre alternative que l’interdiction aux piétons. Et c’est bien dommage car du côté VTT, ce n’est que de la boue, une vraie patinoire. Je m’accroche aux arbres comme je peux, et bien sûr je finis sur les fesses tellement ça glisse. Une fois, deux fois. Bon, il y en a marre, je suis bien contente de retrouver la partie skiable pour finir.

Je quitte le ski pour un sentier dans la forêt qui descend vers le village de Bidous. Je rejoins une fille qui avance à la vitesse d’un escargot. Elle a très mal aux pieds. Je ne peux rien pour elle.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

La nuit tombe juste avant d’arriver au gîte de l’Escolan, le CP 8 et 285 km parcourus. Il y a du monde.

Cyril l’organisateur m’accueille. Il me demande des nouvelles de Zoé. Mais qui est Zoé ? C’est la fille escargot. Il veut savoir s’il faut aller la chercher. Ce serait bien pour elle, si on peut la porter. Sinon ça ne servira à rien. Il me refile rapidement au caméraman de sa télé, sans me demander mon avis. Le mec me filme sans m’adresser la parole. Voilà qui ne me plaît pas beaucoup, et je lui rends la pareille. J’extirpe mes petons des chaussures, ils ont bien soufferts dans la descente boueuse. Il est temps de les aérer et de pallier aux nouveaux frottements apparus avec l’humidité de la dernière partie du parcours. Il se lasse vite de les filmer et me laisse tranquille.

Passons aux choses sérieuses, double portion de soupe, double portion de pâtes bolognaises avec plein plein de fromage et double portion de gâteau.

Le fils de Marta me demande des nouvelles de sa maman. Elle ne devrait pas être loin. Dis-lui bien que la barrière horaire est à la prochaine base de vie, pas sur les CP intermédiaires. J’en profite pour avoir des nouvelles des copains qui sont devant. Ca a l’air bien difficile d’appuyer sur une touche de l’ordinateur, visiblement ma demande n’est pas prioritaire, je dois insister.

Autour de moi ça ne parle que d’abandons, d’évacuations à l’hôpital, de pieds très infectés. Je m’en sors encore bien de ce côté-là. Il y a notamment l’autre Isabelle qui rend l’âme.

Karine arrive alors que je prends possession de ma tente, il est temps de dormir un peu tout de même. Quelle longue étape je viens de parcourir !

Le lever est programmé à 3 heures, et après un copieux petit déjeuner, je repars avec le groupe d’André. Il a réussi à dénicher des lunettes pour remplacer celles qui sont cassées. Ils sont bien organisés pour la marche de nuit. Un au GPS, un au balisage. Je n’ai plus qu’à me contenter de suivre, ce qui n’est pas une mince affaire pour moi car je suis plus lente qu’eux, bien que le terrain soit facile. Au lever du jour je les remercie de m’avoir attendue par moments, et les laisse filer devant, en entrant dans la forêt quand la pente s’accentue. Je ne reverrai plus André, qui n’arrivera pas au bout.

Je double un groupe, avec Denis et Karine. Je vais plus vite, et Denis me suit, il est en forme maintenant. On papote des nouvelles de la Réunion. A la descente, il part devant en courant. Oui, il a retrouvé la forme.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je croise un type qui est tout content de m’indiquer le chemin vraiment très en détail, une vraie carte ambulante. Merci, mais c’est un peu trop. J’arrive au charmant petit village de Couflens, et ça remonte après la traversée de la rivière, vers le minuscule village de Faup, très fleuri. Je fais une halte au lavoir pour crémer mes pieds. Mes jambes sont de plus en plus tendues avec les oedèmes, et ça devient pénible. En désespoir de cause je quémande du Daflon aux villageois, on ne sait jamais, mais personne n’en a. Le groupe de Karine en profite pour passer.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Le sentier suit une petite route qui monte au col de Pause au milieu des estives. Je suis face au mont Valier. La descente se fait au milieu des troupeaux de moutons, bien raides, avec quelques pierriers à franchir. Je traverse le torrent sur une passerelle, et le chemin continue tranquillement en le longeant, et se prolonge par une petite route, avant de rejoindre une départementale, qu’on quitte rapidement pour remonter vers le village d’Aunac, où se trouve le CP9, km 321. Pendant tout ce temps, je cogite, pour arriver à la conclusion que je ne peux pas être à la barrière horaire de Bagnères de Luchon, le mercredi à 12h, nous sommes lundi, et c’est stressant. Impossible, même en ne dormant pas, déjà que je n’ai pas dormi beaucoup ces derniers temps. Je savais que les barrières horaires de la course allaient être une de mes difficultés. Je prends mon parti de maintenir le rythme au maximum et de continuer en rando normale quand ça coincera, tant que l’état de mes pieds le permettra.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je fais part de cette préoccupation aux autres coureurs à Aunac, et ô surprise, le papier de l’organisation que j’ai est erroné, confirmé par Cyril. Il faut viser jeudi à 2h. Voilà qui change tout. Du coup je prends le temps de faire une sieste d’une heure dans une grange où je suis toute seule sur la paille, quel bon matelas. Je suis néanmoins importunée par les mouches, bien que je vienne de me laver. Il y a du matériel d’équitation, cela me fait bien envie, mais je ne suis pas là pour ça.

Je prends un bon repas avant de repartir à 18h, ragaillardie, et j’embarque même 2 gros sandwichs, une fois n’est pas coutume, que je suis prête à porter pour la nuit qui s’annonce, tellement je suis soulagée de la prolongation qui m’est accordée, et normalement il n’est pas prévu de ravitaillement au prochain CP. Jodi mon nouveau copain malaisien arrive. Il a une cheville bandée et me dit qu’il arrête là. Karine arrive à son tour.

Je monte au col de la Core, où j’arrive à 23h. Il y a deux balisages du GR. Lequel faut-il prendre ? La carte indique à gauche par les crêtes, le GPS indique à droite par les lacs. Voilà qu’une voiture providentielle arrive dans la nuit et s’arrête à mon niveau. C’est un éleveur qui patrouille car on lui a tué plusieurs veaux les nuits précédentes, et il est très inquiet de voir plein de lumières cette nuit dans la montagne. Non non, ce n’est pas nous. Il m’indique le chemin des crêtes. Il y a une tente au col, que je n’avais pas vue, et en sort une dame que j’ai dû réveiller en parlant fort et elle me confirme le chemin des crêtes.

 

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Le sentier est à flanc de montagne, et a l’air de dominer une vallée, dont je vois les lumières des villages tout en bas. Je reste vigilante car il y a vraiment beaucoup de pierres. J’arrive à un étang, à l’heure de manger, et je déguste mon sandwich au bord de l’eau avec les crapauds, sous un ciel étoilé, c’est féérique avec la lampe éteinte. La pause est courte et je repars pour la descente. Le jour se lève, j’atteins le CP10 à la maison du Valier, km 350, de l’autre côté du mont Valier. Encore une nuit de passée dehors. Et bonne surprise, il y a à manger. C’est une équipe suédoise qui tient le ravito, très sympathique.

Petit somme d’une heure sous la tente, pour repartir à 9h.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je passe dans la vallée suivante. Je retrouve sur le sentier en montée la dame d’hier soir que j’ai tirée du sac de couchage. Elle assiste un groupe de coureurs. Il y en a un avec elle qui a abandonné et qui a retrouvé assez de punch pour l’accompagner. Ils m’encouragent à fond. Je ne la reverrai plus. Tous ses copains auront rendu l’âme ? Je vais beaucoup plus vite qu’eux et passe devant. Dans tout ce coin, les altitudes des cols ne dépassent pas les 2000m et se franchissent aisément. Je recalcule ma vitesse par rapport à la barrière horaire de Bagnères, mais rien à faire, ça ne passe toujours pas, même avec la rallonge découverte à Aunac. Je tente néanmoins le coup de faire mon possible pour y arriver le plus vite possible. Je rejoins le village d’Eylie d’en Haut en début d’après-midi. Un groupe de randonneurs papote sur le pas de la porte du gîte où je fais le plein d’eau et je soigne mes pieds, ils sont ravis de me tenir compagnie.

Ca monte de nouveau, assez raide, au milieu des vestiges d’un téléphérique utilisé par les mines. Heureusement qu’il y a les petites fleurs colorées pour égayer ces épaves métalliques, très laides.

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Je passe sur l’autre bord, pour suivre un large chemin tout plat à flanc de montagne, que suit une ligne électrique. Je préfère admirer le paysage que je surplombe, et j’en loupe le changement de direction qui monte. J’arrive à l‘entrée d’un tunnel fermé, je ne vois plus les marques du GR, donc demi-tour, je ne suis pas loin. Et justement, en voilà un paquet de marques dans les cailloux. Je veille à ne pas prendre celles qui mènent en Espagne. J’arrive aux bâtiments en ruine d’une mine, c’est sinistre. J’attaque un petit bout de montée raide et je retrouve avec plaisir la nature, un groupe de jeunes a planté la tente pour la nuit, et j’arrive à la Serre d‘Araing, à 2200m d’altitude. J’ai le droit un a magnifique coucher de soleil, les sommets se parent de rouge avec tous ces cailloux, c’est magnifique. Je redescends vers l’étang d’Araing, la nuit tombe. Je traverse le barrage et il y a une petite montée dans les rochers vers le refuge d’Araing que j’aperçois, mais il y aussi une arrivée de nuages à traverser. Impossible de voir les marques dans cette purée de pois, je dois me diriger au GPS.

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Le gîteur m’accueille à bras ouverts et me propose de faire une halte. Je n’en avais pas l’intention, mais il n’y a qu’une cabane plus bas, qui sera très difficile à trouver de nuit. Je suis donc sagement ses conseils, il héberge déjà quelques coureurs, et je vais dormir 3 heures. Je me retrouve toujours avec le même problème quand je m’allonge, mes jambes gonflées deviennent douloureuses, et c’est encore pire si je les surélève. En plus de la sensation de froid qui arrive, et je m’enfouis sous 2 couvertures.

Je repars à 2h du matin, le ciel est dégagé maintenant, et le col d’Auréan est vite atteint après une grimpette dans les gros cailloux. C’est parti pour une longue descente nocturne.

J’entends des gros aboiements, et je vois de nombreux yeux brillants dans la lumière de la lampe. C’est attirant et je manque de quitter le sentier. Il y a plein de moutons,  et 2 énormes patous, les chiens des Pyrénées, qui les gardent. J’aime bien les chiens, mais je voudrai passer sans encombre, et eux de leur côté, ils font leur boulot qui est de m’empêcher d’approcher de leurs moutons, qui sont confortablement installés au milieu de mon chemin. Heureusement, les moutons daignent bouger, et les chiens les suivent. Le chemin est libéré. J’abandonne les yeux phosphorescents sans regret.

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Plus bas, je traverse un torrent à gué sur de gros rochers, puis un plateau très humide, histoire de maintenir les pieds au frais, et de raviver les frottements. Au lever du jour j’arrive au beau village de Melle, les gens se réveillent, je demande mon chemin car il y a 2 passages possibles et je prends celui qu’on me conseille et qui n’est pas celui de la carte. Le monsieur qui me renseigne est persuadé que je veux passer la frontière, mais non, pas du tout ! Je continue de descendre jusqu’à la petite ville de Fos, dans la vallée de la Garonne, par une route en lacets qui rejoint la nationale. Fos n’a rien d’extraordinaire par rapport aux petits villages montagnards traversés jusqu’ici.

Le GR fait le tour de Fos, je préfère prendre la rue principale toute droite qui mène au CP. Mais je ne vois rien. Mon GPS indique que je l’ai dépassé depuis 500m. Je reviens sur mes pas jusqu’à l’indication du GPS, c’est l’église, il n’y a pas trace d’un CP. Je repars vers la mairie, qui est encore fermée à 9h.  Ca fait 1/2h que je tourne en rond, la rue est déserte, il n’y a personne pour me renseigner, quand j’aperçois un coureur qui traverse la route. Je tournais le dos au CP et je ne pouvais pas voir la flèche jaune ni la flamme de la course. Ah c’est malin de ne pas arriver par le bon côté, je suis un peu énervée, mais je l’ai trouvé ce CP11, au 391° km, juste décalé de 500m par rapport à ce qu’indique le GPS.

Je suis accueillie par Dominique qui a retrouvé un peu de forme et qui accompagne Patrice de temps en temps, et par Denis qui a fini par se prendre les pieds dans ses bâtons et a dû abandonner suite à une belle chute, le genou et la cheville ont doublé de volume. Ah, ces réunionnais qui ne savent pas utiliser les bâtons ! Un autre abandon s’est enrôlé comme bénévole cuisinier. Il m’apprend que l’étape de Gavarnie est raccourcie de 30km. Dommage, je suis venue pour voir Gavarnie. Je me restaure et fais une sieste d’1/2h sur de confortables tapis de gym.

Au moment de repartir, je croise Géraldine que je ne connaissais pas encore. Elle a aussi dormi au refuge d’Eraing.

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Je longe les berges de la Garonne canalisée, ça change des torrents de montagne, avant d’attaquer une rude montée dans la forêt. J’y rattrape un coureur qui vient de se perdre. Pour une fois que ce n’est pas moi, et j’ai trouvé le balisage facile à suivre à cet endroit. Il est dépité de sa mésaventure, il a du mal à s’en remettre. On fait un bout de chemin ensemble, sur une bonne piste maintenant, avant que je l’abandonne derrière. Le sentier suit la crête, frontière avec l’Espagne, territoire des troupeaux de vaches et de moutons. La vue est magnifique sur les montagnes environnantes depuis le col Peyrehitte à 2000m d’altitude, et j’en profite pour une halte noix de cajou. Je double plusieurs groupes de coureurs, dont pas mal de boiteux et d’éclopés. La plupart ont l’intention d’arrêter à Bagnères. Je papote avec un nouvel Alexandre, nous avons des connaissances coureuses communes. Il arrêtera à Bagnères.

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La descente se fait sur une large piste, sans difficulté, toujours avec une belle vue. Je traverse les pittoresques villages d’Artigue, Sode, et Juzet avec son lavoir, tout fleuri et surplombant la vallée de Bagnères de Luchon. Maman m’y attend depuis plusieurs jours.

Je contourne l’aérodrome par un chemin piéton, très animé. Je vois la base de vie installée sur le bord de l’aérodrome, en face. Maman vient à ma rencontre. Nous sommes le mercredi 27 juillet, il est 19h, j’ai 7h d’avance sur la barrière horaire. Heureuse ! Avec 418 km au compteur, je suis à la moitié de mon périple.

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Il y a du peuple à la base, je pointe et je n’y reste pas, maman a dégoté une chambre d’hôte en plein centre de Bagnères, à 50m du GR. Qui dit mieux ? Elle me fournit un stock de Daflon, qui s’avère efficace, mes jambes dégonflent immédiatement. J’en prendrai désormais toutes les 6 heures jusqu’au bout, et l’œdème ne sera plus qu’un mauvais souvenir. J’en profite pour souffler, une bonne douche, une grande désinfection des pieds, je dois toujours vider les ongles et les ampoules sur les côtés, un bon repas de spécialités locales, et je m’octrois une nuit de 6h. Je suis contente d’avoir retrouvé un rythme normal de sommeil la nuit, il faut que j’arrive à le maintenir. C’est plus réparateur que de dormir de jour. Je m’endors sous une énorme couette, bien qu’il ne fasse pas froid du tout. Je me lève à 3h du matin pour repartir, trempée de sueur, ce qui ne m’a pas réveillée du tout.

Je quitte ce lit douillet pour monter, d’abord tout droit dans la forêt, puis dans les pâturages. J’arrive à la station de ski de Superbagnères au lever du soleil, la vue est saisissante sur les massifs de montagnes environnants qui surgissent d’un lit de nuages blancs en contre-bas.

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Il y a eu un éboulement sur le GR, il a été détourné et un peu rallongé. Je rejoins le tracé normal de l’autre côté du col de la Coume, à 2200m. J’arrive dans la zone des altitudes plus élevées, du coup parsemée de plus de myrtilles. Mais ce n’est pas le moment de haltes gastronomiques.

Les pierriers à franchir sont nombreux. Ca finit par redescendre vers le col d’Espingo, puis changement de direction vers le nord, pour descendre vers le magnifique lac d’Oô, bien connu des cruciverbistes, et sa non moins magnifique cascade en fond. Le sentier surplombe toute une partie du lac, il y a foison de fleurs, dont de splendides iris bleu foncé. Superbe !

Il y a beaucoup de promeneurs au lac, ça me change de la tranquillité de l’altitude. Je passe le refuge, et ça descend sur une large piste où il y a foule, pour arriver au parking des granges d’Astau, et au CP 12, au km 440, où m’attendent Mireille et Jean-Pierre, les bénévoles d’Oman, toujours la plaisanterie au bec, ça détend.

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Ils campent, le CP étant prévu au gîte d’à côté, mais l’organisation ne l’a pas retenu assez longtemps et ils ont été priés de déguerpir. Il ne fait pas toujours bon d’arriver dans les derniers. Ce qui n’empêche pas l’accueil d’être très chaleureux. Il est midi, et j’engloutis une boîte de cassoulet froid bienvenue. Je retrouve Yvan le canadien, et Roberto le sarde arrive à son tour. Au CP, ils ne savent pas combien de coureurs ils doivent attendre, c’est-à-dire combien sont repartis après Bagnères, où les abandons ont été nombreux. C’est ennuyeux pour notre sécurité ! Vu ma longue nuit précédente, je dois être en fin de troupe. En fait nous sommes à peine plus de 80 encore en lice.

Une fois la rivière franchie, ça remonte en forêt, assez raide, avant d’atteindre les pâturages toujours très fleuris, c’est magnifique. Il y a beaucoup de zones de pierriers à passer, avant une bonne descente sur le village de Loudenvielle. Une nouvelle rivière passée, et ça remonte vers le col. Encore une petite montée bien raide en coupant la route carrossable, et c’est la descente vers la vallée. Les villages se succèdent pour arriver au charmant Vieille-Aure, CP 13, km 463. Il est 19h, maman m’y attend. Et c’est Cyril, l’organisateur, qui m’accueille, il est  sincèrement content de me voir. Pour ma part, je suis surtout contente de voir le CP.  Je pointe, et comme je vais me reposer à l’extérieur, on me demande de revenir pointer quand je vais repartir, dès fois que je ne repartirai pas du tout. Voilà qui sent les abandons à plein nez. Ah non, je ne reviens pas pointer et je continue.

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Maman a encore fait fort, j’ai une chambre à côté du GR, et de nouveau un plantureux repas pour me requinquer. J’y dors 4h.

Je repars en pleine nuit, je passe à côté du musée de la mine, ce n’est pas vraiment l’heure de la visite. Ca grimpe bien dans la forêt puis dans les estives, avec vue sur la station de ski d’Esplaube au petit matin, pas très jolie par rapport aux villages locaux, puis avec une zone peu pentue jusqu’au col du Portet, à 2200m d’altitude. Il y a de nombreux randonneurs à cheval, il faudra que je revienne dans le coin pour ça, et en levant la tête, des vautours et des gypaètes me surplombent.  Très chouette. Il y a de nombreux chemins pastoraux bien larges. Je passe devant une cabane de berger, le propriétaire fait la sieste à l’ombre d’un rocher.

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Je descends au milieu des moutons vers le lac d’Oule, encore un barrage, c’est raide, que je longe sur un bon bout. Je suis dans la réserve de Néouvielle, qui est un massif granitique, complètement différent de ce que j’ai traversé jusqu’à présent. Les gros rochers sont oranges, ça change du schiste gris. Je passe de nouveau un col, je reste en altitude, ente 1800m et 2200m, c’est très agréable, surtout qu’il commence à faire chaud, en passant par des sapinières et des zones herbeuses. Puis je découvre une succession de lacs, et également beaucoup de monde. Il y a plein de sentiers partout, avec des coureurs à la journée. Je longe le lac d’Aumar, en surplombant le lac d’Aubert, c’est tout plat. Pas pour longtemps. J’ai le droit à une rude et heureusement courte montée dans les blocs de granit, et j’en bave. C’est réellement le seul endroit de mon périple où j’ai physiquement souffert. Il fait très chaud, j’éprouve le besoin de me rafraîchir dans le ruisseau que je longe, ce qui est très rare pour moi. J’arrive à un petit lac, que je contourne sur des énormes, mais énormes blocs de granit, c’est éprouvant, avant une dernière montée pour atteindre le col de Madamète, à 2500m d’altitude. Ce sera le point le plus haut de cette traversée des Pyrénées.

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J’y fais une pause bien méritée, dans un petit coin d’ombre de midi d’un rocher, j’engloutis mes chips, je soigne mes pieds. La vue est superbe sur les sommets environnants et la vallée qui s’étale devant moi. Un groupe de randonneurs prévoit des orages pour l’après-midi, pourvu qu’ils se trompent. Une dame m’interroge sur la course, elle aimerait beaucoup la faire.

Je prends mon courage à deux mains pour la longue descente qui s’ensuit et qui me prendra tout l’après-midi, d’abord dans des gros pierriers bordant de petits lacs, puis une vallée où l’herbe est rase et où il y a peu de sapins. Le granit implique un paysage très différent, et  je suis entourée de sommets qui atteignent 3000m. Le dénivelé à franchir n’est que de 1000m, mais la vallée s’étire vraiment en longueur, j’ai mal aux pieds avec la chaleur, de nouveaux points douloureux apparaissent sous les deux petits orteils. Je me remets difficilement de la montée du matin, le moral est dans les choux. Pourquoi continuer dans cette galère si c’est comme ça ? Depuis le départ, c’est la première fois où je n’éprouve plus de plaisir dans cette aventure. Le CP est encore loin, et il m’apparaît comme un terme. J’ai l’impression de subir cette descente, sans pour autant éprouver de difficulté physique particulière, car en fait le parcours est facile, même s’il paraît longuet.

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Pour finir j’atteins sans encombre la station de ski de Tournaboup. Il y a des ânes qui attendent qu’on leur fasse faire un tour. Moi, je continue à pied, en partie sur la grand route, en partie sur une petite route de l’autre côté du torrent. A Barèges, je demande mon chemin car le balisage du GR ne va pas dans le sens de ma carte. On me conseille le nouveau tracé, beaucoup plus court que celui de la carte.

Après avoir traversé le torrent, le chemin est plat, à flanc de montagne, avant de se poursuivre en sentier qui descend pour rattraper la grand-route.

J’appelle maman pour la prévenir que j’arrive. Elle m’apprend l’abandon de Patrice, avec un orteil complètement infecté. Quoi ? Patrice a abandonné ? Et moi qui me plains juste parce que j’ai une  overdose des montées, sans autre raison. Certes mes pieds ne sont pas jojo, mais ça reste supportable et ça ne m’empêche pas d’avancer. Ah non alors, pas question de baisser les bras pour si peu. Il faut continuer, les gambettes ! Je lutte contre les pensées négatives, et je sais au fond de moi que je n’arrêterai pas.

Une fois sur la route, je ne poursuis pas sur le GR. Je vois qu’il remonte vers un château, certes la vue sur la vallée de Luz Saint Sauveur doit être belle, mais ça monte. Je reste sur la route, qui, elle, descend. A l’entrée de Luz, je double un groupe de touristes, je marche 3 fois plus vite qu’eux. Ils en restent baba. J’ai rendez-vous avec maman à l’église, très belle, de l’extérieur en tout cas. Ca fait forteresse. Je ne prends pas le temps de faire du tourisme. Nous allons pointer au CP14, j’ai parcouru 510 km, pas si mal ma foi.

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La barrière horaire suivante me turlupinant toujours, j’en demande confirmation au CP. Personne ne sait, alors que c’est ma préoccupation principale du moment. Il faut demander à Cyril, qui est pris avec sa télé, il faut attendre. Non, je n’attends pas, et j’engueule tout le monde. Les quelques coureurs présents que je croise régulièrement comme René, en restent bouche bée. C’est la tension de mes pensées négatives qui a besoin d’être évacuée.

Maman veut m’expliquer le chemin pour repartir car il ne faut pas suivre le GR qui va vers Gavarnie. Ce n’est pas le bon moment, et je saute sur l’occasion pour clamer que de toute façon, je ne suis pas sûre de repartir. Ben tiens, je n’ai pourtant pas rendu mon dossard. Et une petite voix au fond de moi me dit que non, il est hors de question d’arrêter.

Je gagne la chambre du gîte où maman est installée, toujours sur le parcours du GR, elle se débrouille vraiment bien maman, à partager avec trois autres randonneurs, ravis de m’accueillir. Ils connaissent le GR10 et mesurent l’ampleur de ma tâche. Ils me laissent la salle de bain, je m’étale, installée par terre pour soigner mes pieds sans tout salir avec l’éosine, qui est tenace. Un de mes ongles d’orteil ne tient plus que par 2 petits points. Je lui mets un petit chapeau pour le protéger, et je n’y touche plus. Quant au gros orteil, j’en ai maintenant un qui est tout rouge et très sensible, bien qu’il n’y ait plus rien qui sorte dessous l’ongle. Ce n’est pas terrible. L’autre ne me fait presque plus souffrir et a l’air de bien se porter. Le bout de mes chaussures commence à se décoller. J’ai prévu, et maman joue au cordonnier et les recolle. Il faut que ça tienne jusqu’au bout. Que de petits malheurs ! J’ai le droit de nouveau à un bon repas, avec toujours des légumes et fruits frais, ce qu’il n’y a pas du tout sur les ravitaillements des CP.

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Je me lève à 3h, de nouveau pleine d’énergie. Mes pensées de faiblesse d’hier soir ont disparu. Je prends un copieux petit déjeuner sur le palier, pour ne pas réveiller la chambrée, d’autant plus qu’il paraît que j’ai ronflé très fort. Mais maintenant pour repartir, je suis bien coincée, car je n’ai pas voulu écouter maman hier. Je suis obligée de la réveiller pour qu’elle m’explique la direction à prendre. Ce n’est pas malin. On prend une variante qui nous raccourcit le GR de 30km pour rejoindre Cauterets. Quel dommage ! Il faudra donc que je revienne pour voir le cirque de Gavarnie loupé. Requinquée, j’étais prête à faire les 30km qui y mènent, même s’il ne faut plus dormir pour tenir le rythme.

Après une petite portion de route en direction de la station de ski d’Ardiden, je traverse les villages de Sazos et Grust. Le jour se lève. Le sentier coupe les lacets de la route, avant de passer à côté de la station de ski, et de grimper vers le col de Riou à 2000m d’altitude, loin de ce qui était promis par l’itinéraire initial, 2700m sur les pentes du Vignemale.

La descente est facile vers Cauterets. Je traverse la ville pour rejoindre le CP15, au km 540, sur l’autre rive de la rivière. Les tentes sont installées, il est 11h, je n’en ai pas besoin. C’est plutôt l’heure de manger. Il y a même du râpé pour accompagner les pâtes. Quel luxe ! J’y retrouve René, qui repart avant moi.

Je me passe des services de la sécurité civile, à part leur désinfectant. Arrive un coureur que je n’avais pas encore vu, il faut dire que je n’ai pas été beaucoup dans les CP ces derniers temps. C’est un fana de bière et de pizza. Il s’interroge sur certains coureurs italiens qui vont très vite sans qu’on les voie passer. Ont-ils 4 roues et un moteur les italiens ?

Je pars vers la station de ski de Cauterets, ça monte tout droit, raide. Je passe à côté d’un vieil aqueduc perdu dans la forêt, avant que le relief s’aplanisse jusqu’au lac d’Ilhéou, puis au col du même nom, à 2200m d’altitude. Je suis dans le parc national des Pyrénées, ce qui ne m’empêche pas de goûter mes quelques myrtilles quotidiennes. Je croise là-haut un beau troupeau de moutons, gardé par une bergère. On fait un brin de causette. L’endroit est humide malgré la pente, il faut regarder où on met les pieds pour rester au sec. Je fais une pause chips devant un petit abri en lauzes.

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La descente se poursuit jusqu’aux sapins et le lac d’Estaing. Il y a du peuple, et des ânes à touristes. Une dame me fait signe, je l’ai déjà croisée. Elle fait l’assistance de Pierre qui est devant et Marcel, dont je n’avais plus de nouvelle depuis la nuit de Marc. Il n’arrivera malheureusement pas au bout. Elle me propose son aide, une petite place sous la tente, mais je n’ai besoin de rien. C’est tout de même agréable d’être soutenue de la sorte chemin faisant.

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Une petite route me mène à Estaing, CP16, et 559° km. Je m’y arrête à peine, maman m’attend au bled suivant. Le GR fait un petit crochet par la droite qui rallonge, je pars par la gauche sur la route. Le bénévole du CP me rappelle pour m’indiquer le droit chemin. Non, non, je prends le gauche. J’ai hâte d’arriver à Arrens-Marsou. Je passe un petit col et plus loin je reprends le GR qui cette fois coupe la route et raccourcit. Attention, il ne faut pas suivre les rubalises, il y a eu une course aujourd’hui dans le coin, et ce n’est pas notre itinéraire.

Je retrouve maman, fidèle au poste, sur le pont à l’entrée du village d’Arrens-Marsou, juste après l’arboretum. Justement à cause de cette course, elle n’a pas pu trouver un logement décent, tout est plein. Elle a donc installé la tente dans un champ à côté du torrent. Pour moi c’est parfait, j’ai un bivouac confortable, de l’eau pour me laver, on a même une table à pique-nique pour manger. Maman préfère me laisser la tente pour moi toute seule pour que je dorme mieux, et elle s’installe dans la voiture. Je me lève à 2h pour partir, et elle finira la nuit à ma place. Elle qui ne voulait pas camper ! Je lui en aurai fait faire des choses. Et elle dormira très bien pour terminer sa nuit. En tout cas, j’aurai bien profité de plusieurs bonnes nuits confortables de suite, et je ne ressens pas de manque de sommeil, ni de baisse de forme physique qui pourrait en découler. J’ai dormi un peu plus que je n’aurai dû.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je repars de nouveau dans la nuit. Ca monte par paliers et je passe 2 cols successifs, peuplés de moutons et de marmottes pas farouches du tout qui se baladent sur le sentier dès qu’il fait jour. Je les vois enfin, depuis que je les entends ! Yvan le canadien me double dans le début de la descente et me donne des conseils sur l’utilisation des bâtons en descente. Surtout, enlève les dragonnes. J’utilise beaucoup les bâtons en montée, moi qui étais empotée au départ, ça m’aide bien en fait, et je ne les utilise pas en descente mais je les garde en main.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je croise le GR de la vallée d’Ossau dans un coin très minéral, mais je suis dans la brume du matin et je ne vois pas grand-chose du paysage et du pic du Midi d’Ossau. Dommage. Après une longue descente dans les prairies, j’arrive à la station de ski de Gourette en passant à ma grande surprise devant quelques chalets récents, puis des grands bâtiments très moches. Je n’avais pas percuté que ce serait une station de ski, je m’attendais à un petit village montagnard. C’est le CP17, avec 576km effectués. J’y retrouve de nouveau René. J’ai des nouvelles de Thierry, que tout le monde a cherché pendant qu’il faisait une pause au village suivant de Gabas.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Je repars rapidement, en traversant la station par des escaliers. Me voilà désormais dans le Béarn. S’ensuit une montée bien raide dans la caillasse blanche du calcaire, parsemée de petits lacs, jusqu’à 2500m d’altitude au col de la Hourquette d’Arre, encore un des plus hauts cols de mon périple. La descente est longue avec de nombreux éboulis à traverser, avant d’atteindre la forêt. Je croise une randonneuse qui cherche un pont pour éviter un passage réputé vertigineux. Je ne peux guère la renseigner, et je n’ai eu aucune appréhension sur le chemin normal. J’arrive à la centrale électrique d’Artouste après avoir suivi la ligne haute tension. Je trouve René sur le bord du chemin en train de se changer pour la nuit qui approche. Je n’ai pas ce problème, je suis toujours en collant, je ne transporte pas de short. Je n’ai qu’à mettre le coupe-vent quand la fraicheur de la nuit vient se faire sentir. J’hésite à être sa compagne nocturne, mais j’avais prévu de me reposer un peu avant la prochaine montée toute proche. Je continue donc en cherchant un petit coin de repos. Et je tombe sur une caravane providentielle, certes en piteux état. Je jette un coup d’œil à l’intérieur. Il n’y a pas de porte, mais il y a un matelas. C’est un peu le désordre, mais pas trop sale. Que demander de mieux ? Ni une ni deux, je m’octrois ce petit paradis et je m’installe pour y dormir une heure. René a dû passer devant pendant ma sieste.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

J’en repars à la tombée de la nuit. Je passe à côté du village de Gabas qu’on ne traverse pas, et je rejoins le lac de Bious-Artigue par une petite route. Je trouve un ruisseau pour faire le plein d’eau. Quand je prends de l’eau dans les torrents en-dessous des vaches, je la purifie avec des pastilles de chlore, quand c’est au-dessus des vaches je ne purifie pas. Tous ceux qui n’ont pas purifié leur eau ont eu des désagréments digestifs. Une bonne piste longe le lac, qui a l’air très touristique. J’entends clop clop derrière moi. Tiens, des cavaliers un peu en retard qui arrivent à 22h de leur rando. Mais pas du tout, ce sont 2 chevaux libres. Ils me suivent un bout de chemin, agréable compagnie, avec leurs yeux brillants dans la lumière de la lampe. Ils savent très bien où ils vont, contrairement à moi, et s’arrêtent à une source pour boire.

Je monte dans la forêt, de nouveau seule. La nuit, on voit très bien la marque blanche du balisage GR éclairée par la lampe, mais pas du tout la rouge. Il faut néanmoins lancer le faisceau de la lampe au bon endroit et balancer la tête à toutes les hauteurs des fois. D’ailleurs je cherche un peu le chemin sous les pins, dans une rude montée. Je suis sur le sentier des lacs. En tout cas la zone est bien humide. Je dois en longer plusieurs, sans les voir dans la nuit. Et soudain je me retrouve dans la flotte jusqu’aux chevilles, et de l’eau tout autour de moi. Je contrôle ma direction, et sur le  GPS, je suis carrément dans un lac. J’ai loupé le sentier qui monte à droite.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

J’arrive au col d’Ayous, à 2000m d’altitude. Il est 1h du matin, il y a un refuge à 200m. Le petit détour en vaut la chandelle, j’y vais en espérant une petite place. Comme j’ai bien retenu que dans les refuges, la chambre pour les retardataires est celle du bas, j’en pousse la porte et cherche un coin libre. C’est plein, et je réveille malencontreusement un monsieur qui n’a pas l‘air coureur. Désolée. C’est en haut, me dit-il. Effectivement, c’est en haut. Dans la salle commune, toutes les tables ont été poussées, et le sol est couvert de matelas et couvertures, avec plein de dormeurs. Voilà une bonne organisation ! Je trouve une place de couvertures, une dessus, une dessous et je sombre. J’entends vaguement des gens qui se lèvent, je repère le matelas d’à côté qui se libère et j’y opère une translation. Je dors 3h, et c’est à mon tour d’émerger. J’ai toujours entendu sonner ma montre à l’heure voulue. La salle s’est un peu vidée et j’ai de nouveaux voisins dont je n’ai pas perçu l’arrivée. Mon seul problème est de ne pas savoir comment déposer mon obole pour le toit car je n’ai vu personne.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

J’entreprends une longue descente. Le jour se lève sur l’herbe rase des prairies. J’arrive dans la forêt, puis au-dessus des profondes gorges de l’Enfer. Je suis maintenant sur le chemin de la Mâture, qui est plat et carrément creusé dans la paroi de la montagne, longeant le vide. C’est très particulier et très beau. J’arrive à un parking où je fais une pause repas et soin des pieds, sous le fort du Portalet. Je suis installée juste sous le panneau explicatif du chemin. Et voilà qu’un guide débarque avec son groupe et se plante devant mon panneau. Donc j’apprends sans me farcir la lecture des explications que le chemin de la Mâture a été créé pour le transport des troncs destinés à fabriquer des mâts de bateaux.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

J’arrive au village d’Etsaut. Je ne m’y arrête pas et traverse la route et le village d’en face de Borce pour une nouvelle montée. Une fois passée la forêt, j’arrive sur une belle crête que je longe, parmi les fougères, les fleurs et… les taons. Ils sont voraces et piquent à travers le collant. Je marche en me tapant sur les fesses pour les tuer. Après le col de Barrancq, la descente se fait dans les pâturages au milieu des vaches, et je débouche sur un superbe plateau bien verdoyant entouré par les montagnes, et le village de Lhers, à 1000m d’altitude. Cela respire la tranquillité, je suis sous le charme.

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Le CP 18 et le km 628 m’attendent au camping de Lhers. J’y fais une bonne pause ravitaillement et profite du merveilleux paysage, chouchoutée par les bénévoles. La base de vie n°3 n’est pas loin, je repars dare-dare. Je traverse ce plateau, puis le village de Lescun où j’ai un peu de mal à suivre le GR du premier coup, et la montée en pente douce vers le fond de la vallée. En haut, je passe le pas d’Azuns, petite barrière rocheuse. Devant moi se dressent de grandes dents toutes blanches, qui émergent de l’herbe rase. Je m’y dirige justement, et au pied, je ne trouve pas la suite du GR. Un passage continue tout droit, mais ce n’est pas ça. Qu’à cela ne tienne, il est 19h et les couleurs virent déjà au rose, magnifique sur ce paysage dantesque. Je m’installe pour une pause noix de cajou en m’en mettant plein les yeux sur la petite arête où je suis arrivée, au pas de l’Osque à 1900m d’altitude. Autant en profiter. Quand je pense à tout ce que j’ai fait de nuit et où je n’ai rien vu autour de moi. Un  coureur arrive et se fourvoie. Je lui indique l’autre côté du versant, à pic, ça doit être par là. Il me confirme. Ca a l’air très raide et il est inquiet pour moi. J’ai l’air si empotée ? Je le rassure, ça ira. A mon tour, effectivement c’est raide. Il y a des cordes pour descendre, ce qui ne m’impressionne pas du tout. Je continue sur un plateau de lapiaz avec de grandes dalles de calcaire. Quand je pense que c’est truffé de gouffres là-dessous.

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 Je débarque sur une belle langue de gros graviers. Mais qu’est-ce que c’est ? Une piste de ski bien sûr ! Je ne savais qu’on skiait sur des cailloux dans le Béarn. Je cherche un peu le marquage de l’autre côté. Un autre coureur arrive, on fait un bout de chemin ensemble. Nous rejoignons une route empierrée, et il repère le sentier sur la gauche. Je l’aurais bien loupé celui-là. Il va plus vite que moi et part devant. Je croyais que c’était un petit raccourci ; mais non, c’est assez long avant de retrouver cette route, qui me mène à la station de ski d’Arette la Pierre Saint Martin, 1600m d’altitude. Moi qui croyais que la Pierre Saint Martin était un petit village. La nuit tombe, accompagnée du brouillard, et c’est à la lampe que j’arrive à la base de vie n°3, installée dans un grand bâtiment communal de la station. Et j’ai 5 heures d’avance sur la barrière horaire. Youpi ! Avec tout ce que j’ai dormi en plus dans les Hautes Pyrénées ! Voilà qui est bien calculé, n’est-ce pas. Nous sommes le lundi 1 août, il est 21 heures, j’ai parcouru 648 km. Je n’ai plus qu’à viser la barrière horaire finale : vendredi 5 août à 4h du matin.

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Nous dormons à l’autre bout du bâtiment, dans une grande salle de sport au sous-sol avec un côté entièrement vitré, qu’on admire depuis une petite place. Sûrement une salle de pelote basque, je ne suis pas spécialiste en la matière. Je m’installe sur un épais tapis de sol, bienvenu. Nous ne sommes pas nombreux. Par contre il y a plein de gamins au niveau de la vitre, fort curieux. Ca va être difficile de me déshabiller pour aller à la douche devant ce public.

En fait le club d’échec local donne une petite réception. Ils m’invitent à partager les restes de leur pot. Pas de problème. J’enfourne la charcuterie et le fromage local, et je termine le délicieux gâteau basque maison. Il faut dire que je commence à flotter sérieusement dans mon beau maillot rose. J’ai le droit à maintes félicitations et les encouragements qui vont avec.

Ce n’est que l’entrée. Je me dirige vers le ravitaillement de la course, je retraverse le bâtiment. La mairie nous offre une excellente garbure et du fromage de la fromagerie d’en face.

Il y aussi un podologue de la course à Arette. Allons le voir. Il trouve mes pieds pas si mal. Il paraît que nous avons tous les deux ampoules sur l’extérieur du pied. Les miennes sont bien sèches, mais toujours sensibles. Il trouve mes ongles bien soignés, il n’y a plus de liquide dessous. Néanmoins j’en ai un toujours douloureux. Il me fait des popotes sur les 2. Il enlève le chapeau de l’ongle d’à côté auquel je n’ai pas touché depuis plusieurs jours et est satisfait du résultat. Il le remet en place. Il me conseille de faire la même chose sur le petit orteil qui a une bonne ampoule dessous et que je vide régulièrement.

Je vais dormir, René est là aussi. Il repartira avant moi. Quand je me lève à 3h, il y a plus de monde dans la salle. Je n’ai entendu absolument personne. D’habitude je prépare toujours mon sac prêt à repartir en me couchant. Je ne l’ai pas fait cette fois. Je fais donc un boucan du diable à tout remballer dans les plastiques, des fois qu’il pleuve. Désolée pour les dormeurs !

Je prends un bon petit déjeuner avant de repartir. Il n’y a malheureusement plus de garbure. C’est l’équipe suédoise qui est là ce matin, je fais la traduction anglais – français pour le papa de Franck, qui le suit.

Je pars dans la nuit, de nouveau dans le brouillard et un petit crachin. A moi le pays basque !

Après le col de la Pierre Saint Martin, c’est la descente vers le village de St Engrace. Le jour se lève avant la forêt et… voilà Jodi qui surgit et me double à toute vitesse. Il court à gogo, complètement ressuscité. Il l’aura son avion !

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St Engrace est un tout petit village, et je lève le nez vers la vieille église que j’admire de l’extérieur. Je continue sur la route, avant de m’apercevoir que j’ai loupé les marques du GR à jouer à la touriste. Il est de l’autre côté du torrent. Comment le rattraper ? Je passe devant une société de rafting, canyoning, spéléo et plus et j’y demande mon chemin. Pas de problème, je vais le rejoindre aux gorges de la Kakouetta, où je suis venue il y a quelques années. Je ne suis pas perdue ! J’aperçois l’entrée des gorges. Je franchis la rivière qui en sort sur le pont de l’Enfer. La couleur de l’eau est turquoise, c’est magnifique.

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Ca remonte vers le col d’Anhaou à 1400m d’altitude. Les dénivelés seront de plus en plus faibles désormais, le paysage change, et les myrtilles disparaissent définitivement. Je reste au milieu des pâturages à l’herbe rase, et je coupe régulièrement de bonnes pistes. Après quelques brusques changements de direction surprenants, je suis dans une descente raide, dans les hautes herbes. Ca descend tout droit, jusqu’à rejoindre un sentier de randonnée très fréquenté. Il doit y avoir quelque chose de remarquable vu le nombre de promeneurs, mais quoi ? Nous sommes en limite du parc national. Je ne vois pas de vautours, pas d’ours non plus. Peut-être une belle vue ? Et oui, car c’est plein de canyons par ici, mais je ne le sais pas. Le sentier est maintenant à flanc de montagne, et juste quand je vais doubler une famille, la dame fait plouf, côté vide dans les buissons. En fait en-dessous il y a de magnifiques gorges. Elle n’a pas l’air spécialement sportive et crie très fort. Son mari est là pour lui prêter main forte pour s’en sortir, à priori elle en sera quitte pour une entorse. Je me tire vite fait.

A ma grande surprise, j’arrive à un très beau pont suspendu, qui traverse les non moins belles gorges d’Olhadubi. En tout cas il y a foule, y compris le père de Franck. Il est excité et cherche son fils partout, qui est en retard sur son timing. Non, je ne l’ai pas vu. Je finis par atterrir au Logibar, qui est un gîte et dont je n’arrête pas de voir les flèches.

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Je suis bêtement un coureur devant moi, qui s’y dirige directo et s’attable. Mais ils y sont nombreux les coureurs ! Ils se sont donnés rendez-vous ? Certes, il est midi. Je passe, et traverse la route pour rejoindre le chemin normal du GR. J’arrive rapidement sur une crête, le sentier est à peine tracé dans les hautes fougères, royaume des taons qui adorent mes fesses. Le chemin est jalonné de tours de chasse à la palombe. Il ondule de col en col entre les mamelons, toujours en altitude, il y a peu de dénivelé à franchir. Je suis avec quelques coureurs que je n’avais pas encore vus, sûrement les voraces du Logibar, et ils me doublent tous. J’en conclue non seulement qu’ils marchent plus vite que moi, mais qu’ils s’arrêtent beaucoup plus longtemps puisqu’ils sont derrière.  Et oui, je pallie ma modeste vitesse de croisière en rognant sur les pauses et le temps de sommeil par rapport aux autres.

 

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Je rejoins une petite route dans la forêt qui m’amène aux chalets d’Iraty, station de randonnée à 1300m d’altitude. La nuit ne va pas tarder à tomber. Jean-Pierre et Mireille, les bénévoles d’Oman,  m’attendent au CP19, au km 697. Nous sommes dans un chalet, un vrai lit m’y attend, et Mireille m’en a gardé un en bas des lits superposés. Pas de grimpette à effectuer. Quelle chance !

Les bénévoles s’organisent pour la nuit, chacun son tour. En tout cas, ça brille. La serpillère est de sortie, ce qui n’est pas du luxe avec nos traces de chaussures pleines de boue, puis de pieds nus car nous avons tous la même envie : enlever ces pompes !

Je repars dans la nuit après 4h de sommeil, comme d’habitude. Je suis vite rattrapée par un petit groupe, je tente de les suivre un moment, ça m’évite de chercher le chemin dans le brouillard, mais ils sont plus rapides. Je suis de nouveau seule sur la crête. Le chemin va tout droit, tellement droit que je ne vois pas dans les hautes herbes qu’il faut tourner à gauche. Je descends dans une forêt avant de me rendre compte de mon erreur. Le jour se lève quand je reviens sur mes pas. Le virage que j’ai loupé est pourtant évident, du moins de jour. La brume se lève en même temps. Le chemin est jalonné de cromlechs, puis c’est la descente tout droit. Un coureur apparaît derrière moi, et il court. Mais c’est une coureuse ! C’est Karine. Ca fait un bail que je ne l’avais pas vue. Ses pieds sont guéris, elle peut enfin courir et s’en donne à cœur joie dans cette belle descente. Et les miens ? Ils ne sont pas guéris, mais je pourrai courir si j’en avais envie. Néanmoins je suis bien dans mon rythme de marche, je profite du paysage, et je ne suis pas spécialement pressée d’arriver.

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Je croise quelques troupeaux de moutons avec leur berger, qui est souvent une bergère. Je tombe en extase sur l’un d’eux, en surplombant le travail du chien qui déplace le troupeau dans un rond parfait. Dans la lumière du jour naissant, c’est saisissant.  Je passe devant une ferme : ici vente de fromage ossau-iraty . Je n’avais pas du percuté que le village d’Iraty où je viens de dormir quelques heures, c’était l’Iraty du fromage.

Je croise de nouveau la tente de l’assistance de Pierre, tout le monde dort. La descente se poursuit, moitié en sentier, moitié en petite route. Je croise quelques groupes de randonneurs. J’arrive au village d’Estérençuby, et oui, c’est l’immersion dans les noms basques maintenant, et je passe ceux des fermes isolées que je croise. Après l’église, une dame m’indique la suite du GR10, le sentier grimpe. Mais sur ma carte, j’ai l’œil sur la petite route qui mène directement à St Jean Pied de Port, sans faire un détour que je juge inutile par la montagne. En longeant le torrent, c’est facile et bucolique. Je double un coureur qui a visiblement eu la même idée que moi, il est épuisé. Il sort de son sac un énorme paquet de dates et m’en offre. Quelle idée de porter ça ! J’arrive au village de St Michel. Que les villages basques sont beaux, avec leurs maisons dont toutes les boiseries sont peints en rouge. Pas une ne manque à l’appel. Et je rejoins le GR10 à Caro, et quelques coureurs qui viennent du bon itinéraire, dont Jérémie.

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St Jean Pied de Port n’est plus loin, et mes parents m’y attendent. Maman vient à ma rencontre, et nous retrouvons papa à la vieille porte d’entrée de la citadelle. J’ai parcouru 733 km. Je reconnais immédiatement la vieille rue, dans laquelle se trouve le CP20. Le GR10 croise le chemin de St Jacques de Compostelle, je suis une habituée de St Jean Pied de Port ! Je pointe rapidement. Un coureur me rappelle par la fenêtre, c’est bon j’ai déjà pointé ! Maman a trouvé une chambre au cœur de la vieille ville, le long du GR. Il est midi et un bon repas m’y attend. Je profite de la salle de bain, mes vêtements rincés vont sécher dans l’escalier. Je mets un petit chapeau à mon petit orteil comme me l’a conseillé le podologue de la Pierre St Martin.  Après 1h de sieste, je repars pour la dernière ligne droite. Hendaye paraît maintenant à portée de main, ou du moins de jambes ! Papa vient de passer quelques jours chez son cousin, missionnaire à la retraite. Toute la maison de retraite des pères blancs prie pour moi. Je ne peux que réussir !

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Mes vêtements sont encore humides, et vu la chaleur, ça fait du bien. Les parents m’accompagnent un bout, papa me lâche le premier et maman vient jusqu’à l’église de Lasse. Prochain rendez-vous : Hendaye !

Le chapeau de mon petit orteil me fait carrément souffrir, je l’enlève vite fait. Il est nul le podologue ! Je me tape aussi un panari à l’index, que je n’arrivais pas à percer, et voilà qu’il éclate tout seul. Ca me soulage d’un coup. J’en ai un autre au pouce en train de se former. Je repars d’un bon pied pour une montée très raide, sur une trace dans les hautes herbes qui raccourcit le large chemin en lacet. Je ressens la forte chaleur, et je garde en permanence l’embout de la poche à eau en bouche, pour siroter pratiquement en continu. Je n’ai jamais eu à faire ça ! Mes bâtons me sont d’une aide précieuse dans la grimpette et je ne pourrai plus m’en passer. Je passe aux 3 abreuvoirs, puis ça remonte tout droit dans les pâturages à moutons jusqu’à l’antenne du sommet du Munhoa. Le vue environnante est très belle sur les sommets basques arrondis et verdoyants. Après la descente du mont, ça remonte vers une crête qui longe la frontière espagnole. La nuit tombe, et le brouillard avec, qu’accompagne rapidement une pluie fine. Ca change de la chaleur d’il y a quelques heures. Ma casquette me gêne sous la capuche avec la lampe, et je préfère l’enlever. Grosse erreur, mes lunettes récoltant gouttes et buée. La visibilité devient rapidement nulle, je ne vois pas plus loin que mes pieds. Je suis dans un immense pierrier de gros rochers, il n’y a plus de chemin du tout, et je ne vois pas la marque suivante du GR. Je perds beaucoup de temps à chercher un chemin, lever la tête pour tenter d’apercevoir une marque plus haut ne sert à rien. Je ne me dirige qu’au GPS, perdant puis retrouvant les marques. Je me tape comme ça un premier pierrier, puis un deuxième, puis un troisième. Heureusement, l’altitude n’est pas très élevée et il ne fait pas froid, mais ma progression dantesque me demande beaucoup d’énergie et une concentration permanente. Entre deux pierriers, je traverse des zones humides, mais mes chaussures trempées ne sont plus à ça près. Ca a l’air sans fin, tandis que le brouillard et la pluie redoublent.

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Ca commence à redescendre. Je passe devant une espèce de petite caverne sous les rochers, le seul endroit abrité du coin ? C’est bien possible. J’en profite pour manger. Est-ce que je m’y arrête pour dormir et attendre le lever du jour ? Non, je prends mon courage à deux mains et je préfère continuer à la vitesse d’un escargot, c’est toujours mieux que rien, ne ressentant pas d’envie de dormir. Allons-y de bon coeur !

Je reprends donc ma progression, quand Jérémie l’américain surgit dans la nuit. Il va beaucoup plus vite que moi, mais c’est l’aubaine à ne pas laisser passer. Il a une bonne technique, une lampe sur la tête, une lampe à la main et le GPS dans l’autre main. En tout cas, il trouve le passage qu’il faut. Je me démène pour ne pas le lâcher et je le suis comme un petit chien. Il me demande de temps en temps de contrôler la direction sur mon GPS. Il me dit que les coureurs derrière, dont Géraldine, ont bivouaqué sous la pluie, en désespoir de cause. Alors j’en conclue que ma volonté de continuer a payé.

Nous croisons 2 filles qui montent, qui surgissent en plein brouillard. J’ai d’abord cru qu’elles partaient secourir quelqu’un. Mais pas du tout. Ce sont deux copines de Géraldine qui partent la rejoindre. Elles espèrent qu’elles passeront la ligne d’arrivée ensemble dans les 24h. Quelle utopie de parisiennes, car elles viennent de débarquer de Paris. Je remets leur pendule à l’heure. Pour l’instant, Jérémie et moi sommes pressés de repartir. Nous atteignons la forêt et l’altitude décroit bien. Nous voici enfin à St Etienne de Baïgorry, CP21, 750° km, peu avant le lever du jour. Mais peu m’importent les km présentement. Me mettre au sec et dormir, c’est tout ce que je demande. La dame qui m’accueille me demande si je suis Géraldine. Et bien pas du tout, je suis Isabelle.

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Je trouve la salle vraiment crade, de la boue partout, des bassines d’eau sale et la table pleine de restes de repas. En plus, il n’y a plus de gaz pour nous faire un repas chaud. J’enfourne tout ce qui me tombe sous la main, mélangeant sucré et salé, les céréales au chocolat et le saucisson. Une fois mes pieds soignés, je me dirige vers le dortoir. Il s’agit de la salle de trinquet. Elle est immense, et 3 coureurs y dorment à un bout. Je m’installe à l’autre bout, à même le sol en béton, la tête sur mes ravitos, je m’endors immédiatement.

Quand je me réveille, il fait grand jour et je suis seule dans cette salle immense. Ca fait un drôle d’effet. Pendant mon somme, le réfectoire a été briqué et est impeccable. C’est plus accueillant. Je prends mon ptit déj, céréales au chocolat + saucisson pour changer. On attend toujours Géraldine, mais ses copines sont là. Elles ont abandonné peu après nous avoir croisés. Alors je confirme, ma volonté a payé, et j’en suis très fière. En tout cas elles ont compris que la ligne d’arrivée ne sera pas pour ce soir.

Je repars à 9h, revigorée. Il fait beau maintenant.

Je monte vers la frontière espagnole, que je suis pas mal de temps sur une longue crête, avec une belle vue vers le pic d’Anie derrière et… la mer devant ! Déjà ! La chaleur est plus supportable qu’hier. Je suis au milieu de nouveaux sympathiques compagnons : les pottoks, ces poneys basques tachetés, ce qui me ravie. Les moutons évidemment sont toujours là. Est-ce la période des ventes ? Ils sont parfois rassemblés dans un enclos, avec du monde qui les examine sous toutes les coutures.

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C’est déjà la descente sur Bidarray. Je traverse le village et remonte de l’autre côté de la vallée. Le CP22 m’attend, installé dans la dernière maison privée, au km767. Il est midi, et c’est le dernier pointage avant l’arrivée ! Youpi ! Cécile, bénévole, m’accueille, elle attendait avec impatience la coureuse réunionnaise. Elle a fait la Diagonale des fous presqu’autant de fois que moi, ce qui n’est pas peu dire. Je m’installe à l’ombre sous une tente dans le jardin pour dévorer un gros plat de pâtes. Karine aussi est là, bichonnée à souhait par toute une bande bruyante.

Cécile m’offre un lit picot dans la cave pour 1/2h de repos. J’ai le temps, je prends. Je partage la cave avec Jérémie qui a la même envie que moi. Je me prépare à repartir quand le père de Franck arrive. Il cherche encore son fils bruyamment. Et tout le monde attend Géraldine. J’entame donc la dernière étape longue de 70km pour l’arrivée. Le paysage que je traverse est ondulé et ne présente pas de difficulté particulière de jour, les cols se succèdent entre 700m et 500m d’altitude avec vue sur l’océan et les crêtes suivent de nouveau la frontière espagnole, au milieu des poneys et des cromlechs. Facile ! Je descends au village d’Aïnhoa. Je double un italien écroulé sur le bord du sentier, prêt à rendre l’âme. Il veut abandonner, si près du but. Pour finir il ira au bout. Au village, ses amis qui le suivent me proposent un énorme pain au nutella, immédiatement englouti. Puis je tombe de nouveau sur l’infatiguable père de Franck. Son fils a toujours du retard sur l’horaire prévu. Je serpente dans la vallée, traverse quelques hameaux. Je demande de l’eau à un monsieur, en fait il y a une fontaine juste après, ce n’était pas la peine de le déranger. Il a vu passer une autre fille peu avant, elle courait. C’est Karine à coup sûr. Le chemin est très agréable jusqu’au village de Sare et ses airs basques, ruisseau et petits escaliers parsemés de charmants oratoires.

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A la sortie de Sare, je tombe sur les organisateurs qui m’attendaient et m’offrent des fruits frais. Ils en profitent pour me pointer. Est-ce un contrôle anti–triche ? Les bruits courent parmi les coureurs que les italiens aiment bien les voitures. D’ailleurs où est passé Roberto qui était toujours derrière moi ? J’ai oublié son existence. Il paraît qu’il est maintenant loin devant…

A la sortie de Sare je trouve un petit endroit plat dans les herbes, parfait pour une sieste d’1/2h avant la dernière montée. Je reprends la route vers 17h, et la pluie s’invite après quelques pas. Quoi ? Je vais replonger dans une nuit d’enfer ? Mais c’est la dernière, j’y vais gaillardement, vers la montagne de la Rhune. Je vois passer le petit train jaune vers le sommet, dans un boucan de ferraille bringuebalante. Je traverse la voie et j’arrive au col des trois fontaines, où la pluie s’intensifie. Est-ce le dernier col ? Quelques promeneurs sont sur le chemin du retour, il y a plein d’anglais, je double tout le monde, les pieds trempés dans les flaques.

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Je rejoins la vallée, je croise de nouveau le père de Franck, toujours à l’affut, je déguste mon dernier paquet de chips, et… ça remonte. Je ne m’y attendais pas. La nuit tombe, et le brouillard pluvieux avec, bien que je ne sois pas haut du tout, 400m. La visibilité est rapidement réduite. Je croise une campeuse, elle fait la Pastourale, la petite sœur de la Transpyrénéa. Quelle drôle d’idée de s’arrêter dormir si près du but. Je passe juste à côté du poste frontière, et ça remonte de nouveau. Je ne trouve pas le départ du sentier, je dois demander à un gardien, dans la nuit. Il n’a pas l’air étonné de me croiser, il a dû voir passer quelques lampes ces derniers jours. Et c’est reparti pour le sentier, sans rien voir. Après un petit replat, je ne trouve plus les marques du GR, rien à faire, et pourtant le sentier est bien tracé, mais dans cette purée de pois... Le GPS m’envoie à gauche. Alors à gauche, à gauche. Ah ça y est, je les retrouve ces marques. Au bout d’un moment, je préfère contrôler ma direction sur le GPS, et là, ô surprise, je suis sur la trace où je suis déjà passée. Je n’en crois pas mes yeux. J’ai fait un demi-tour complet et je me dirige droit vers la Méditerranée ! Heureusement, je n’ai pas été trop loin. Je reprends mes esprits et me remets dans la bonne direction. Je reviens à l’endroit fatidique de mon fourvoiement, de nouveau à gauche toute, et cette fois je trouve le bon sentier. Je n’ai plus qu’à descendre définitivement. Je sors des nuages, et je vois les lumières d’Hendaye et toute la côte. Ma fois, j’ai encore une petite trotte à faire, une dizaine de km.

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J’arrive à Biriatou en croyant être dans les faubourgs d’Hendaye. Le GR et le GPS ne donnent pas la même direction. Je suis bonne pour faire demi-tour une fois de plus. Tout ça me fait perdre pas mal de temps et je vois l’avance sur la barrière horaire de l’arrivée de 4h du matin fondre comme neige au soleil. Franck surgit derrière moi avec son fils de 10 ans. Nous décidons de faire route ensemble jusqu’à l’arrivée. Il veut absolument ne pas dépasser la barrière horaire, et se met à courir. Je le suis sans problème, pas de douleur aux pieds ni lassitude. Il est plus rapide que moi en montée et je vais plus vite en descente, mais je dois me forcer pour le suivre. Nous sommes de nouveau dans la campagne, et pas du tout dans les faubourgs d’Hendaye. En traversant une route, nous perdons le fil du GR. Franck engueule son fiston qui n’a pas été capable de suivre les marques. Bon, l’ambiance me plaît moyen. Je décroche dans la dernière montée, et je n’ai plus qu’à traverser Hendaye seule. J’abandonne la course et reprends une marche rapide, toc toc au rythme de mes bâtons en pleine nuit.

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Je longe l’embouchure de la Bidassoa, retraverse une petite portion du centre ville, et j’atteins la plage, que je longe sur la promenade piétonne. Encore 2km, et j’y suis, je vois la flamme de l’arrivée. Il est 4h20 en ce matin du vendredi 4 août, il pleut, et je viens de parcourir 836km en 17 jours. C’est fini.

J’y suis 3 jours après le premier.

Cyril m’accueille, je suis d’un calme olympien. Contrairement à Franck que toute sa famille fête. Ils partent rapidement. On me colle un demi gobelet en plastique de champagne chaud dans les mains, alors que j’aurai voulu une chaise, mais il n’y en pas. Et quelque chose à manger peut-être ? Car avec le champagne chaud, je vais m’écrouler raide morte. Non, il n’y en pas. Il faudrait peut-être me pointer ? Ah oui, on avait oublié. Il y a un coureur italien transis sur un fauteuil trempé. Il me dit qu’il est fatigué, qu’il veut dormir, mais comme Cyril lui a dit d’attendre, il attend. Depuis combien de temps ? 2h. Ah lala ! Je l’embarque avec moi, allez suis-moi, et je trouve une tente de l’organisation libre parmi les 3 qui sont là. On se la partage.

Je vais prendre une douche au yacht-club qui nous accueille. Il y a un gros panneau « Hommes » sur la porte des sanitaires. Je fais le tour du bâtiment pour trouver un « Femmes ». Peine perdu, il n’y en a pas. J’atterris donc chez les hommes. Je suis seule, ce n’est pas gênant et j’y prends mes aises. Puis je fais un tour dans la salle de l’organisation. Tout le monde dort. Je fais une razzia sur ce que je trouve  à me mettre sous la dent.

Le repos est bienvenu sous la tente. Je me réveille à 8h, et part en quête d’un petit déjeuner. Je ne suis pas la seule à glaner de nouveau les restes de l’organisation. Pendant ce temps, mes parents sont arrivés. Ils ont récupéré mes quelques affaires sous la tente, car il n’y a plus de tente. Les gendarmes ont tout fait enlever. Sympa pour ceux qui doivent encore arriver !

Balade pyrénéenne Juillet 2016

Bilan de ma petite virée : 3 ongles de pied et 4 kg en moins, 17 nuits dehors. Ca monte, ça descend, il fait jour, il fait nuit, ça pourrait paraître monotone ! En outre on peut vivre sans matelas, et je suis devenue experte dans l’utilisation des bâtons. Mais surtout je m’en suis mis plein la vue, des sommets aux petites fleurettes, ah ce chardon bleu ! En passant par les bestiaux en tout genre. Quelle magnifique chaîne de montagnes que les Pyrénées ! Et une nouveauté pour moi pas toujours agréable : la gestion des barrières horaires.

J’ai juste une grosse envie de dormir et une faim dévorante. Il me faudra une semaine pour récupérer et être d’attaque. Et je me réveille toutes les nuits en voyant un sentier devant moi : allez debout, il faut y aller ! Mais non, tu es dans ton lit, tu peux dormir.

Je vais montrer mes petons à mon podologue, il les trouve très bien soignés, il n’a plus rien à faire. Néanmoins la plante va peler pendant un mois, me donnant des pieds de bébé.

En attendant, lundi, au boulot !

Prochaine étape : le trail de bourbon dans 2 mois et demi, fastoche !

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10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 18:15

Une amie me fait part d'une nouvelle course : l'ultra trail d'Angkor, 130 km. Angkor ! Depuis le temps que je cherche un truc chouette dans le coin ! Ni une ni deux, je m'inscris dare-dare, c'est dans 2 mois. Il y fera chaud, j'ai l'habitude, ce sera tout plat, je n'ai pas l'habitude, c'est long, comme j'aime. SDPO propose 4 épreuves, la plus longue étant de 130km. Je n'envisage même pas de faire une des autres. Je débarque donc à Siem Reap une semaine avant la course. C'est la grande ville juste à côté du site des temples d'Angkor. Une semaine pour me balader dans le nord du Cambodge. Il fait chaud et humide comme à la Réunion à la même époque, en Janvier. J'en profite pour profiter de ces magnifiques temples envahis de végétation, en vélo, vu que c'est tout plat. Au lieu de me "reposer", un mot que je ne connais pas trop. Et de faire connaissance avec Jayavarman VII, le roi qui a bâti toutes ces merveilles.

Je visitais donc les temples en vélo 2 jours avant la course quand je suis tombée sur le groupe de coureurs qui avait pris le packaging séjour touristique en plus de la course. Je ne pouvais pas les manquer, il y en a qui étaient déguisés en coureur. Une fille en jupette de course dans un temple ! Et je suis interpellée, c'est Éric le Belge du Manaslu de l'année dernière ! Il fait le 64 km. L'organisateur propose l'inscription à la course, sec. Tout le reste est en option, et je n'ai pris aucune option. Je me débrouille par moi-même sur place. Je vais chercher mon dossard le soir, j'espère y faire connaissance de Jean-Claude Lecornec, notre mentor. C'est la première fois que je cours avec lui. Mais non, il n'est pas là. Dommage, je ne suis pas sûre de pouvoir le voir après. Samedi 23 janvier 2016 : J'ai commandé un tuktuk à 4h du mat pour aller au lieu du départ: la Terrasse des Eléphants à Angkor, à 7km de Siem Reap. C'est de là que le roi regardait ce qui se passait sur la grand place de Angkor Thom, la ville d'Angkor, au 11°s. Angkor Thom était une très grande ville, et le royaume khmer était très puissant.

Il fait nuit. Les tentes de la course sont montées sur la place. Il y a le 130 km et le 64 km qui partent en même temps. Les autres courses plus courtes partent après. On est 60 sur le 130 km. Ils sont beaucoup plus nombreux sur le 64, je ne sais pas combien. il y a un paquet de coureurs initialement inscrits sur le 130 qui se sont rabattus sur le 64 depuis 2 jours, par peur de la chaleur. Sur la ligne de départ, je m'aperçois que j'ai mis mon maillot à l'envers. Il y a une vidéo sur internet où on me voit très bien en train de défaire mon sac pour changer le sens de mon maillot, bref, le type a coupé l'image juste avant que je sois à poil ou presque. Ouf ! Je sais que je vais beaucoup transpirer, comme quand on court dans les bas chez nous en janvier. Je me suis bien crémée partout contre les frottements, les fesses, la ceinture du short, la ceinture du sac, sous les bras. Je sais que ça va échauffer fort. Et voilà, c'est parti ! Avec un peu de retard car des coureurs ont paraît- il eu du mal à trouver la Terrasse des Eléphants. On part vers la porte est d'Angkor Thom. Les portes d'Angkor Thom sont magnifiques : on passe sous une immense tête à 4 visages, qui représentent les 4 vertus de Bouddha dans les 4 directions : la sympathie, la pitié, l'humeur égale, et l'égalité, le visage étant bien sûr celui de Jayavarman VII, qui les a fait construire. A la lueur de la frontale, c'est magique.

Ultra Trail d'Ankgor 2016

Puis on serpente sur un petit sentier de forêt. A chaque intersection, il y a un garde du parc pour nous garder sur le bon chemin. Je me fais déjà doubler à gogo, et par quelques filles. Mais sont-elles sur le 64 ou sur le 130 ? En tout cas comme d'hab, c'est toujours ma jambe gauche qui me freine. On arrive près d'un temple, dans la nuit. C'est Ta Nei, on le contourne. Le balisage de nuit est bien fait, de la rubalise et des barres phosphorescentes dans les arbres. Voilà les oiseaux qui se mettent à chanter et le jour qui se lève, il est 6h. On franchit un pont métallique, un pont français. Tiens, il y en a un qui est plié en 2 sur le côté, il vomit. Ca commence mal pour lui. Le peloton est déjà bien étiré. On rejoint la route et on longe le long mur d'enceinte du temple de Ta Prohm. Jayavarman VII l'a construit pour sa mère. On contourne le temple, envahi par les arbres de la jungle, les fromagers aux racines envahissantes et destructrices. J'ai toujours du mal à accélérer, alors je reste à ma petit allure. On se retrouve de nouveau sur des petits sentiers dans la forêt, c'est agréable. Ca n'empêche pas la chaleur, je transpire à gogo. Et il est encore tôt. Mais ça ne me gêne pas, j'ai l'habitude. On traverse le village de Srah Srang, le long d'un grand bassin, piscine de Jayavarman VII. C'est très joli.

Puis c'est le temple de Pré Rup qui se pointe. Il est plus vieux que les précédents. C'était un temple hindouiste, dédié à Shiva. Il est construit comme une montagne, et les tours sont en briques. Dans la lumière du petit matin, il me surplombe, il apparaît très rouge. Superbe. J'ai fait 15km et je suis au premier ravito de bananes. Les ravitos suivants seront tous les 10 km, ce qui est très confortable. Pas besoin de prendre des tonnes d'eau. Encore un peu de forêt avant d'atteindre le village de Pradac. On poursuit sur une bonne piste, au milieu des rizières. Le soleil est maintenant là, énorme boule rouge au dessus de l'horizon. Quelle lumière magique ! Le riz est récolté, les rizières sont en paille jaune, et paraissent toutes oranges à ce moment, rectangles bordés de petites digues de terre. C'est vraiment la meilleure heure. Je suis seule sur mon bout de piste, et je m'en mets plein les yeux.

La piste atterrit au milieu des rizières. Quelques vaches toutes blanches et maigres broutent la paille qui reste aux champs, leur bouse apporte un engrais naturel. Il y aussi quelques buffles, tout gris et gras. Ils sont au repos, et ne reprendront le boulot que pour les labours. Notre chemin serpente sur les diguettes étroites des rizières, un coup à droite, un coup à gauche, pour déboucher sur une rivière à franchir à gué. Je passe un peu en amont, c'est plus étroit et je peux sauter sans me mouiller les pieds. On rejoint un chemin, très sablonneux, bordé de buissons, toujours au milieu des rizières. J'aime courir dans le sable, même si ça ralentit la progression. Je double un coureur, il faut dire qu'il batifole avec les gamins du cru. Avec l'arrivée du soleil tapant, j'ai chaussé ma casquette saharienne géante et les lunettes de soleil. Autant bien se protéger des ardeurs locales. Sur la ligne de départ, une canadienne me trouvait drôlement bien équipée tropical. Je ne viens pas de la Réunion pour rien. Elle n'avait pas osé s'inscrire sur le 130km car elle n'avait jamais couru de nuit. C'est justement là qu'il faut commencer, c'est tout plat, facile de voir où on met les pieds la nuit. Je sors des rizières, traverse une route et passe sous un porche de temple bouddhiste. Le ravito est là, avec un délicieux gâteau maison local, au lait de coco. Il va nous falloir de l'énergie, on grimpe au sommet d'une petite colline, le temple de Phnom Bok est au sommet. Dure ascension de...150m, la seule de la journée. On y grimpe par un magnifique escalier de 400 marches. Quel plaisir ! J'y double quelques coureurs.

Les temples khmers sont très particuliers. Le pays était hindouiste jusqu'au 11° siècle. Les temples sont donc hindouistes. Puis notre ami Jayavarman VII s'est converti au bouddhisme. Mais il n'a pas abandonné Vishnou et Shiva pour autant. Ils sont donc tous mélangés. De même il y a de magnifiques sculptures, racontant les épopées hindoues du Mahabharata et du Ramayana, et beaucoup d'Asparas, les danseuses célestes. Aujourd'hui le pays est boudhiste. Le Cambodge est un pays tout plat, avec de temps en temps une colline isolée qui émerge, on se demande ce qu'elle fait là. A tous les coups il y a un temple en haut, ancien ou récent. A l'occasion, si la colline est raide, les Khmers rouges en profitaient pour jeter les pauvres innocents d'en haut, ça leur économisait des cartouches. Rappelons qu'il ont tué 3 millions de gens sur 15 millions en 4 ans en 75. Tout le monde en parle là-bas. Mais revenons à la course, dans un Cambodge heureux et à mon temple perché en haut de la colline.

On fait le tour du temple et on redescend par un bon sentier, que je dévale allègrement. Je retrouve le ravito, et on retraverse la route pour retrouver les rizières et le chemin sableux. Ca me va bien, même si je ne peux pas accélérer. Je suis seule sur cette portion de chemin. On traverse un village. Un monsieur arrose le devant de sa boutique pour éviter la poussière. Les réserves d'eau sont dans des grandes jarres devant chaque maison. J'y trempe ma casquette. Apparemment, il n'y a que moi qui ait cette idée rafraîchissante, les autres coureurs passent droit. Me voici de nouveau dans un village. Les maisons cambodgiennes sont en bois, sur pilotis. Elles peuvent être hautes. Cela permet une circulation de l'air sous la maison et les garde un peu plus au frais. Enfin, tout est relatif vu la chaleur ambiante. Le rez de chaussée sert de pièce à vivre dans la journée, à l'ombre. Quand on est plus riche, on a une maison en dur, ce qui n'empêche pas les pilotis. On traverse un temple bouddhiste, récent celui-ci. Les moines dans leur robe orange nous regardent passer, tout souriants.

J'arrive devant une école primaire. Une haie de gamins m'accueille, chemisier blanc et short ou jupe noir. Super ambiance ! C'est le 3° ravito. Il n'y a que des bananes, ça fera l'affaire. Il y a aussi un temple, en ruine celui-là, dont on fait le tour. Je cours parmi les blocs de grès, et je double à ce petit jeu. La petite cambodgienne qui tient le ravito veut m'y renvoyer une 2° fois. Non non, je l'ai déjà fait. On part par où après ? Voilà un quart du parcours fait. Il est 10h. Je n'ai pas battu des records de vitesse. Je sors la crème solaire, ça commence à taper dur. La suite du parcours est une piste avec de longues longues lignes droites. En plein cagnard. Pas une goutte d'ombre. Qu'est-ce qu'on transpire. Je dégouline. Des rizières, des rizières, des rizières, des vaches. Heureusement il y a très peu de circulation, donc pas de poussière, quelques vélos et motos. On traverse des villages de temps en temps, ça fait de l'animation. Les petits enfants nous encouragent, hello, hello ! Je suis avec un coureur qui n'arrête pas de s'inquiéter des km restants. Soit disant triathlète confirmé, qu'est-ce qu'il râle ! Il a du mal à encaisser les lignes droites. Je lui conseille de regarder le paysage qu'il ne verra qu'une fois plutôt que son GPS. Et on ne s'aperçoit pas des lignes droites. Il cherche partout de l'eau de coco à boire. Quelle idée saugrenue. Il n'y en pas. Nous ne sommes plus dans le coin à touristes.

Voilà qu'on croise des jeunes en vélo qui sortent du collège, toujours chemisier blanc et pantalon ou jupe longue noir. On échange quelques mots d'anglais. Ils sont ravis. C'est l'heure du repas au village. Les familles se regroupent sous les pilotis des maisons pour manger le riz. Au ravito suivant, ceux qui font le 64km commencent à penser fortement à l'arrivée et m'admirent de continuer. Je ne les vois pas faire un km de plus.

On regagne la forêt. Cela annonce le site d'Angkor. Un peu d'ombre est bienvenu. Je longe un mur très très long, bordé de larges douves pleines d'eau. Ca ressemble fort à Angkor Vat. Je cherche les tours des yeux, mais les murs ne laissent rien percer. Effectivement, j'aperçois l'entrée principale du temple sur l'autre côté, plein de monde. J'espère qu'on ne va pas aller par là. Et non, on rejoint la route et on tourne à droite, vers Angkor Thom et la terrasse des éléphants de ce matin. On reprend la route, la plus touristique du Cambodge. Heureusement, ce n'est pas l'heure des bus. C'est bien ombragé, c'est déjà ça. Je passe devant le temple de Prasat Thma Bay Keak, un des plus vieux du site. Et voilà la splendide porte d'Angkor Thom. On traverse les douves, le pont est bordé d'une avenue de statues, supportant une balustrade en forme de Naga, le serpent à 7 têtes, gardien et protecteur. La porte est surmontée des 4 visages de Bouddha, impressionnants. C'est magique de la passer à pied. Puis c'est une longue ligne droite dans la forêt, qui mène à Angkor Thom, qui était une ville immense. Le temple central, le Bayon, est surmonté d'un nombre impressionnant de tours, toutes en forme des 4 visages, toujours celui de Jayavarman VII, qu'on commence à bien connaître, représentant Bouddha. On contourne le mur d'enceinte du Bayon. Je me dévisse le cou pour admirer les tours émergeant du mur en courant. Trop beau, je ne peux pas louper ça. La Terrasse des Eléphants est juste après, je prends le balisage 130km, je suis à la moitié du parcours. Il est 14h, j'ai mis la bagatelle de 9h pour faire 64km.

C'est l'arrivée du 64 km, beaucoup s'arrêtent là. Qui est sur le 64 et qui est sur le 130 ? Je vais me restaurer. Une bonne soupe aux nouilles cambodgienne. Du rab s'il vous plaît. Ça fait 9h que je ne mange que des bananes. Il y a aussi du gâteau au lait de coco, celui qui faisait défaut sur les ravitos. Ah oui, il y a eu un problème de transport pour le gâteau. Et une bière ? Non merci, pas maintenant. La prochaine fois que je passerai par là. Mon voisin se laisserait bien tenter par la bière. Il envisage de ne pas repartir. Pourtant, il n'est pas blessé. Juste un peu fatigué, il fait trop chaud, et les autres prennent une bière, alors pourquoi pas lui. Quel stupide abandon ! J'ai tenu tout ce temps sans avoir de frottements, comme c'est chouette. Je jette un coup d'œil sur mon ventre, ça commence à rougir et à s'irriter. Je vais mettre un morceau d'élastoplaste pour protéger avant de repartir. Je vais au stand des médecins pour avoir des ciseaux pour couper la bande. Ils n'en ont pas. Drôles de médecins cambodgiens. Un couteau peut-être ? Encore moins. Ils vont chercher celui des cuisiniers et ramène un gros hachoir plein de légumes. Je propose de le nettoyer, histoire de ne pas avoir des oignons sur le ventre. Du coup, ils veulent le stériliser à l'alcool. Non, ça va, je n'en demande pas tant. Bref, je finis par m'en sortir. Mais j'ai perdu du temps avec cette histoire. Me voilà repartie d'un bon pied. Je monte les quelques marches de la Terrasse des Eléphants, je la traverse et redescends au bout. Les touristes m'encouragent et me souhaitent de bonnes jambes. Puis je sors de Angkor Thom par une autre porte, toujours surmontée de la tête à 4 visages. Un petit bout de route, et c'est de nouveau un sentier dans la forêt, bien ombragé. Je passe devant quelques maisons. C'est très sale, des plastiques et des barquettes de repas en polystyrène, alors que nous sommes dans le parc d'Angkor. Sur les circuits touristiques, c'est très propre, avec des poubelles partout et des gens qui balaient toute la journée.

Encore un bout de route qui mène au Baraï occidental, un immense réservoir d'eau rectangulaire, de 8 km de long et 2 km de large, qui date du 11° siècle, un peu avant Jayavarman VII. Tous ces réservoirs servaient, et servent encore à irriguer les douves et les rizières. Je suis sur une bonne piste, et je suis avec 3 coureurs, que des asiatiques, dont une fille. Ils marchent régulièrement, je les double alors. Ils me redoublent quand ils se mettent à courir. Je ne marche pas, je cours toujours sans effort. J'aviserai quand ça deviendra pénible, mais j'ai bien l'intention de courir tout de même jusqu'au 85° km. C'est la moindre des choses. Je sens de nouveaux frottements qui apparaissent sur mon ventre. Il fallait bien que ça arrive. Je demande des ciseaux dans une maison, pour couper un morceau d'élastoplaste. Mais oui madame. C'est plus facile qu'avec le milieu médical. J'arrive au ravito du km75. Il y a une chaise. Quel luxe ! Suksodkeaw la petite thaïlandaise part quand j'arrive et me cède gentiment la place, juste le temps de faire le plein d'eau. Et ça repart, direction les riziètes sur cette piste très sableuse. Courir dans le sable ne me gêne pas. Les autres en étant incapables, je double mon petit groupe. Mitsuji le cambodgien passe carrément dans les rizières. Je teste, mais je trouve plus difficile. Le sol est très inégal, et la paille sur pied est dure. Dès que ça devient roulant, Lawrence le singapourien et Suksodkeaw me redépassent. On joue à ce petit jeu sur les 20 km suivants. Dans le sable, je les épate, ils n'en reviennent pas.

Mais voilà qu'on quitte les rizières. On est maintenant sur une bonne piste. Ils partent devant, je ne peux pas les suivre. Ce que je ne sais pas, c'est que nous sommes les 2 premières filles. Me voilà donc seule, et je le serai jusqu'au bout. C'est la fin de la journée, les gens rentrent les vaches et les cochons sous les pilotis. Il y a du monde dans les villages, tout le monde est à la maison. Les enfants me saluent à gogo, et courent un peu avec moi. Les villages se succèdent par là. Ca gigote et sautille sur le chemin, je dérange des grenouilles. Le soleil se couche. Il devient un énorme astre tout rouge, comme ce matin à son lever. De nouveau les couleurs sont splendides sur les rizières. Je traverse une pagode. juste avant la nuit. J'aimerai me laver les mains, mais le seul robinet dans la cour est occupé par un bonze en pleine ablution. Il me fait signe que non, je ne peux pas utiliser le robinet. Certes les femmes n'ont pas le droit de toucher un moine, mais je ne veux pas le toucher, juste me passer les mains sous l'eau. Tant pis, je reste crade. A chaque intersection il y a un policier chargé de nous orienter. Quand j'arrive : l'eau mouille ! L'eau mouille ! Mais qu'est ce qu'il raconte ? Ils téléphonent tous à leur chef : l'eau mouille ! C'est 11 en khmer, mon n° de dossard ! En fait, 11 c'est dap moï. J'en suis au ravito du 95 ° km. J'en profite pour vider le sable une fois de plus de mes chaussures. L'organisateur nous a envoyé un mail pour conseiller de prendre des guêtres, trop tard, j'étais déjà partie de la case.

Entre temps la nuit est tombée. C'est la pleine lune. Les familles prennent leur repas dehors. Il y a néanmoins peu de lumière dans les villages, jusqu'à ce que tout le monde soit couché et qu'il n'y en ait plus du tout. Par contre les nombreux chiens se déchaînent. Ils ne sont pas méchants, mais aboient très fort et se baladent dans le chemin. Les yeux des vaches brillent à la lumière de ma lampe. Il y a du monde au ravito. On me propose une espèce de soupe de tapioca, ça ne me tente guère, mais il faut bien manger quelque chose de consistant de temps en temps. Une petite bouchée me suffira. J'aurai l'estomac retourné jusqu'à la fin après ça. Je me remets encore un peu d'élasto sur le ventre, ça frotte toujours. Une petit cambodgienne m'aide bien. Je repars. Je traverse un gros village. Il y a une musique d'enfer, une grosse fête très éclairée avec écran géant de ciné. Il y a encore encore un peu de rizières et de sable. C'est la bonne excuse pour me mette à commencer à alterner marche et course. J'ai eu tort, j'étais capable de continuer à courir sans problème. Je n'aurai pas réussi à rattraper la petite thaïlandaise, mais j'ai ralenti bêtement. Histoire d'en profiter plus longtemps ? Je marche peu tout de même. Je sors définitivement des rizières maintenant. Au ravito des 105 km, il y a foule pour m'accueillir. Un 4x4 arrive, c'est la 1° fois que je vois un gars de l'organisation français sur la 2° partie du parcours. Il est vrai que les cambodgiens nous bichonnent. D'ailleurs voilà que le policier de service m'escorte en mobylette !

Je continue à alterner course et quelques pas de marche. Mon mentor me suit silencieusement sur sa mob. Après tout, ça me tient éveillée. Car depuis la tombée de la nuit, j'ai envie de dormir, c'est-à-dire depuis 18h... Ça faisait un peu tôt ! Je rejoins le Baraï occidental, le grand réservoir d'eau, et je le longe sur sa largeur. Je suis sur une grande piste un peu en contrebas. Je grimpe le talus pour admirer ce grand lac rectangulaire. Avec la pleine lune, c'est très beau. Et voilà, je me mets à marcher, en me disant que je recours au virage du coin du Baraï. C'est un angle droit, je ne devrais pas le louper. Mais je marche, je marche, je marche, bien plus longtemps que ce qu'il faut. Je sais pertinemment que j'ai réussi à passer le virage absolument sans le remarquer, mais je reste butée dans ma tête, je ne recours qu'à ce foutu virage. Mon escorteur me dit que je suis fatiguée, que je peux monter sur sa moto. A ça, pas question ! il n'a pas dû bien comprendre ce qu'était une course à pied. Peut-être que d'autres ont accepté ? J'arrive donc de ce pas au ravitaillement des 115 km, qui est au milieu de la longueur du Baraï. Bon, pas glorieux tout ça. Surtout que je suis très bien physiquement.

Je mange un peu, pas grand chose, j'ai toujours le tapioca sur l'estomac. Je repars, avec une nouvelle escorte. Son copain lui a dit que j'étais fatiguée. Le gentil nouveau policier me propose donc... de monter sur sa moto. Mais non mais non ! Et puis il ne me reste que la bagatelle de 15km. Je repars en courant, à bonne allure cette fois. On ne m'arrêtera plus jusqu'à l'arrivée. Du coup la fin du Baraï passe à vitesse grand V, avant de me retrouver déjà dans la forêt d'Angkor. Ça sent les temples.Lle sentier serpente, la moto m'a abandonnée. Ca y est, je suis sur la route qui même à la porte du Bayon, avec ses têtes maintenant bien connues. et bien le voilà, le Bayon, la Terrasse des Éléphants est juste derrière. Je franchis la ligne d'arrivée à 4h du matin, dans un camp... désert. Pas de coureur, pas de cuistot, pas de masseuse, pas de toubib. On me file un morceau de gâteau en désespoir de cause, mais pas de soupe de nouilles à l'horizon. Même pas d'eau pour se laver les mains. Pas de navette pour retourner en ville comme promis. Peut être une tout à l'heure. Je ne mange pas le gâteau et je vais me coucher. Je demande à ce qu'on me réveille quand quelqu'un ira en ville pour rentrer à l'hôtel. Heureusement le dortoir est confortable, avec de vrais matelas par terre. J'enlève mes chaussures, et... je me précipite dehors pieds nus derrière l'ambulance pour... gerber mon tapioca d'il y a quelques heures. Ah ! Ca va mieux ! Une des bénévoles est très gentille et tente de m'aider, mais elle n'a rien sous la main. On ne se connaît ni d'Eve ni d'Adam, mais elle m'appelle par mon prénom. Je ne sais pas comment elle le connaît. En tout cas ça fait plaisir.

Je n'ai pas amené de sac avec des vêtements de rechange. Je m'endors illico tel quel. On me réveille au lever du jour, il y a un transport pour Siem Reap, mais ça ne vaut plus le coup, la remise des récompenses est à 9h. Je me rendors tout de suite. Je me lève peu après avec le jour, ma foi pas si mal reposée. Les cuistots daignent arriver. Je peux me taper une double soupe de nouilles en ptit déj. Je cherche quelques chose à boire autre que de l'eau, il y avait plein de trucs à l'arrivée du 64 km. Mais pour nous, il ne reste... que la bière. Je ne suis plus à ça près, une bière pour le ptit déj. Mais il faut relancer la machine à pression. D'autres en profitent, je ne suis pas la seule à me faire servir. Les médecins reviennent, mais je n'ai pas besoin d'eux. Quant aux masseuses, rien à l'horizon. Je suis bonne pour aller me faire masser en ville cet aprèm. Sans doute après 130 km en a-t-on moins besoin qu'après 64. Je retrouve Suksodkeaw et Lawrence, qui sont aussi restés dormir sur place comme moi. Ils ont terminé la course ensemble. Je me décide enfin à aller voir les résultats. Je suis 6° au scratch et 2° féminine ! Pas mal du tout ! En 22h 47, 9h sur les premiers 65 km et... 14h sur les seconds 65km. J'ai donc été en tête de course des filles par moment, sans le savoir. La seule chose qu'on m'a dite, c'est " l'eau mouille". J'ai épaté mes 2 comparses en courant dans le sable. Néanmoins, ils arrivent 1 h 15 avant moi. Et autre surprise, il n'y a que... 20 noms à l'arrivée, sur 60 au départ. Ça fait la bagatelle de 70% d'abandon ! Je n'ai jamais vu ça. Je ne suis pas si mauvaise que ça alors. Je repense au gars assis à côté de moi à mi parcours, qui trouvait que c'était dur et qui s'est fait avoir par l'ambiance d'arrivée. en outre il paraît qu'il a fait plus de 40°C dans la journée. Il y a un peu de monde maintenant, mais pas foule pour la remise des récompenses. En tout cas, bien loin des 60 coureurs. Les autres courses, c'était hier. Ça fait un peu pauvre. Mais non, il y a 2 superbes fauteuils sur l'estrade. Un pour Le Cornec, l'organisateur, et un pour le ministre du tourisme du Cambodge. Nous on a 3 cubes sous le soleil. On a le droit à un discours en khmer et en anglais. Je gagne un affreux trophée avec un dessin d'Angkor. Alors qu'il y a plein d'artisanat local sympa. Mais ça plait à ma voisine. J'ai tout de même un regret. En tout et pour tout, j'ai vu Le Cornec quelques minutes, et je ne lui ai jamais parlé. En voilà un qui connaît bien ses coureurs ! A sa décharge, on ne paye que la course et on n'est pas obligé de prendre tout le tralala autour, ce qui me va très bien. C'était un très beau parcours, que j'ai vraiment apprécié. Dommage que l'arrivée était si sinistre. Heureusement, les éléphants de la royale terrasse étaient là.

Je rentre à l'hôtel, le patron me demande où j'ai couru. 130km, il en reste baba. Du coup il m'offre le ptit déj. Je remets donc ça. Sans bière cette fois. Puis relaxation bienvenue dans la piscine, avant un arrêt dans un salon de massage. Les massages cambodgiens sont très efficaces. J'aimerai savoir comment la fille trouve l'etat de mes jambes, mais elle ne parle pas un mot d'anglais. Je me contente d'un beau sourire. Elle insiste tout de même sur mes gambettes. Infatigable, je retourne une dernière fois profiter d'Angkor Vat, le temple des temples. En moto cette fois.

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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 19:04

Kouzouzanpola ! Bonjour !

Je n'ai pas envie de quitter l'Himalaya, mais je change de coin. Après le Népal, direction le royaume du Bouthan. Un avion pour Maurice, un avion pour Dehli, et un avion pour Paro. Avec une belle vue sur l'Everest au passage.

J'y suis !

L'atterrissage est spectaculaire, entre les montagnes. Je comprends la petite taille de l'avion. On est descendu en faisant plusieurs 360, impressionnant.

Mon guide bouthanais m'attend, vêtu du gho, l'habit traditionnel, sorte de robe de chambe. Il va me chaperonner avant la course, pour une petite semaine de rando.

Je découvre le magnifique dzong de Paro, le château fort. Toutes les maisons sont genre chalet des Alpes, avec les boiseries peintes. Paro est dans une vallée, surmontée de petites montagnes rondes et boisées. Ça fait vraiment penser aux Alpes, sauf que c'est plus haut et qu'on est dans les rizières. Paro est à 2100 m d'altitude.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Rappelons le principe d'un séjour au Bouthan : tu paies 250 $ par jour. Cela comprend le guide obligatoire, l'hébergement en hôtel *** max, le transport, les repas. C'est le même prix si tu campes.

Me voilà partie pour 4 jours de rando dans la Haa Valley, avec passage d'un col à 4000 m d'altitude et des balades entre 3000 et 3500m. Ca fait une bonne acclimatation pour la suite. Je loge dans une ferme, impeccable pour découvrir les gens et les modes de vie, et le bouddhisme au quotidien.

J'ai la chance de voir le premier jour le sommet du Jomolhari, point culminant du Bouthan à 7326m. En cette période de prémousson, l'Himalaya est dans les nuages.

Nous sommes déjà vendredi 29 mai, je vais rejoindre l'organisation de la course à Timphu, la capitale.

Je retrouve les autres coureurs à l'hôtel. Les choses sérieuses vont commencer.

Bouthan, the last secret, est une course de 200km en 6 étapes, de 15 à 50 km, avec une altitude maximale de 3800m. Elle est organisée par Global Limits et Stefan, allemand, est le patron. Le gîte et les repas sont prévus, donc nous n'avons pas de gros sac à porter.

Mo le saoudien me tombe dans les bras. Il était dans ma tente au Gobimarch il y a 3 ans. Il m'a amené une énorme boîte de dattes d'Arabie Saoudite spécialement pour moi !

J'arrive juste pour mettre les pieds sous la table, excellente occasion de faire connaissance avec les autres. Je suis à table avec des australiens.

On me dit qu'on m'a déjà vue. Mais où et quand ? A Mada en septembre dernier ! Plusieurs coureurs y étaient et m'ont reconnue. Je n'ai reconnu personne. La finlandaise Satu aussi me reconnaît, de Mada. Je suis une vedette ? Je me souviens des nationalités, îles Caïman, Guyana, Finlande, mais pas des têtes ni des noms.

En fait pas mal de coureurs présents courent avec Racing the Planet, et certains en ont marre du sac lourd de l'autosuffisance et se tournent vers les courses de Global Limits.

Je fais la connaissance de ma coturne, Lesley, de Nouvelle Zélande. Nous sommes dans la même tranche d'âge.

Vérification des sacs. J'ai mal traduit lighter. J'ai cru que c'était une lampe et c'est un briquet, le truc qui ne sert à rien. Mo me prête le sien le temps du contrôle. Les dossards n'ont pas de n°, juste les prénoms. Ça va bien m'aider à retenir tous ces prénoms anglais et chinois.

Nous sommes 36 coureurs, 14 nationalités. Je suis la seule française et la seule francophone.

J'ai le temps de faire du tourisme et mon fidèle guide étant toujours la, il m'emmène dans un centre de protection des takins. C'est une grosse chèvre qui ressemble à un bœuf et qui vit en altitude, très rare. Et très moche. Ils sont soignés à Timphu. Puis direction une nonnerie (couvent). Ces dames sont en robe rouge comme les moines, tête rasée comme les moines et psalmodient comme les moines. Elles distribuent à manger et Il y a un monde fou. Elles ont du succès. Puis visite du dzong, le château fort qui protégeait la vallée des tibétains. Aujourd'hui il abrite les chefs gouvernementaux et religieux de la province. Il y a donc un temple à l'intérieur. C'est énorme, et très beau.

L'heure du briefing arrive. Nous avons 2 médecins américaines et un reporter du New York Times.

Départ le lendemain matin avec nos affaires de course, un petit sac pour courir et un autre pour la nuit, qui ne doit pas dépasser 8kg. Du moins c'est ce que j'ai compris. Outre le sac de couchage et les vêtements chauds du soir, je peux profiter d'affaires de rechange. Je crains la pluie.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Nous voilà partis pour une demi journée de bus vers Punakha, départ de la course. La route est bonne jusqu'au col de Dochula à 3200m, où nous arrivons dans un épais brouillard. Il fait frisquet, avant que la pluie s'annonce pour de bon. Il y a 108 petits chorten au col. C'est magique dans la brume. On est sensé avoir une superbe vue sur l'Himalaya. Il faudra repasser. On repart pour la descente vers la vallée de Punakha. La route est nettement moins bonne, nids de poule et boue sous une bonne averse. On déjeune à midi à Lobesa, où se trouve le temple de Lhakhang, le temple de la fécondité. Spécialité du coin : les phallus, en érection tant qu'à faire. Il y en a peints sur toutes les maisons. Outre la fécondité, cela amène la puissance et éloigne les démons.

Nous sommes au milieu des rizières, dans la vallée. Il fait beau maintenant et chaud, Punakha est à 1200m d'altitude. C'est bas.

Nous traversons la rivière et le dzong apparaît sur une île. Il est magnifique. Une belle forteresse, style bouthanais. Nous allons le visiter, c'est là que sera donné le départ de la course demain matin. Quel cadre ! Il faut se couvrir bras et jambes et enlever tout chapeau pour entrer et nos 2 coureurs bouthanais doivent porter le gho, la robe de chambre traditionnelle.

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Le campement est un peu en amont, le long de la rivière. Je partage ma tante avec Lesley. Je tente une baignade. C'est froid, je n'y mettrai que les jambes.

On a l'après-midi pour continuer à faire connaissance avec les autres coureurs.

On a le droit à un goûter, thé et petits gâteaux. Puis briefing. Puis le repas du soir à 18h, bouthanais évidemment, l'équipe de cuistot est locale. C'est tôt ! Ce sera le régime de la semaine. au menu : riz rouge et piment dans une sauce au fromage, c'est la base. On rajoute des brèdes et de la viande de bœuf.

Il a plu pendant la nuit, douce berceuse sous la tente en plus de la rivière, rivière toute grise. Ce matin, de la brume monte de l'eau, on se croirait en Écosse. Nous sommes dimanche.

Le ptit déj est anglo saxon : œufs, espèce de viande indéterminée. On échappe au riz rouge - piment - fromage. Il y a du miel, je me prends du thé au miel pour la course, énergétique.

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L'étape du jour fait 31 km, et on va monter à 2700m. Il ne devrait pas faire froid, je suis en short et maillot manches courtes. J'ai mes chaussettes de compression pour mieux récupérer pour enchaîner les étapes.

Le bus nous emmène au dzong. Et ô surprise, 600 lycéens en survêtement, tous le même, nous accueillent et nous font une haie d'honneur sur le pont menant à l'entrée du château. C'est émouvant. Nous nous regroupons sur les marchés du dzong, et les jeunes chantent l'hymne du Bouthan. Oui, c'est émouvant. Un petit tour aux toilettes du dzong s'impose avant le départ, ce sont des toilettes à la chinoise : un petit muret à la hauteur de la taille sépare des petits box sans porte et une rigole "collecte" les besoins. Mais c'est très propre. Puis nous allons au milieu du pont où est donné le départ. Moment de silence, le lama du temple du dzong nous bénit. Il est 8h, c'est parti.

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Avec la pluie de la nuit, les dalles de pierre du pont sont glissantes, prudence. Mo part tout de suite devant, et à ma grande surprise, je suis juste derrière. Marathonien, il est rapide et disparaît vite devant. Nous suivons la rivière vers l'aval sur la route sur 5 km avant de la traverser et de la remonter sur l'autre rive. Avant le pont, William l'irlandais me double, puis Chris le canadien, Scott l'australien, et Tom. Enfin Marcia, la petite américaine chinoise de Hong Kong. Elle va vite, je ne la suis pas. Il n'y a aucune circulation sur la route et c'est agréable.

A la sortie du pont Stefan m'encourage et je lui réponds au lieu de regarder mes pieds et je bute sur une aspérité de la route. Mince, ça me lance dans le genou. Ça commence bien. Je fais comme si je ne sens rien et je continue. Nous sommes maintenant sur une petite route. Marcia s'éloigne devant et finit par disparaître. Une petite montée vers un magnifique pont suspendu comme je les aime. Celui-là est très long, c'est le plus long du Bouthan.

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Premier ravito où je ne m'arrête pas, il n'y a que de l'eau aux ravitos et j'en ai assez. Les filles de l'organisation m'encouragent. On continue sur un petit sentier qui ramène au dzong. Je fonce droit vers l'autre pont, celui du départ tellement il est beau, je repasserai bien dessus. Erreur, les marques oranges nous font tourner à droite dans un autre sentier. Tom me rattrape à temps. Ouvrons les yeux ! J'arrive à une barrière. C'est l'entrée de la ferme du roi que nous allons traverser. Les bâtiments de la ferme sont évidemment de style bouthanais. Les pâtures sont bien grasses pour les vaches. Je suis toujours avec Tom. Nous arrivons à un village, le sentier descend vers les rizières, il y a un peu de boue. Je largue Tom. Et je serai seule jusqu'à l'arrivée.

Je longe toujours la rivière. Ah, un autre pont suspendu, plus petit et plein de drapeaux à prières, avant d'atteindre le ravito où je ne m'arrête toujours pas, et j'attaque la montée. Je quitte définitivement la vallée. C'est une piste 4x4 qui s'élève dans la montagne pendant 10 km. La pente est d'abord faible après une petite montée. Ça se corse au bout de 5km et j'alterne course et marche. Je traverse un petit village, toujours splendide, je suis dans les pâturages, quelques maisons isolées. Une petite pluie arrive, et j'aperçois un toit jaune, signe distinctif d'un temple. C'est le monastère de Nyingpo, terme du jour.

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J'ai mis 3h 45, et je suis donc 2° féminine derrière Marcia, qui me met la bagatelle de 20 mn ! Chloe la canadienne arrive 4 mn après moi. Et je suis 6° au scratch. Pas mal comme début !

Les tentes sont installées dans le jardin du monastère, sur de la bonne herbe. Important, j'ai un mince matelas, un tapis de sol.

Je prends une douche tout de suite avant d'avoir froid. C'est un robinet d'eau, sous une bonne pluie, en compagnie des cuistots et des moines, nous partageons le même robinet. Donc pas question de me mettre toute nue. Je trouve un coin abrité pour mettre mes affaires au sec.

Puis c'est l'heure de mettre les pieds sous la table. Le menu du midi sera toujours pâtes et légumes. C'est végétarien. Ça me va à merveille.

La pluie s'est arrêtée. On peut mettre les fringues a sécher en tendant les cordes entre les tentes.

Quelques étirements et je mets mes chaussettes de contention de récup.

Le camp se remplit progressivement au fil des arrivées. Voilà Lesley.

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Les gamins sont ravis d'avoir de la visite. Les plus jeunes moines ont 7 ans. Ils sont en dortoir. Nous pouvons faire des dons au monastère, qui n'est pas des plus riches. J'ai amené des fringues. La course finance un prof d'anglais pendant 6 mois.

Jusqu'à il y a quelques années, chaque famille donnait un garçon aux monastères, voire plus pour les familles très pauvres. Ça faisait ça de moins à nourrir. Et les enfants avaient un semblant d'éducation. 20% de la population est moine ou nonne, avec beaucoup plus de moines que de nonnes. Maintenant l'école est gratuite, et de moins en moins d'enfants sont moines.

Le soir nous sommes invités à assister au dernier office de la journée. Nous entrons dans le temple, déchaussés. On s'assied par terre autour de la salle. Les moines lisent les prières, assis sur leur coussin. Certains gamins ont du mal à suivre, certains dorment ou bavardent avec leur voisin. D'autres sont très assidus et aiment chanter. Un des plus jeunes est dissipé et n'arrête pas de gigoter. Il se fait réprimander. Il n'aura pas dit une seule prière. Je suis une des dernières à partir.

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29km nous attendent demain, une montée jusqu'à 3500 m, suivie d'une descente à 2400 m. On nous annonce des sangsues. Charmant !

Sur la ligne de départ, Stefan nous distribue un petit sachet de plastique, rempli d'un mélange sel-tabac, très efficace pour détacher les sangsues paraît-il. Je n'en ai jamais vu. Je suis bien protégée, collant et chaussettes de contention.

Stefan fait aussi un contrôle de la lampe frontale obligatoire. Il rappelle à l'ordre ceux qui n'ont pas pris la leur. C'est dans le matériel obligatoire. Il ne mettra pas la pénalité promise au règlement.

Nous voilà partis par un sentier à flanc de montagne. Les mêmes qu'hier se retrouvent devant. Marcia a déjà filé, elle se sent fatiguée m'a-t-elle dit et n'aime pas les montées. Je suis avec Chloe, c'est plutôt elle que je dois distancer pour garder ma 2° place. Et c'est Satu qui déboule à toute vitesse et me double. Quelle mouche l'a piquée ?

On arrive à quelques maisons et à une bonne piste de 4x4 qui monte. Je la prends, j'ai hâte de grimper. Et... je ne vois plus de marques oranges. Tom m'a suivie. On fait demi tour, il fallait quitter la piste presqu'aussitôt. Chloe a eu le temps de passer. Je la redouble facilement.

La voilà, la montée. Manu, qui pose les marques, m'a assurée hier soir qu'il y avait peu de boue. Du coup je n'ai pas mis de guêtres.

Nous sommes dans une belle forêt de grands pins bleus. Le sentier s'encaisse et la boue fait son apparition. De plus en plus profonde. Le pied, la cheville. Je m'aide des branches sur certains passages. La forêt est très humide avec des barbes de St Antoine. Et voilà, ma chaussure reste dans la boue. Je maudits mes chaussures Brooks, ce n'est pas la première fois qu'elle me font le coup. Je plonge les mains dans la boue, un pied en l'air. Le chaussure est profondément enfouie. Je nettoie l'intérieur comme je peux, le pied de même, et je renfile le tout tant bien que mal. J'en ai partout. Je vérifie que je n'ai pas de petites bêtes sur les bras. J'ai bien perdu 5 mn dans cette histoire et Chloe ne tarde pas à apparaître derrière. Elle me double, avec ses bâtons. Je n'en ai pas pris, je préfère appuyer sur mes cuisses, à la réunionnaise.

Voilà une clairière qui apparaît, c'est le ravito. Il y a foule. Satu et Scott partent quand j'arrive. Chloe fait le plein d'eau. Je m'assieds sur une bâche et enlève ma chaussure, j'ai encore trop de boue dedans. Un gentil bouthanais veut m'aider et veut m'enlever l'autre. Non non. Il a l'œil et attrape 2 sangsues sur ma boueuse chaussette. Elles étaient dans ma chaussure, mais ne pouvait pas me sucer à travers la chaussette. Je croyais que ça ressemblait à une limace. Mais non, c'est beaucoup plus fin et ça gigote. Du moins quand c'est vide de sang. Petit nettoyage et je repars dans la foulée. Il y a encore 10 km de montée.

J'en ai fini avec la boue. Je rattrape rapidement Satu et Scott. Et je reste juste derrière Chloe sans pouvoir la doubler. Je me rapproche dès que la pente faiblit et elle s'éloigne dès que la pente augmente. Ce sont les bâtons qui font la différence ? Nous courons dès que la pente est douce, et je vais plus vite qu'elle à ce jeu.

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Nous tombons sur un troupeau de vaches à doubler, le vacher ne faisant guère d'effort pour pousser ses bêtes. Chloe ne s'aventure guère et je passe devant, en tapant sur les fesses des vaches pour qu'elles se poussent. Sinon on était pour un bail coincées derrière.

Les pins changent, on doit être vers les 3000 m, ce sont des Hameloecks maintenant, très différents des pins bleus.

Que vois je devant ? Un petit bout de chou avec des bâtons. C'est Marcia ! Elle est haute comme 3 pommes. Chloe la passe, moi derrière. Nous continuons sur le même rythme jusqu'au col, à 3400m. Je ne ressens pas du tout les effets de l'altitude. Tant mieux. C'est le ravito, dans les nuages. Là aussi, il y a foule. Chris et William font une pause. Chloe s'arrête pour prendre de l'eau et de la poudre de perlinpinpin.

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Je vérifie que j'ai encore assez d'eau pour les 10 km de descente, et je ne m'arrête pas. Je fonce dans la descente. Le sentier est roulant, bien sec. Il y a quelques rhododendrons en fleur, c'est la fin de la saison, mais je ne perds pas de temps à les admirer. Il y a de temps en temps quelques passages pentus et avec des racines. Il faut juste tenir le rythme, et boire régulièrement. Ne pas faiblir, bien respirer. Les jambes tirent ? Pas grave, on continue. Ils sont tous derrière. Il n'y a plus que Mo devant, mais ça, je ne l'ai pas encore réalisé. J'arrive à un chantier de coupe, de gros troncs d'arbre à passer. C'est que je descends si les activités humaines apparaissent. Le sentier prend fin, voici la route. Et la vue sur la vallée. J'aime beaucoup moins la route que le sentier et j'ai toujours beaucoup plus de mal à tenir une vitesse régulière. Les maisons sont proches maintenant. On quitte la route pour reprendre un sentier, beaucoup moins pentu. Ça me fait ralentir. Il serpente entre la rivière et les premières maisons, on surplombe un temple. Avant de rejoindre une route. William fait son apparition. Une meute de chiens en veut à ses mollets, ils me laissent tranquille. Il passe devant, je ne peux pas le suivre. Aujourd'hui nous sommes hébergés dans une maison privée. C'est laquelle ? Celle- ci est grande, mais ce n'est pas elle, les marques oranges continuent. Celle- là est belle, ce n'est pas elle non plus. Celle- là a plein de drapeaux à prières, ce n'est pas encore la bonne. Je continue à descendre, vite. La voilà ! Ça y est !

Je finis 3° et 1° fille ! Super ! Je tombe dans les bras de Mo. J'ai mis 5h11. William est à 2 mn devant, tout de même, il m'a mis 2 mn dans le village ! Et Mo seulement à 1/4 d'heure. Belle étape !

Marcia déboule 2 mn après moi et Chloe 10 mn.

Nous sommes dans la vallée de Timphu, en amont de la capitale.

Notre maison est très grande, nous avons la moitié du 2° étage pour nous. Donc un escalier à monter, la cantine étant au rez de chaussée. L'avantage d'arriver dans les premiers est de pouvoir choisir sa chambre. Je suis dans une petite pièce du bout, donc sans passage et j'ai un vrai matelas installé par terre le long d'une grande baie vitrée avec vue sur la vallée et les rizières. Je suis avec Mo, Marcia, Satu et Wiliam.

Il y a une vraie douche dans la même pièce que des toilettes turques. Je préfère le seau dans une petite salle de bain. Surtout que c'est un seau d'eau chaude, spécial pour Marcia qui a fait une mauvaise chute dans les troncs d'arbre.

Notre hôte a 4 femmes. Et oui, c'est autorisé par Bouddha. Qu'il a longtemps battues, comme ses enfants, sur fond d'alcool, avant de s'apercevoir de ses vices. La vie est belle depuis. Le père du roi a aussi 4 femmes.

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Les coureurs arrivent au fure et à mesure, et s'installent alignés par terre. Comme il faut rentrer pieds nus dans la maison, il y aura ce soir 80 paires de chaussures sur le balcon, 40 paires de baskets et 40 paires de savates. J'accueille Lesley, direction l'infirmerie. Elle ne supporte pas la vue du sang et a des sangsues sur les bras. Elle est en train de tourner de l'œil. Je porte son sac au 2° étage. Comme il est lourd ! Il y a bien plus que les 8 kg réglementaires.

Nous avons droit à un espace détente, trampoline et piscine. Le jeune fils de la maison m'ouvre le cadenas, je suis la seule à vouloir en profiter. Tu veux faire du trampoline ? Non merci, pas après 2 jours de course. Je vise la piscine, l'eau est fraiche, impeccable pour y plonger les jambes pour récupérer, avant un petit tour dans le village.

On doit alléger nos sacs de nuit pour le lendemain et ne prendre que le strict nécessaire, car ils seront portés par des chevaux et des porteurs. Voilà les 8kg réglementaires. Je n'avais pas dû tout comprendre car j'ai tablé sur 8 kg pour toute la semaine. Je n'ai rien à enlever de mon sac, et celui de Lesley s'est considérablement allégé.

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Le lendemain, 28km au programme. Nous entamons un bon tour de la vallée. On traverse tout le village pour remonter la rivière, d'abord sur une piste de 4X4, puis un sentier dans la forêt, avec quelques traversées de ruisseaux. Ah, voici un pont. Je m'y dirige, comme on doit passer sur l'autre rive, et je tombe sur un grand X orange. Ce n'est pas par là. Demi-tour et je retrouve la bonne direction. Le temps pour Marcia d'arriver.

Voici le bon pont. On redescend la vallée, sur une petite route. Chloe est juste devant, Marcia et moi à peu près ensemble, et Satu est juste derrière. Il n'y a aucune circulation sur la route, juste des piétons. Et des Bouddhas peints sur les rochers pour nous accompagner.

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Je rejoins les faubourgs de Timphu, on quitte la route pour une piste, qui commence à monter. J'abandonne Marcia qui ralentit. Voilà un bon torrent à traverser. Le pont est fait de vieux troncs, très vieux, en très mauvais état, et assez haut au-dessus de l'eau. Bon. Jouons la prudence. Je passe à 4 pattes. Pour voir qu'il y a un meilleur pont en peu en amont. Trop tard, je suis passée. Derrière, Satu fera le plongeon.

Je vois Chloe pas loin devant. Un petit passage bien raide, des drapeaux à prières, pour arriver à un chorten et au ravito. Chloe fait le plein d'eau et je la double car je n'ai pas besoin de m'arrêter. Je suis maintenant sur un magnifique sentier à flanc de montagne, avec une superbe vue sur Timphu et le dzong. Et en tête des filles.

Mais voilà que le sentier attaque la montagne en direct, tout droit. La montée finale s'annonce. Et c'est raide, très raide. Mais magnifique. Il y a plein de drapeaux et de bannières à prières. Et des bouthanais en tenue d'apparat qui montent vers le monastère de Phajoding. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire du jour où Bouddha a atteint l'illumination, et un petit pèlerinage s'impose. Mais c'est toujours aussi raide.

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La pente finit par s'adoucir un peu, dans une belle forêt. Tiens, un convoi de chevaux. Ils portent nos sacs, 4 par cheval. Ce sont des petits chevaux. J'aperçois un maillot jaune fluo devant, c'est Chris. Et un maillot rose derrière, c'est Chloe. Elle finit par me rattraper avec ses bâtons. Je ne peux pas la suivre, mais tiens un bon rythme.

Je vois quelques maisons et un toit jaune, c'est le monastère qui nous accueille ce soir, à 3600 m d'altitude. Encore quelques marches à franchir à l'entrée, et j'y suis.

J'ai mis 4h11, 1 mn de plus que Chloe, Chris et Scott. Et 5° au scratch. Marcia arrivera bien après. Je passe en tête du classement féminin. Waouh !

Les moines offrent du jus d'orange aux pèlerins bouthanais et aux pèlerins coureurs après nos efforts respectifs.

Il fait beau, et la vue plongeante sur la vallée est superbe.

Mon sac est déjà là car c'est un sac à dos, et il est arrivé par porteur et pas par cheval. Les porteurs sont plus rapides. J'ai mes affaires de rechange chaudes tout de suite, car je suis trempée.

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Le lama Namyang nous reçoit. C'est le frère de la dame chez qui j'ai logé la semaine précédente dans la Haa valley ! Il parle parfaitement anglais, contrairement au reste de sa famille. Le monastère était en perdition il y a 4 ans de cela quand il est arrivé, il n'y avait plus que 4 moines. Il a redressé la barre, et il y en a 40 aujourd'hui. Le monastère est assez grand pour qu'ils aient une chambre individuelle chacun. Nous partageons leurs chambres, 2 coureurs par moine. Les femmes sont avec les plus jeunes, entre 7 et 10 ans. Mais malheureusement les gamins ne sont pas assez nombreux, et les premières coureuses arrivées sont logées dans une pièce à part. Je ne serai donc pas avec un moinillon. Mais j'ai le droit à un vrai matelas et un vrai oreiller. On se serre les unes à côté des autres.

Les douches sont communes, et chaudes. Il y a des chauffe- eau solaires. Il se débrouille bien le lama Namyang ! C'est appréciable à 3600 m, même s'il ne fait pas froid à midi. On fait une fournée garçons, une fournée filles.

Le repas est servi dans la cour du monastère.

Certains coureurs sont mal en point à l'arrivée, l'altitude laisse des traces, surtout qu'il n'y a pas eu d'acclimatation du tout. On est passé d'un coup de 2500 à 3600 m, ce qui est très mauvais. En plus nous n'avons qu'un médecin sur deux ce soir.

Une fois tout le monde arrivé et requinquė, il est prévu au programme un match de foot coureurs contre moines. Les jeunes sont très excités. C'est un match à 7 de 2 fois 20 mn. Nous sommes une équipe de 40 contre 7. On va pouvoir se remplacer à gogo. Et ce n'est pas du luxe. Si je n'ai pas ressenti l'altitude lors de la montée, il n'en est pas de même à courir à fond derrière un ballon. On ne tient que quelques minutes. C'est l'essoufflement immédiat. Ça permet à tout le monde de jouer ! Les moines sont en savates, et relèvent leur robe à la taille, c'est plus pratique. Ils sont en short en dessous, modernes les moines ! Et je marque un but ! Nous perdrons 3-1 malgré nos nombreux remplaçants, et un de nos coureurs bouthanais qui fait partie de l'équipe nationale bouthanaise. En tout cas, on a bien rigolé.

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Il est maintenant l'heure pour les moines de préparer les lampes à beurre. Elles doivent brûler toute la nuit pour Bouddha.

Ce soir c'est la pleine lune, qui éclaire les lumières de Timphu plus de 1000 m plus bas, c'est magnifique.

Stéphanie l'américaine nous fait écouter des mantras comme berceuse ce soir dans notre dortoir, pour être dans le ton du lieu.

Cette nuit, il y a eu des cavalcades le long du mur. Et oui, les rats aiment l'altitude.

4° étape de 38 km pour aujourdl'hui.

Les moines se lèvent à 4h30 pour leur 1° office. Ne faites pas trop de bruit svp. Seuls les petits en sont dispensés et sont réveillés à 6h30. Ils nous accompagnent tous sur la ligne de départ pour un dernier au revoir.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

On part en montée. Certains veulent courir, mais à 3600 m de bon matin, pas moi. On grimpe jusqu'à 3800m, point culminant de la semaine. Je caracole sur le sentier, talonnée par Chloe et Satu. On aperçoit le col de Pumula avec un chorten en haut. J'y vais d'un bon train, jusqu'à ne plus voir de marque orange. Nous sommes les 3 filles et un des bouthanais. On fait le tour du chorten, on va jusqu'au col, peine perdue, il faut faire demi- tour. Et oui, il fallait tourner à gauche 200 m avant, dans la forêt. C'est malin, on se retrouve dans le peloton. On a dû perdre une dizaine de minutes. C'est une descente de 1000 m de dénivelé qui m'attend. Je largue tout le monde, mes deux suivantes, et je double tous ceux qui ont pu passer devant. On se pousse pour me laisser la voie libre. Roli l'italien est subjugué et tente de me suivre. Il tiendra un bon bout de temps avant de lâcher. Cela lui permettra de faire un top ten aujourd'hui, il n'en est pas encore revenu ! La descente n'est pas très longue, environ 5 km, mais raide. Le terrain est sec, je dévale. Je ne sais plus qui est devant, c'est embêtant.

J'arrive dans une vallée, de nouveau des rizières. On traverse la rivière, voilà quelques maisons le long d'une bonne piste et je vais tout droit. Oups, une dame me fait signe que c'est à droite, il faut franchir une barrière. Merci madame ! Je remonte le long de la rivière dans un petit chemin plein... d'orties. Je n'ai plus l'habitude de ça à la Réunion, et bien sûr je mets la main dedans. Aïe aïe, n'y pensons plus.

Je traverse la rivière une fois, 2 fois, 3 fois, pour la redescendre sur la rive opposée. Je rattrape Marcia dans une petite côte peu après le ravito et je file devant. Je suis sur une belle piste de 4x4 qui surplombe la vallée, très belle, avec une maison bouthanaise de temps en temps.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

La montée commence, c'est parti pour une dizaine de km. C'est toujours la piste par moment et un sentier raccourci qui monte tout droit à d'autre.

J'aperçois Scott dans les herbes, les fesses à l'air. Tchic tchic. Aux USA quand une fille double un mec, elle dit tchic tchic et lui pince les fesses. Je n'irai pas pincer celles de Scott, mais ça le fait bien rire.

J'ai manqué le raccourci, je l'aperçois sur ma droite. Je le rejoins car c'est vraiment plus court que la piste. Et bien me voilà dans un marécage. Je ne m'en sors pas trop mal, et je reste désormais vigilante aux marques oranges, d'autant que la forêt est bien claire, elles sont faciles à voir.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Tiens, une fille à bâtons devant, qui monte beaucoup plus doucement que moi. C'est Maria l'espagnole. Elle m'encourage. Elle a été tout droit là où la dame m'a rattrapée et ne s'est pas aperçue de sa fausse route. Cela lui a fait un mégaraccourci ! Elle aura une pénalité de 2h. Mais du coup je ne sais plus du tout qui est devant moi. De toute façon, je fonce tant que je peux. Je sors de la forêt pour atteindre des pâturages. C'est le col de Jala, à 3500 m. Il y a plein de petites fleurs, et un petit monastère. deux moines me font signe. Kouzouzanpola !

Ça y est, je surplombe la vallée de Paro depuis le col. Quelle vue ! 1300 m plus bas. Ça va descendre à gogo. Je croise des chevaux chargés qui montent. J'entre dans la forêt et je n'ai plus de vue. Je tiens un bon rythme tout du long. C'est chouette cette descente, même si les jambes tirent. Je suis à l'aise sur le sentier. D'ailleurs je rattrape Chris. Voilà la piste et le ravito. Je prends un peu d'eau cette fois. Chris est sur mes talons.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

La route va être longue maintenant et je prends de l'avance. Les premières maisons apparaissent et la piste fait de beaux virages. Pas un raccourci pour couper. La vue est dégagée, Paro est le confluent de deux vallées, c'est magnifique. Je n'ai pas besoin de regarder mes pieds, je profite du paysage. Et la vallée se rapproche à chaque tournant. C'est une route maintenant. Je passe à côté du musée national. Il y a des bus... Mais moi, c'est à pied. Je prends toujours les virages par l'intérieur, c'est plus court. Je dois veiller à la circulation, certes très faible. Mais il y a longtemps que je n'ai pas dû y prendre garde. Surtout qu'ici, les gens ne sont pas habitués aux coureurs.

Ça y est, je suis en bas. Je vais où maintenant ? Dans une ferme, c'est tout ce que je sais. Elle est où ? Dans quelle vallée ? Et bien dans les rizières en tout cas. Les petites digues très étroites me font bien ralentir, avec des virages à angle droit, et bien sur la flotte des 2 côtés. Je traverse quelques cours de ferme, mais ce n'est pas encore la mienne. Il faut vraiment chercher son chemin. A ce petit jeu Chris me rattrape. C'est trop plat. Je traverse la rivière sur un pont suspendu, puis je longe le lit, toujours sur un petit sentier. J'aperçois toujours Chris. Je passe un petit talus abrupt, allez, on pousse un petit coup, je rejoins la route, je traverse encore un pont, et juste après, ma ferme ! 5h38 pour y arriver.

J'ai la surprise d'y être la 1° fille, et en fait je suis 4°, 2 mn derrière Chris. Chloe arrive 20 mn plus tard et Marcia 1/2 h. Je passe 4° au scratch.

Bonne journée n'est ce pas !

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

Les deux dernieres étapes sont beaucoup plus plates, je sais que mes points forts sont joués.

Notre ferme est grande. Nous sommes logés au 2° étage, pour changer. Mais les toilettes sont au 1°, des vraies toilettes, ne nous plaignons pas. Toujours des escaliers, et des raides. Le premier est extérieur.

Mo m'installe à côté de lui, sur un vrai matelas. C'est l'avantage d'arriver dans les premiers.

La ferme est au milieu des rizières inondées. Il y a des petits veaux.

Il y a aussi un sauna. Je me décrasse à l'eau froide avant de m'immerger dans une baignoire en bois dont l'eau est chauffée par des pierres brûlantes, elles-mêmes chauffées dans un feu. Un monsieur est préposé au feu. L'eau de la première baignoire est carrément trop chaude. J'en choisis une autre.

Puis je vais me détendre les jambes dans la rivière. Quelle excellente récup ! Et je vais bouquiner sur le toit terrasse d'une remise, avec vue sur les rizières et la montagne. Paro est réputé pour son riz rouge, au demeurant excellent. Enfin, je ne bouquine pas beaucoup, entre les arrivées des coureurs et les autres prétendants à la terrasse.

La 5° étape fait 53km et nous restons dans la vallée de Paro. C'est bien plat pour moi, bien que ce ne soit jamais plat en fait, toujours en montées et descentes courtes ou avec des pentes faibles.

Le départ est donné en 2 temps, le top 8 part une heure après le peloton. Il y a 4 gars et 4 filles dans le top 8. Incroyable, non ? Les gars se baladent ou quoi ? Je vais encourager le 1° groupe, à 6h, en attendant mon tour. Nous partons devant un moulin à prières géant. Certains tournent en permanence, actionnés par le courant d'un ruisseau. Pas celui-ci.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015

On commence par remonter la vallée sur une bonne piste surplombant la rivière. Je suis avec Marcia, Chloe, Satu et Scott. Devant ou derrière suivant le sens de la pente. Nous traversons la rivière et c'est le 1° ravito. Je ne m'y arrête pas et passe devant, enfin, tout de même derrière Marcia. D'ailleurs, ça y est, elle démarre et je ne la reverrai plus. Scott essaie de la suivre, vainement. On fait le même chemin sur l'autre rive et dans l'autre sens. Me voici dans les rizières. Voilà qui me fait ralentir, c'est trop étroit. Quand ce n'est pas une rizière inondée qui borde le sentier, ce sont les orties.

Les autres me rattrapent. On loupe quelques embranchements de temps en temps, mais rien de grave, on s'en aperçoit tout de suite. Jusqu'à ce qu'on rejoigne Haruki le japonais du 1° groupe qui s'est fourvoyé et cherche sa route désespérément. Je remets toute la petite troupe sur le droit chemin.

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On grimpe vers le musée national, le même qu'hier. Un peu de route, un peu de piste. Scott est parti devant, je vois Chloe, et Satu me talonne. C'est déjà le 2° ravito, 20km de fait. Un petit sentier raide descend vers la vallée. J'y double quelques coureurs du 1° groupe, qui m'encouragent. Je rejoins une route qui longe le petit aéroport, puis un village. La circulation est plus dense. Je quitte la route pour prendre un sentier le long de la rivière, on ne peut pas plus plat. On doit la traverser. Je ne vois plus Chloe, mais elle ne doit pas être loin devant. Un pont, ce n'est pas le bon. Un deuxième pont, je suis prête à le prendre, mais une grande croix orange m'en dissuade, effectivement, la rubalise me fait tourner à gauche et continuer à longer la rivière. Je me retourne, Satu est derrière, elle a dû voir où est le bon chemin. Le sentier devient étroit. troisième pont suspendu, c'est le bon. Mais en face, je continue à longer la rivière, cette fois il n'y a plus de chemin et je suis dans le lit, il faut sauter de pierre en pierre, mais on est au sec. Je ne vois plus personne, mais je ne m'en inquiète pas, je suis concentrée sur les pierres et le balisage est bien marqué. Je quitte enfin la rivière par un bon chemin, mais voilà qu'il sert de petite torrent. Ok, je me mouille les pieds, pas le choix. Je rejoins une bonne piste qui remonte maintenant la vallée. Ah ça y est, j'atteins le pont de tout à l'heure que j'avais failli emprunter. La piste surplombe l'aéroport de l'autre côté par rapport à tout à l'heure, et elle est en travaux. Le trajet n'est pas folichon. Ce sont des indiens qui refont les routes, physiquement, ils ressemblent aux bouthanais, ils sont de type tibétains.

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Je rattrape le peloton du 1° groupe. Et le ravito. Stéphanie me propose une banane. Volontiers !

La piste monte et descend, je cours toujours, quel que soit son profil. Je suis même à l'aise quand ça monte. Je passe juste au-dessus du magnifique dzong. Belle forteresse. Puis ça redescend vers Paro. Je traverse la rivière avec un des coureurs bouthanais, il y rencontre des connaissances et s'arrête faire causette. Cette fois, je remonte l'autre branche de la vallée de Paro, sur une bonne piste. Comme c'est plat ! Comme c'est droit ! Ce n'est pas excitant. Heureusement que le paysage est beau, parsemé de drapeaux à prières, de vaches, de belles maisons, et la rivière bien houleuse. Je continue sans faille ma petite foulée régulière.

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Enfin de nouveau un beau pont suspendu. Le ravito est juste après. J'y retrouve quelques coureurs du 1° groupe et quelques bananes. J'attaque les 10 derniers km, qui montent un peu. Je cours toujours, montée ou pas. Mais voilà que mon genou se réveille. Aïe aïe aïe. Je prends un paracétamol, je n'en ai qu'un sur moi, autant qu'il serve, et je continue vaillamment. La douleur s'estompe. Je traverse un village. Ca redescend vers la rivière et les rizières. Je me retrouve de nouveau sur les adorables minuscules diguettes, un petit canal d'un côté et les champs inondés de l'autre. Je rejoins Marna et Erika les australiennes, qui courent ensemble. C'est scabreux pour les doubler vu la largeur du sentier, mais on s'en sort. Puis je remonte vers la route. Ça monte encore vers un autre village. Je vois un château en ruine sur une petite colline. C'est là que je vais. Et je cours de bon cœur. Un grand moulin à prières indique le sentier vers le château. Il y a du monde et je suis encouragée. Le chemin tournicote autour du château pour y monter, c'est surprenant. On l'aura vu sous toute ses coutures, je rattrape Anna, la russe. Un dernier escalier mène à la porte de la bâtisse et à la cour intérieure. J'y suis ! Mais... Satu est là, et pleins d'autres coureurs. Je suis très surprise. La dernière fois que j'ai vu Satu, elle était derrière moi et elle ne m'a jamais doublée... Stefan me tombe dessus : tu es passée dans l'eau ? Ben oui.

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En fait seuls 8 coureurs ont pris le bon chemin, dont moi. Tous les autres ont pris le fameux pont et ont fait plus de 2 km en moins, et pas les plus faciles, ceux du lit de la rivière. Stefan décide de rajouter l'équivalent de 2 km à la vitesse moyenne de chacun pour tous ceux qui se sont plantés. Je ne pense pas que ça représente la réalité, mais je ne peux que l'accepter. J'ai mis 7h26 et ça me fait arriver 4° femme, derrière Satu. Pas normal. J'ai couru tout le temps, je n'ai pas traîné. Marcia est 1h devant moi et Chloe 20 mn. Certes je reste 1° femme en cumulé, Marcia est à 4mn derrière.

Bref, admirons le château. Il est en ruine et on voit bien le mode de construction en terre, comme toutes les maisons. Il protégeait des invasions tibétaines.

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Le repas, les pâtes du midi, est servi sur place. Le campement est installé au pied de la colline. Il y a longtemps que nous n'avons pas dormi sous la tente !

Le sol est plein de bosses sous la tente. On s'y fera pour la dernière nuit.

Il y a un petit ruisseau à côté du camp, impeccable pour la baignade-douche.

Quand je pense qu'il y a des sommets enneigés au dessus de ma tête dont le Jomolhari, malheureusement on ne les voit pas, ils sont dans les nuages.

Ce soir c'est le dernier repas dehors avec notre équipe de cuistots. Ça sent la fin.

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Dernière etape : 15km

Nous partons de nouveau en deux groupes, cette fois 1/2h après le peloton. On part en descente pour rejoindre la rivière qu'on traverse. Nous sommes sur une bonne piste, c'est presque plat et je me retrouve en queue de notre groupe. Laura la serre-file me tient compagnie. Marcia a filé allègrement devant, on ne la voit déjà plus. Ça va être dur de garder mon temps d'avance avec cette configuration plate. Je rejoins les derniers du groupe précédent et Laura m'abandonne. C'est maintenant Mo qui m'attend, il a une avance largement confortable pour musarder, sa victoire est assurée, et il veut courir avec moi. Je traverse quelques rizières sur la diguette traditionnelle, puis le sentier continue en sous-bois en surplombant la rivière. Une petite montée raide et je dépasse Satu. Puis je longe un petit canal sur un muret étroit sur quelques km. Mo est devant, il a le pied plus sûr que moi. Certains préfèreront passer carrément dans l'eau.

Je rejoins un village avant de quitter la vallée et de monter vers le parking du chemin du monastère du nid du tigre, Taktsang Lhakhang, par une bonne route. Oui oui, c'est un tigre volant. Le monastère le plus connu du Bouthan, accroché à la falaise tout là-haut. J'alterne course et marche et trouve quelques raccourcis pour couper les virages. Je double une partie du 1° groupe.

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Le ravito est sur le parking. Je ne m'arrête pas, comme d'hab. Il me reste 5km de montée pour me hisser à 3000m. Les 5 derniers km d'une belle semaine de course. Ça grimpe bien. Il y a du monde, le monastère est réputé. Des bouthanais, et quelques touristes indiens à cheval, c'est plus facile. On nous laisse passer. Il y a quelques raccourcis que me montrent les bouthanais, j'en profite. C'est juste encore plus raide. J'appuie fort sur les cuisses. Je vois le monastère là-haut, il n'est pas si loin ma foi. Je passe un resto, ce sera pour tout à l'heure. Je rejoins un groupe de moines qui portent une chaise a porteur avec un moine âgé. C'est le lama du monastère qui est de sortie. Le dernier morceau est un escalier. Mais... qui descend ! Je pensais que ça monterait ! Je le dévale parmi les drapeaux à prières, place place ! L'escalier finit par remonter, ce sont les dernières marches de l'arrivée. Fini ! J'ai mis 2h21.

Je sors la veste, ça caille avec le maillot mouillé. C'est la détente et l'excitation des arrivées finales.

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Marcia a mis 7mn de moins que moi, elle prend donc la tête du classement final et je suis 2° à 2mn. Elle court vraiment trop vite sur le plat pour moi, elle a la moitié de mon âge. Chloe finit 3° 15mn derrière moi.

Nous allons visiter le monastère, bras et jambes couverts et pieds nus bien sûr. Le temple est à flanc de falaise et le mur du fond est le rocher. On fait le tour de Bouddha, confortablement assis. Les temples sont toujours très colorés. Le nid du tigre est une anfractuosité dans le rocher.

Puis nous redescendons au resto. Sur un autre rythme ! Tiens, des singes dans l'arbre. Je ne les avais pas vus a l'aller.

Après s'être ragaillardis, nous terminons la descente en admirant la vue sur la vallée. Puis c'est 10mn de bus jusqu'à l'hôtel à Paro.

Pour la dernière soirée nous avons le droit à un show de danses et chants traditionnels de chaque région du Bouthan. Voilà qu'on amène un fauteuil. C'est l'oncle du roi qui vient présider notre soirée, vêtu du gho bien sûr. Je suis conviée à sa table. Il remet les trophées aux podium. Quel honneur ! On n'a pas rigolé comme les autres tables, mais c'était passionnant. Une autre façon de découvrir le Bouthan. Comment un pays appréhende la modernité en n'en choisissant que les côtés positifs et en protégeant l'environnement.

Bouthan, le dernier secret -juin 1015
La suite ne déroge pas aux fins de courses à étapes : alcool et boîte. Et oui, même à Paro, il y a des boîtes. Je me conterai d'une bonne bière, et au dodo. D'autres aventures m'attendent avec une semaine à Calcutta, histoire de changer radicalement d'univers.
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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 18:22
 1 lho manaslu 

Namasté !
Me voici de retour au Népal, pays si attachant, pour cette fois le tour du Manaslu, un 8000, en 9 jours dont 7 étapes pour 200km de course : le Manaslu Trail Race. Le Manaslu est à côté du massif des Annapurnas. L’organisation est anglaise et Richard, avec l’appui local de Dhir, nous a concocté un programme alléchant.
C’était super beau et frisquet. J’en ramène une 3° place, un bon rhume et que du plaisir, et j'ai bien passé le col à 5100m. Et quelques premières ! J’étais… la plus vieille des femmes et j'ai utilisé des crampons pour la première fois de ma vie.
Nous étions 32 coureurs, dont 13 filles, un record. Et 6 français, dont 4 filles. Du jamais vu !
3 sama lac photo groupe

J'ai un porteur, donc je peux courir légère. La belle vie ! Ca va ma changer de Mada d’où je reviens et de l’Annapurna Mandala Trail d’il y a 3 ans.
Je commence par 3 avions d’affilé en partant le vendredi soir après le boulot pour arriver le lendemain midi à Katmandou. J'ai 2h de décalage, donc pas d'incidence pour moi, juste une nuit d'avion à récupérer. Je reconnais tout de suite le trajet jusqu'à l'hôtel, toujours le même, et l'ambiance indienne de la ville. L'aéroport est situé juste à côté de Pashpati, les ghat crématoires, ça fume !
Richard m’accueille avec le traditionnel khata, l’écharpe de félicité. Il a l’air impressionné par mon CV de coureuse. Je suis la première de ma chambrée à arriver.
    6 sama 12 enfantsJ'ai l'après-midi libre, je vais me balader dans la frénésie de Katmandou, parsemée de nombreux temples hindous.
Je rentre à l'hôtel et je fais connaissance de ma côturne, Rachaele, une anglaise qui parle bien français, fan de Chamonix. Elle fait des abdos et du stretching pendant que je bouquine. Nous n’avons visiblement pas le même rythme.
Dans la soirée, je retrouve le gros de la troupe, il y a déjà un groupe francophone : les français et un belge. Il y a 4 copines de Morzine qui ont laissé maris et enfants à la maison pour venir s'éclater ensemble au Népal. Bonne idée ! Et Fabien français singapourien. Et Samuel, fan de très haute montagne. Le reste est anglais, australien, américain, espagnol, italien, norvégien.
Nous allons tous dîner dans un des resto le plus renommé de Katmandou, spécialités népalaises agrémentées de danses locales.
De retour au pieu, ma chambre s'est encore remplie avec Geneviève, morzinoise de Suisse.
4 sama 6

Dimanche matin, le briefing est à 9h30. J'ai largement le temps de profiter de la piscine de l'hôtel. Oui mais... c'est glacé ! Impossible de faire plus de 2 longueurs. J'abandonne à regret.
On en a pour la matinée au briefing, bien qu'il n'y ait pas de liste de matériel obligatoire à contrôler, ni de contrôle médical. On ne prendra pas ma saturation d’oxygène dans le sang de toute la course. Richard insiste sur l'hygiène des mains, ça a l'air d'être sa hantise d'avoir tout son groupe chopant la diarrhée. Par contre, pas de trace de caisson de recompression, il vaut mieux le savoir.
Je fais connaissance avec Lizzy Hawker, elle a gagné plusieurs fois l'UTMB. Mais elle a une fracture de fatigue depuis un an et demi qui ne guérit pas, et elle ne peut plus courir. Elle fait partie de l'organisation et nous accompagnera en marchant.
5 5 hinang gompa3   

Je fais aussi connaissance des 3 coureurs népalais et 2 népalaises. Certains ont couru avec Bruno Poirier, l'organisateur de l'AMT que j'ai fait il y a 3 ans. A la fin de la course, nous serons tous d'accord, les courses de Bruno sont plus dures que celle de Richard. Elles sont différentes.
Je finalise mon sac pour les porteurs, qui seront en fait des mules. Nous sommes autorisés à 10kg par sac. J'en profite pour courir en confort : une tenue de course par jour, une paire de chaussures spéciale neige en goretex, un petit sac de course pour les étapes chaudes et un plus gros pour les étapes froides, des vêtements chauds normaux, un bon sac de couchage. Quel luxe ! Les autres emmènent tous à manger, pas moi. On ne meurt pas de faim dans les lodges de montagne. Je pèse mon sac : 10,4kg. C'est bon me dit-on.
        5 sama 5 porteuse 

J'ai l'après-midi de libre, je vais rendre visite à Vishnou à Bodanilkanta, dans la banlieue de Katmandou. Le soir, nous allons au resto indien. Puis c'est la dernière nuit dans un bon lit.

Lundi : C'est le départ de bon matin pour une journée de minibus, direction Arughat. Nous prenons la route de Pokhara, on passe un col pour sortir de la vallée de Katmandou, puis nous descendons une belle vallée, bordée de champs de riz en terrasse. C'est la moisson.
Nous faisons un arrêt à Gorkha, où il y a un magnifique temple hindou au sommet d'une colline. Mira, la jeune coureuse népalaise, se fait apposer un tika sur le front, les dieux l'accompagneront pour cette semaine. On a le droit à un sacrifice de coq au temple. Tchac, un coup de sabre et le coq court sans sa tête, le sang gicle partout.
La vue sur les sommets enneigés au loin est prometteuse et magnifique.
    7 sama 12

Nous quittons la route pour une bonne piste, serpentant dans les collines, au milieu des champs de riz et de millet. Les buffles bossent dans les champs, les gamins sortent de l'école en uniforme sur le bord de la piste.
Je partage ma petite chambre avec Rachaele, le matelas est minimaliste. Il y a une douche chaude, profitons-en, cela ne va pas durer. Nous sommes à 500m d'altitude, il fait bon pour la soirée. Nous mangeons dehors, des momos, sortent de raviolis à la vapeur.

Mardi : c'est la 1° étape, 24km nous attendent, pour nous mener à 900m d'altitude. Les 400m à grimper correspondent en fait à 1900m de dénivelé positif pour la journée, tellement le chemin monte et descend sans cesse.
Nous avons un solide petit déjeuner : porridge, chapati, omelette. L’organisation nous donne un paquet pique-nique pour le midi à emmener avec nous.
Je pars en short et maillot manches courtes avec un tout petit sac. Je confie mes bâtons aux mules. Les mules portent 4 sacs, soit 40kg, nous avons 15 mules.
10 isa birandra tal 2

Le départ est donné au temple hindou de l'entrée du village . Nous avons le droit à un tika avant d'entreprendre notre voyage, le St Christophe hindou veille sur nous. C'est un point rouge sur le front. On secoue la cloche du temple et c'est parti.
On traverse tout le village, encouragés par les habitants bien qu'il soit encore très tôt. Ça monte déjà.
Nous allons remonter la vallée de la Budhi Gandaki pendant plusieurs jours. Les vallées himalayennes sont gigantesques et très encaissées.
Je me retrouve tout de suite dans un petit groupe avec Jane l'australienne. Nous sommes sur une bonne piste 4x4 pour 10km, heureusement sans circulation.
8 vallée

Je finis par devancer Jane au niveau d'un pont suspendu et je rattrape Rachaele avec ses bâtons, tac tac tac. Mais elle ne court pas quand ça monte, et ça monte, doucement mais sûrement. Je la dépasse donc, car évidemment, moi je cours tout le temps.
J'adore les ponts suspendus. Il est facile d'y courir sur la première moitié, ça descend et la passerelle se balance bien au rythme de la foulée. Ca se corse dans la seconde moitié, ça monte et la foulée ne correspond plus à la fréquence de balancement de la passerelle, il faut se caler dessus. C'est plus compliqué quand il y a foule sur le pont, surtout foule de mules. Les rivières sont toujours impressionnantes vues depuis les ponts.
    12 machakhola rivière

Voilà la fin de la piste qui se poursuit par un chemin. C'est le domaine des convois de mules, il vaut mieux les laisser passer quand elles débarquent.
Les villages se succèdent, hindous dans cette partie de basse altitude. Nous avons un CP aux 2/3 du trajet, avec du jus de citron chaud genre Tang, ça fait du bien. Il fait chaud. J'y rejoins à ma grande surprise Sumitra la népalaise. Quoi, je cours aussi vite qu'une népalaise ? Nous restons un moment ensemble et je finis par la dépasser définitivement. Un coureur essaie de la suivre dans les descentes, c'est peine perdue pour lui. Il n'arrive pas à me suivre non plus.
Le chemin devient très étroit avec un a-pic vertigineux côté rivière. C'est à ce moment que déboule un convoi de mules. Je m'arrête et me plaque côté paroi. Passez passez les mules !

13 mules

J'arrive à Machakhola, village très coloré et arrivée de la première étape. Je suis 15° en 3h38, et 3° Féminine. Pas mal ! Loin devant : Mira la népalaise et Holly l'anglaise. Sumitra arrive 3mn après moi.
Il fait chaud, il est midi. J'en profite pour faire sécher mon maillot et manger le pain tibétain du pique-nique, délicieux pain frit, et l'oeuf dur. Il n'y a plus qu'à attendre les mules qui apportent les affaires.
Je partage de nouveau ma chambre avec Rachaele. Tiens, elle ne fait plus d’exercices.
Nous avons l'après-midi à meubler, de quoi faire plus ample connaissance avec les autres et d'encourager ceux qui arrivent tout au long de la journée. Le dernier groupe marche.
Je vais me détendre les gambettes dans la rivière. Pas chaude la rivière. Mais que ça fait du bien. Puis je vais me baigner dans les tatopani, les sources chaudes, accessibles par un petit sentier scabreux de l'autre côté de la rivière. J'y rejoins Tim l'australien qui fait la sieste et les népalais. La séance photo avec les népalais est obligatoire. On peut à peine mettre la main dans la source tellement elle est chaude, puis ça fait un petit bassin un peu refroidi, et un autre tiède mélangé à l'eau de la rivière. Quelle bonne baignade !
10 day 1 cascade

Les mules sont arrivées quand je retourne au lodge, avec mes affaires de rechange, un Tshirt et un pantalon propres et des chaussettes pour récupérer. Et c'est l'heure du thé, organisation anglaise oblige, avec petits gâteaux. Le soir un repas copieux nous attend, servi dehors car il fait encore chaud.
Cette nuit je dors avec des bouchons d'oreille, non pas pour les ronflements de Rachaele, bien réels d'ailleurs, mais pour le bruit de la rivière, qui gronde très fort.
Francesca, l’anglaise morzinoise, fait son enquête : qui a fait le truc le plus dur ? J'ai la concurrence de Marco l'italien avec la Petite Trotte à Léon. Je suis déclarée gagnante avec la 555.

10 rivière

Mercredi : 2° étape de 39km, la plus longue, pour remonter la vallée jusqu'à Deng, 1900m d'altitude, mais en fait +2000m à parcourir par monts et par vaux.
Je vois Rachaele qui part devant dès le départ. Nous traverserons plusieurs fois la rivière aujourd'hui, en partageant les ponts suspendus avec les porteurs toujours lourdement chargés et les convois de mules. On a une vue splendide sur la rivière depuis les ponts.
11 day 2 rivière

Nous montons progressivement en altitude, et les montagnes environnantes avec nous. Le premier village traversé est Tatopani, mais je ne m'y arrête pas, j'ai déjà profité des petites sources chaudes hier. Celles-ci sont thermalisées. La pause citron chaud est à Jagat, à mi-parcours. J'y rejoins Rachaele. Nous poursuivons notre route ensemble. Après la traversée d'une rivière, le chemin se divise en deux, et nous cherchons les marques roses du balisage. Pas de marques en vue. Heureusement, un muletier arrive avec ses bêtes. Il nous indique la bonne direction. D'autres n'auront pas cette chance et feront quelques km supplémentaires. Je finis par devancer Rachaele car je vais plus vite dans les montées, et ça monte.
11 tatopani

Les villages se succèdent, un coup rive droite, un coup rive gauche, la rivière est plus ou moins fougueuse, parfois tranquille dans son lit plus large. Les villages sont assez gros, toujours hindous, très colorés. On y croise des buffles, de jolis chiens, des petits cochons. Un bébé est dans son papier suspendu en balançoire sous une véranda, il a l'air de s'éclater. Nous croisons ou doublons quelques trekkeurs, beaucoup sont français. Voici le chemin de la Tsum Valley qui grimpe vers le Tibet, que nous laissons sur notre droite.
Je rattrape Sumitra et la double facilement. Je double d'autres coureurs, surtout en descente. Ca y est, ma réputation est faite. "You fly !" Ne fréquente pas les sentiers réunionnais qui veut.
Quelques toits bleus apparaissent au détour d'une rivière. C'est le minuscule village de Deng, à coup sûr. Et un chorten, porte en pierre, m'accueille à l'entrée du village. Ah ! Me voici arrivée chez les bouddhistes.
    14 day 4 Sama

J'ai mis 5h46 pour cette longue journée, et je tiens ma place de 3° femme. Reste à attendre les mules et les vêtements chauds, qui arriveront à... 22h ! Longue journée pour les mules !
Je déguste mon pique-nique : pain tibétain et oeuf. Des petits gamins viennent nous voir et ramassent les restes, y compris ceux que certains d'entre nous jettent par terre. Ginie est intolérante au gluten. Pas facile de voyager dans ces conditions. Heureusement, le Népal se nourrit de riz et de pomme de terre. Aujourd'hui elle a droit à un pain au maïs. Il a une drôle de tête et elle me le refile. Il est effectivement bizarre, mais très bon et très bourratif. Je vais me détendre les jambes dans la rivière comme hier. Mais elle est beaucoup plus glacée cette fois et la trempette est rapide. Puis je profite du soleil tant qu'il y en a car il disparaît vite derrière les montagnes, et après le froid s'installe. On se réfugie dans la salle commune, meublée de ... citrouilles. Voilà un aperçu du menu de ce soir. Les sommets enneigés entourent le village de toute part, sans être encore très hauts.
    9 arughat porteurs

Where are the mules ? Elles vont arriver tard avec nos affaires de rechange, donc je me tiens chaud comme je peux. Heureusement j'ai couru en manches longues et collants aujourd'hui, en prévision de cette attente. Le goûter nous ravigote, ainsi que les délicieux chaussons aux pommes au dessert ce soir. Les pommiers sont cultivées en altitude et poussent bien. Nous avons un bon cuisinier qui nous suit, les porteurs portent son matériel, dont sa toque. Heureusement qu'il ne fallait pas attendre les mules ce soir pour manger.
La fenêtre de ma chambre n'est pas étanche du tout, elle surplombe la rivière très fougueuse. Ca fait un boucan d'enfer. Les bouchons d'oreille s'avèrent précieux.

Jeudi : 3° étape de 25km vers Hinang Gompa, un monastère à 3100m. Plus haut que le Piton des Neiges.
Nous continuons de remonter la Budhi Gandaki. Les minuscules villages se succèdent, jalonnés par les chorten et les mani, pierres gravées. Il faut toujours les contourner par la gauche. Hormis les mules, nous croisons des chèvres et des dzo, croisement de vache et de yak, qui sont de toutes petites vaches.
13 day 3 riviere

Je ne ressens pas encore l'effet de l'altitude au niveau essoufflement, et je continue à courir comme d'habitude. Je n'ai toujours pas sorti les bâtons. Cette fois, c'est du jus d'orange chaud qui nous est préparé à Namrung, à mi-parcours. Il est apprécié. Ca y est, je double Sumitra qui part toujours plus vite que moi, mais je finis par la rattraper dans les montées.
Je quitte le chemin principal bordé de beaux sommets tout blancs pour grimper vers le monastère par un petit sentier. C'est une belle grimpette dans les arbres. Je passe une clôture en bois, il y a de l'élevage par là. Puis quelques maisons apparaissent au milieu des champs d'orge. Nous sommes en pleine moisson. Une vieille femme bat les épis à la main. Et voilà l'entrée du monastère. Déjà ? Je le pensais plus loin. J'ai mis 4h10 aujourd'hui, et je suis 12°, et toujours 3° femme. Sumitra puis Francesca arrivent peu après.
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Il y a de la place sur un petit plateau herbacé, et des chaises sont installées sur l'herbe. Nous sommes très bien accueillis par une jeune fille très élégante dans sa robe traditionnelle et qui parle parfaitement anglais. Quelques vieux font tourner leur moulin à prière, et un gamin moine récolte le surplus de nos pique-nique. Et Trévor, beau chien très placide. Le monastère lui-même est un grand bâtiment entouré de moulins à prières. Je suis installée dans une chambrée de 4 avec Rachaele, Francesca, et Ginie. Les matelas sont par terre et nous avons de bonnes couvertures, qui vont renforcer le matelas.
Je me lave dans un ruisseau, c'est frrrroid ! Mais ça fait du bien. Je vais me promener dans le village, d'où on a une magnifique vue sur le glacier qui surplombe la combe. Puis c'est l'heure du thé accompagné de… pomme de terre à l’eau, amenées dans une grande marmite, offertes par hospitalité. Quel délicieux goûter ! Les mules arrivent. Elles se roulent de bonheur dans l'herbe dès qu'elles sont débâtées.
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Je vais assister aux prières des moines dans le monastère. Ils psalmodient les textes sacrés, et donnent un coup de gong de temps en temps. Puis viennent les offrandes à base de riz et d'orge. Les vieilles femmes me font une place à côté d'elles et Mireille me rejoint. Mireille fait la course en marchant, avec sa copine Sonia, qui souffre du genou. C'est difficile pour elle, mais elle ira vaillamment jusqu'au bout. L'ambiance du site est très calme et sereine, c'est envoûtant.
Le soir les moines dansent autour d'un feu dans leur grande robe pour accompagner un défunt d'il y a 3 jours dans sa réincarnation. La danse est très lente, en tournant avec de grands gestes. C'est féérique. Tout ça alors qu'il fait près de 0°C.
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Vendredi : Il n'y a pas de poules au monastères, donc pas d'omelette au p'tit déj. On se passera de protéines pour aujourd’hui, ce qui ne me gêne pas.
La journée commence par des dons au monastère, des lampes solaires et Sonia offre un ordinateur. Nous sommes tous remerciés avec le traditionnel khata.
Puis démarre la 4° étape de 21km un peu spéciale, qui va nous mener à Samagaong, gros village à 3500m d'altitude, avec une montée à 4000m. Je verrai bien jusqu'où je peux courir, mais toujours sans bâtons.
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Nous redescendons de la hauteur du monastère vers la vallée de la Budhi Gandaki. Le chemin serpente dans la forêt, et je cherche les singes, mais je n'en verrai pas. Ils sont pourtant là, et pas discrets. Je traverse plusieurs petits villages, de nouveaux lodges sont en construction. Et soudain le majestueux Manaslu apparaît devant moi. A 8100m de haut, il y en a encore plus de 4500m au-dessus de ma petite tête ! On ne peut pas le louper avec sa forme de M, et aucun doute, c'est le plus haut. Ca vaut le coup de courir le nez en l'air pour admirer ça.
Au 2/3 du parcours, nous quittons la « nationale » pour une grimpette vers le monastère de Pung Gyen à 4000m d'altitude par un petit sentier bien raide. Ca monte dans de gros cailloux genre moraine, le glacier est juste de l'autre côté du torrent. D'ailleurs juste devant moi Fabien s'est fourvoyé et semble emprunter le torrent au lieu du sentier. Il a l'air bien coincé. Puis j'arrive sur un petit plateau au pied de la neige, j'y cours sans problème, c'est bien à cette altitude ! Il y a quelques maisons. C'est le monastère. Il n'est pas habité mais sert de lieu de méditation occasionnellement.
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Et le chrono s'y arrête, tout comme moi. Il sera redéclenché pour la descente. Chouette principe, on peut rester au pied du Manaslu autant de temps qu'on veut pour l'admirer. Car on en est vraiment tout près, il est juste au-dessus le petit. Et qui est là aussi ? Le placide chien Trévor !
Les népalais redescendent tout de suite car ils craignent l'apparition du mal des montagnes. Cela me donne l’occasion de les voir courir, et je me pousse pour les laisser descendre dare-dare. Je profite du paysage une petite heure avant de repartir. Je redescends vers la vallée et poursuis le chemin jusqu'à Sama, je double les espagnols au passage. C'est vraiment un gros village, et je le traverse sur toute sa longueur, notre lodge est à la sortie.
J'ai mis 4h05, hors arrêt au Pung Gyen Gompa, et je suis 11° et toujours 3° femme, Francesca me suit.
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Le lodge a un toit-terrasse face au Manaslu, très agréable pour le pique-nique tant que le soleil est là. Je suis dans une chambre de 3 avec Rachaele et Francesca, entourée d'anglaises ! Qui parlent très bien français. La chambre est à côté de celle des porteurs, il y font leur cuisine, c'est très bruyant.
Je vais me balader du côté du monastère de Sama en fin d'après-midi, après que les mules aient apporté mes vêtements chauds. Dhir a l’air soucieux, une des mules traîne et ralentit le convoi.
C'est l'anniversaire de José l'espagnol aujourd'hui. Notre super cuistot a concocté un énorme gâteau au chocolat, un vrai délice. Comment a-t-il fait avec si peu de moyens ?
Les népalais me demandent mon âge, mes 50 ans les épatent. Mira appelle toutes les filles sister, au moins elle n'a pas à retenir nos prénoms.
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Nous restons 2 jours à Sama, en acclimatation à l'altitude. Demain nous faisons un aller-retour au camp de base du Manaslu à 4300m. Nous n'aurons pas à attendre les mules après, quel confort d'avoir ses petites affaires pour toute la journée !

Samedi : 5° étape avec 11 tous petits km, une grimpette au camp de base du Manaslu, du moins jusqu'à ce que la neige nous permet. C'est le même système qu'hier : le chrono compte la montée et la descente et est arrêté en haut, on y reste le temps qu'on veut. Je prend le risque de ne pas m'encombrer des bâtons, on verra bien si c’est dur.
Tous les matins je me prépare une gourde souple de thé au miel que je sirote en courant. Je préfère ça aux produits diététiques de course. Je fais des émules.
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Je pars assez vite sur la petite portion plate, ce qui n'est pas dans mes habitudes. Nous sommes au soleil et il ne fait pas très froid, mais l'air est glacé dans mes poumons et pas bien riche en oxygène. L'impression de brûlure intérieure est immédiate et très désagréable, et j'ahane tant que je peux, mais je tiens bon. Voilà la montée qui s'annonce rude, d'abord dans des espèces de grandes marches, puis sur un sentier qui serpente et qui est bien raide. C'est l'altitude qui limite la vitesse d'ascension, le souffle est court. J'en double tout de même pas mal à ce petit exercice, genre km vertical, c'est juste un peu plus haut que d'habitude. Fabien essaie de me suivre, vainement. Nous surplombons un magnifique lac tout bleu, qui était bien planqué. Puis c'est le passage dans la neige qui arrive. Elle est profonde à certains endroits, je suis les traces plus ou moins à 4 pattes parfois. Mince, je n'ai pas pris de gants, mais je ne sens pas le froid. Je croise les népalais qui redescendent déjà, je leur laisse le passage, Mira est aussi à 4 pattes. Elle est juste beaucoup plus rapide que moi.
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Nous nous arrêtons 100m plus bas que le camp de base, il y a vraiment trop de neige après. Je fais un arrêt d'une heure en haut, pour admirer le Manaslu et son M, et les glaciers sur ses pentes. Je ne m'en lasse pas. Nous sommes pas mal à être arrivés maintenant, c'est sympa de se retrouver tous là-haut. Vroum, un bruit de tonnerre se déclenche, c'est une petite coulée de neige qui dévale du glacier. C'est impressionnant pour la petite réunionnaise que je suis, peu habituée à ça.
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Je redescends du camp de base peu après Francesca. Et si je la rattrapais ? En voilà une bonne idée. Passée la zone de neige où je ne suis pas particulièrement à l'aise pour aller vite, je la vois devant et je me rapproche d'elle progressivement. Je croise les marcheuses, salut Mireille ! Elle est contente de me voir en plein effort et m'encourage. On ne se voit jamais sur la course. Ca y est, je double Francesca dans la partie raide, très technique. Je surplombe le lac et la vallée. Le panorama s'étale à mes pieds et je peux l'admirer tout en restant concentrée sur mes pieds justement. Et ça vaut mieux vu la pente. J'arrive rapidement aux "marches", c'est plus facile et j'accélère. Je rejoins déjà le chemin principal qui mène au village, en retrouvant la circulation locale : les porteuses de bois et les yaks.
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J'ai mis 2h tout rond en tout, 1h20 à la montée et 40 mn à la descente, exactement le double d'Upendra à la montée comme à la descente, le népalais qui caracole en tête de la course. Voilà qui me place 11° maintenant au classement général de la course, et qui conforte ma 3° place des féminines.
Il y a un chauffe-eau solaire sur une des douches au lodge. Voilà qui me permet de prendre une bonne douche... froide au lieu de glacée. J'en profite à max, surtout que ma serviette n'est pas sur le dos de la mule. Les jours précédents je m'essuyais de ma toilette de chat avec ma casquette.
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J'ai tout l'après-midi pour me balader dans le village. C'est vraiment un gros village, avec une grande école et un dispensaire. C'est samedi et c'est le jour de repos au Népal, tous les enfants jouent dehors. Les femmes font la lessive dans le ruisseau qui traverse le village et où je ne pourrai pas mettre les mains plus de 5mn tellement l'eau est froide. Ca papote ferme. Elles remplissent d'énormes jerricans d'eau au robinet public et les ramènent chez elles en les portant comme les hottes, dans le dos accrochés au front. Les maisons sont en pierre, l'habitation est à l'étage avec une petite véranda devant sans rambarde avec une échelle sommaire pour y grimper, les enfants y gambadent, les jeunes yaks sont dans la cour. Un groupe de jeunes filles ramènent du bois dans leur grand panier accroché au front en rigolant. Combien de kg elles portent ? 30, 40 ? Beaucoup en tout cas. Il faut faire provision de bois pour l'hiver qui approche. Nos porteurs ont moins de travail aujourd’hui, ils jouent au volley au milieu de la route.
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Voilà le soleil qui disparaît derrière les montagnes, vers 15h, et la température baisse d'un bon cran immédiatement. C'est le moment de profiter de mon bouquin que les mules portent depuis le départ, puisqu'on n'a pas à les attendre aujourd'hui, et de profiter des autres coureurs, qui sont tous passionnants. Dhir, l'organisateur népalais qui nous accompagne, parle parfaitement le français et plein d'autres langues. L'équipe des morzinoises m'encourage tous les jours, j'ai un fameux fan club. Il y a accès à internet à Sama, mais la connexion est capricieuse, c'est le grand sujet de tous ceux qui se baladent avec leur téléphone, c’est-à-dire presque tout le monde. Ah que je suis bien sans avoir à m'en préoccuper ! Ca fait de vraies vacances. Ce soir c’est menu de roi : nous avons droit à un dahl baat, riz – lentilles, avec de la viande de yak. C’est délicieux.
Les journées à l'acclimatation à la haute d'altitude s'enchaînent. L'étape de demain ne fait que 8km et nous mènera à Samdo, à 3800m.
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Dimanche : 6° étape. Mais la journée ne débute pas ordinairement. Richard et Dhir organisent une course pour les enfants de l'école, 1km pour traverser le village. Super ! Je me place un peu avant l'arrivée pour encourager les gamins, là où c'est le plus dur, où il faut tenir jusqu'au bout. Les voilà ! Un dossard accroché au thorax, les premiers déboulent, les derniers marchent, et bien sûr ils ont tous des encouragements. Pas de tenue de sport pour l'occasion, ils sont en uniforme de l'école. Ils auront tous un livre à l'arrivée, amenés de Californie par Angela et Doug. Ils auront de quoi apprendre l'anglais, nécessaire dans une région touristique.
D'ailleurs c'est l'anniversaire de Doug aujourd'hui.
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La journée atypique se poursuit. Nous montons en mode rando au lac Birandra, le lac que nous avons surplombé hier. On y reste le temps de l'admirer, alimenté par les glaciers. Les berges sont très minérales. C'est de toute beauté. C'est là qu'est donné le départ de la courte étape du jour. Nous sommes applaudis par les quelques touristes marcheurs qui sont présents. Nous partons en descente. Je pars vite, trop vite. Nous sommes tout de même à 3600m, et même en descente, je sens immédiatement le manque d'oxygène. Mais je ne veux pas ralentir, et je souffle très fort, oh que c'est dur, j'ai les poumons qui sifflent. Je suis quand même obligée de lever le pied avant d'arriver en bas, et quelques gars me doublent. Je rejoins le grand chemin vers Samdo, qui monte doucement. Je croise tous les villageois qui ramènent du bois, et les yaks aussi. On remonte toujours la rivière, les rives sont un peu boisées. C'est là que les gens viennent chercher le bois. Ca leur fait une bonne trotte à porter. J'entends régulièrement les bâtons de Francesca derrière moi, puis je ne les entends plus, puis je les entends de nouveau, comme ça jusqu'au pied de la dernière grosse côte qui mène au village, en fonction du profil du terrain. Elle me talonne ! C'est maintenant la dernière grimpette à 3800m et je la sème. J'ai mis 1h10 pour faire 8km ! Et je n’ai pas eu l’impression de chômer ! Les écarts entre les coureurs sont évidemment très variables suivant les étapes. Par rapport à moi, cela va de 10mn sur le 39km et 1mn sur le 8km.
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Dhir installe les filles dans un petit lodge à part, je partage de nouveau ma chambre avec Rachaele et Francesca. Nous sommes au calme. L'après-midi nous partons avec Dhir visiter le village, habité par des réfugiés tibétains. Le Tibet n'est pas loin. Les villageois tiennent réunion pour décider de la prochaine descente plus bas dans la vallée avec l'arrivée de l'hiver. Ils sont assis par terre dehors le long du chemin, hommes et femmes, et la discussion est animée. Nous visitons le petit monastère, puis une maison. La viande de yak qui sèche et la réserve de pomme de terre sont précieuses, ainsi que la bouse de yak qui sert de combustible. L'habitation est au-dessus des étables des yaks. La maison est cossue, il y a 2 pièces : l'une est réservée aux prières et offrandes à Bouddha, l'autre est la seule pièce à vivre : cuisine, salle à manger, chambre pour toute la famille. Le foyer est au milieu, il n'y a pas de cheminée, l'intérieur est enfumé et noir de suie. Il y a tout ce qu'il faut pour traiter le lait des yaks, pour faire du fromage et du beurre. Nous visitons une autre maison, plus simple, il n'y a qu'une pièce, Bouddha est avec la famille. Le bébé joue à côté du feu.
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En fin d'après-midi le froid arrive. Je me réfugie dans la maison de ma logeuse. C'est agréable près du feu avec un bon thé. Le cuistot s'est encore surpassé ce soir pour le gâteau d'anniversaire de Doug. Avec le froid j'ai le nez qui coule et ça m'empêche de bien dormir. Il n'y a pas que les ronflements de Rachaele qui meublent cette nuit.
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Lundi : étape d'acclimatation en rando, non chronométrée. Chacun choisit en fonction de sa forme : montée à 5000m au col de la frontière tibétaine, ou balade au-dessus du village, ou repos. J'opte pour le Tibet, avec les bâtons cette fois, les chaussures en goretex et les guêtres. La panoplie totale neige. Les mules ne me les ont pas portés pour rien. Nous partons en groupe avec Lizzy. Je ne l’ai pas vue beaucoup jusqu’ici, il est vrai qu'elle est avec les marcheurs. La balade du jour fait 20 km. Nous traversons quelques névés dès la sortie du village, puis le chemin monte doucement parmi les alpages des yaks. L'herbe est plutôt marron que verte. Quelques drapeaux à prières jalonnent le sentier, entrecoupé de névés. Nous traversons la rivière, puis nous montons tout droit dans la neige vers le col. Un petit troupeau de yak se balade seul en direction du Tibet. Puis un monsieur sur sa mule, qui fait l'aller-retour. Ca y est, j'arrive au col de Lajyang, à 5000m, doucement. Il y a une borne qui marque la frontière : Népal / Chine. Le village tibétain est un peu en-dessous, on ne le voit pas. C'est là qu'est le poste frontière chinois. La vue est splendide, avec les chaînes de montagnes tibétaines toutes blanches au fond. Contrairement au Népal, il n'y a pas de sommet qui s'en détache, il n'y a pas de 8000m. Les sommets autour du col sont à 5500m, donc tout près juste au-dessus de ma tête. Un petit pique-nique en haut avant le retour. Les yaks ont la même idée. Sont-ils népalais ou tibétains ? Je les laisse passer, ils ont tout de même des cornes impressionnantes, et ils me montrent la trace la plus facile dans la neige. Du moment que je retrouve le petit pont qui franchit la rivière, après le sentier est bien visible, car je redescends seule. Le chemin est agréable et facile dans ce sens. J'aperçois déjà le village. Mais le soleil disparaît derrière les sommets et le froid arrive. Je garde mon coupe-vent sans mettre ma veste, je suis presque arrivée. Grosse erreur, la toux m'attrape illico. Manquait plus que ça. En plus je rallonge sans le vouloir pour arriver au village à cause de la neige, je ne suis pas passée par le plus court.
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Je pose la main sur la poignée de ma chambre et je chope un mal de tête. Ben tiens, le mal des montagnes qui débarque en plus. J'y ai fait gaffe en montant à 5000m, mais je ne m'y attendais pas en redescendant, puisqu'il faut toujours dormir plus bas que l'altitude maximale à laquelle on est monté dans la journée. Je me réchauffe d'abord, et je prépare un Paracétamol, confirmé par le médecin. Le mal de tête passe rapidement et je n'entendrai plus parler du mal des montagnes. Pour moi du moins, car j'apprends que Ginie a été évacuée en hélico sur Katmandou pour rentrer en Suisse le plus rapidement possible. Ca me fait un choc. Elle avait une sale tête ce matin et se plaignait de respirer très difficilement, mais je n'avais pas spécialement remarqué si son visage était gonflé, alors que je faisais bien attention pour moi car c'est un symptôme du MAM. En y repensant après, oui son visage était gonflé et elle avait les lèvres bleues. L'organisation n'a pas de caisson de recompression, je pense que c'est un tort. Nous avons appris par la suite que Ginie a fait un oedème pulmonaire, ce qui est grave. Elle s'en est bien remise en Suisse.
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Mardi : nous passons le Larkya La, col à 5100m qui nous fait changer de vallée et nous mène de la face est à la face nord du Manaslu. Cette étape est en rando, non chronométrée. Dommage, j'aurai bien aimé, au moins la descente, mais l'organisation préfère la sécurité par rapport au mal des montagnes, ce qui est compréhensible. Nous partons à 5h, de nuit. Du coup le petit déjeuner est plus simple, sans oeufs, et nous avons le droit à de la tsampa, bouillie d'orge. Ce n'est pas mauvais, pas pire que le porridge. Je n'avais pas prévu de marcher de nuit et je n'ai pas une lampe très performante, sachant que je n'y vois guère la nuit, avec ma vue perçante. Tout est gelé à cette heure matinale, notamment autour des robinets d'eau dehors dans le village. Moi qui n'ai pas l'habitude des bâtons, je comprends vite qu'il ne faut pas les mettre sur la glace, ça glisse ! Nous traversons à gué un petite ruisseau, gelé en surface. Je mets évidemment un pied dans l'eau, bien qu'un charmant népalais me tende la main. Fichtre, c'est froid. J'aurai donc un pied froid pendant un bout de temps. On fera avec. D'ailleurs le jour se lève déjà, toujours splendide en haute montagne. Je fais route avec Eric le belge et son genou mal en point, aujourd'hui nous marchons à la même vitesse, tranquille.
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Oui, tout gèle, y compris l'eau dans le tuyau de la poche à eau. Mince ! Il faut boire à cette altitude pourtant. Je machouille mon tuyau pour faire fondre la glace, et je finis par réussir à aspirer des cristaux. C'est mieux que rien. Je suis ignare en matière de gestion d'un tel froid.
Avec le soleil, ça commence à chauffer. Je me déshabille, grosse veste, bonnet, gants. Je garde le surpantalon étanche puisque nous progressons dans la neige. Mais mon tuyau reste encore gelé pour un bout de temps.
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Nous voilà déjà à Larkya Phedi, dernier refuge avant le col. Les marcheurs normaux y dorment, mais pas les coureurs que nous sommes. Ils sont aussi partis tôt, et nous commençons à les rattraper. Avec les grosses tombées exceptionnelles de neige d'il y a un mois, l'accès au col est très enneigé pour la saison. Mais la trace est bien faite et les bâtons aident bien. Eric et moi avançons sans problème, la montée est régulière. Nous sommes ralentis par des marcheurs lambins pas faciles à doubler car il n'y a qu'une trace, certains ont l'air de souffrir le martyr. Allez, on double. Ca y est, nous voici au col, le Larkya La à 5100m, entourés de drapeaux à prières. Les sommets les plus proches sont très proches, ce sont des 6000m. Les 7000m sont plus loin. On ne voit pas le Manaslu et ses 8000m. Lizzy nous attend et nous propose une gorgée de rhum népalais. C'est gentil, mais non merci. On ne s'arrête pas longtemps en haut, pas question que le mal des montagnes nous rattrape.
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Je chausse les crampons pour la descente. Si je ne suis pas une spécialiste des grands froids, je ne suis pas non plus une spécialiste de la neige et c'est le première fois que je cramponne. Ma foi, ça accroche très bien. Crampons + bâtons, allons allons !
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C'est une longue descente qui m'attend jusqu'à Bimtang, 3500m d'altitude. Il paraît qu'il faut marcher les jambes écartées avec les crampons mais je dois le faire naturellement car je n'ai pas à y penser, et je ne m’emmêle pas les pieds. Oui, ça accroche vraiment bien, je n'ai qu'à me laisser porter dans la descente enneigée avec le support des bâtons, je descends tout droit. C'est raide. La nouvelle vallée est superbe et je longe un glacier. Je double quelques personnes sans crampons, qui marchent péniblement en crabe. Je rattrape nos népalais, Upendra et Sumitra n'ont qu'une paire pour deux. Je leur propose mes bâtons mais ils n'en veulent pas. Peut-être en essayant chacun un côté de crampons?
J'arrive déjà à la fin de la neige, je garde encore un peu les crampons tellement ça tient bien même dans les cailloux. On fait une pause pique-nique avec Éric à la fin de la partie raide de la descente. La suite est une balade fort agréable. Je croise un groupe de français qui me propose une tasse de thé. J'aperçois les toits bleus du village. Le Manaslu réapparaît, il a complètement changé. Il n'a plus sa forme de M si caractéristique, mais il reste le plus haut, si majestueux.
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J'ai le temps d'aller me "baigner" dans le ruisseau qui longe ma chambre. C'est glagla, j'ai les pieds nus dans la neige. Je fais une courte sieste, réveillée par le froid. Ce ne sont pas les mules que nous attendons aujourd'hui mais des porteurs. Les mules ne passent pas la neige. Un porteur porte 30kg, soit 3 de nos sacs. Normal qu'ils aillent moins vite que nous ! Je les trouve bien équipés en vêtements chauds et étanches, bonnes chaussures et crampons. C'est loin d'être le cas de tous les porteurs. Dhir fait bien son boulot. De nouvelles mules reprendront le relais demain. Il existe une ONG à Katmandou qui forme et équipe les porteurs, pour éviter les abus et les préserver du MAM.
Justement demain, c'est la dernière étape, 24km de descente jusqu'à 1800m. Le chrono reprend du service.
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Mercredi : Le départ de Bimtang est dans la froidure. Je pars avec mon coupe-vent et je vais le garder toute la matinée car nous serons à l’ombre tout le temps. Nous longeons une nouvelle rivière en descente, qui va grossir au fur et à mesure. Au revoir Manaslu, je ne te reverrai plus. La partie haute de la vallée est peu habitée, quelques maisons isolées transformées en lodge.
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Le début du parcours est technique, ça descend bien. Sumitra a déjà filé devant. Je ne suis pas si à l'aise que ça et Jane l'australienne qui est bonne descendeuse est devant. Je la rattrape au CP où je ne m'arrête pas, je ne profite pas du jus d’orange.
Je rejoins aussi Ian au ravito. Il est juste devant moi au classement général. Si je distance Jane assez rapidement, je reste avec Ian jusqu'à l'arrivée finale. Il monte plus vite que moi, car il y a toujours quelques montées, je descends plus vite que lui, et nous allons à la même vitesse quand c'est à peu près plat.
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J'arrive dans un gros village. Le dernier ? Non ce n'est pas possible, Darhapani est à l'intersection de deux vallées. Celle où je suis est encore trop encaissée. Quel beau village, très coloré, un des derniers de mon périple. Je continue vaillamment vers l'arrivée, ça sent la fin. José l'espagnol me rattrape et me double. Il a des ailes ma parole, lui aussi sent la fin. Je vois maintenant la vallée de Manang qui se rapproche, c'est le circuit du tour des Annapurnas. Je traverse la rivière, pont suspendu oblige, Ian est plus rapide et part devant. Ça y est, je suis à Darhapani. Mince, un troupeau de vaches en train de boire me barre la route, je m'arrête, jauge les cornes, et me fraie un chemin au milieu. Je traverse le village avant de franchir la dernière passerelle, et c'est l'arrivée.
J’ai mis 3h, et je suis 17° de l’étape et 4° femme, Sumitra est arrivée 1mn avant moi. Il y en a qui en avait gardé sous le pied ma parole ! J’ai été très régulière sur toutes les étapes. Je n'ai pas à m'habituer ni à la montagne ni à la chaleur par rapport aux autres, et les après-midi de récup me suffisent pour le lendemain par rapport à mon rythme.
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Je savoure un bol de soupe aux nouilles le temps que tout le monde arrive. La route, piste 4x4, passe à Darhapani. Nous redescendons toute la vallée en 4x4, ce qui prendra l'après-midi. Il y a des passages impressionnants et le paysage est superbe. C'est une autre façon de l'admirer. Des cascades, des villages près de la rivière ou haut perchés, des cultures en terrasse.
Le soir nous sommes en ville dans un bon hôtel avec une bonne Everest, la bière népalaise. J’en profite pour laisser aux porteurs quelques vêtements chauds, ils en ont plus besoin que moi.

Le lendemain, c’est le retour à Katmandou en bus, ce qui nous prend la journée.
Encore un gâteau d’anniversaire au repas de clôture ! C’est celui de Gary l’australien cette fois. Un gros gâteau aux fraises… encore congelées. Au moins, il y a de l’électricité à Katmandou.
Je termine 11° au classement général en 24h28, et 3° féminine, 3h30 derrière Holly qui est deuxième et 2h devant Francesca qui est quatrième. Les népalais sont toujours baba de mes 50 balais ! Les récompenses sont bizarrement attribuées, et ne vont pas jusqu’à la 3° féminine. Ce sera pour l’année prochaine, promet Richard. Je dois revenir alors.
45-pont.jpgJe reprends l’avion le lendemain à minuit, juste de quoi faire la parfaite touriste une journée. Comme Katmandou est polluée après une semaine himalayenne ! Je préfère aller marcher dans les collines environnantes parsemées de beaux temples hindous. Histoire de faire une étape de plus !

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 18:03

Pourquoi aller loin quand on peut se faire plaisir à 2 pas de chez soi ?Alors direction Mada pour une semaine à Diego Suarez en cette fin d’août. 250km à pied m’y attendent.

femme-portrait.JPGIl s’agit d’une édition unique organisée par Racing the Planet. A ne pas manquer !

Je me suis inscrite un mois avant le départ, j’ai eu la chance d’avoir la place d’un désisté.

250km donc, en 6 étapes sur 7 jours, répartis en 4 x 40 km, 80 km et 10 km. Le tout à parcourir en autosuffisance, l’organisation ne fournit que l’eau et la tente. 

Outre les équipements obligatoires, ça on n’y coupe pas, il faut porter 1 semaine de ravitaillement, on n’y coupe pas non plus, comprenant au minimum 14000 kcal.

Je prépare mon sac minutieusement, tout est pesé. En effet, il sera lourd en début de course et s’allègera au fur et à mesure du temps qui passe et surtout de mon appétit. Mes 14000 kcal représentent 2,2 kg au départ.

 

Vendredi à Gillot pour le départ, j’ai une grosse surprise : il y a plein de voyageurs déguisés en coureur. Et ils vont courir à Mada ! Incroyable ! Je pensais être seule dans l'avion Réunion / Diégo. En fait le vol Air France Paris / Tana du mardi a été détourné sur la Réunion car l'aéroport de Tana était bloqué par des manif, et les gens sont depuis 3 jours à la Réunion. Du coup l'avion était plein.

Et voilà même qu’on me reconnaît, c'est Philippe, qui était au Gobimarch il y a 2 ans.

Je partage un taxi à l'arrivée à Diego, une splendide 4L jaune branlante, avec une américaine qui va à un hôtel dans la même direction que le mien et qui est bien contente d'être avec quelqu'un qui parle français pour se débrouiller. Je la prends pour une coureuse, mais elle est médecin.

Nous sommes 230 coureurs, et il n'y a pas d'hôtel de grande capacité à Diégo, donc nous sommes disséminés dans plusieurs établissements. Le mien est dans la rue principale du quartier chic de Diégo, voisin de celui de l’organisation.

Je viens de récupérer les 2 patchs des logos de l'organisation que je dois coudre sur toutes mes manches. Ils ne me les ont pas envoyés car le délai de mon inscription était trop court. Je commence mon séjour par une après-midi couture avant d’aller me balader.

 

Samedi, le briefing est à 9h, suivi du contrôle des sacs.

Je passe à 11h, j'ai le temps de profiter de la piscine de l'hôtel, pas le mien d'hôtel, celui de l'organisation. Je suis la seule amateur de natation.

Au contrôle, on pèse mon sac : 7kg sans l'eau, c’est un des plus légers.

Après le déjeuner, nous partons en bus vers le 1° campement. Nous faisons le tour de la magnifique baie de Diégo jusqu’au bout de la route, dernière plage de la baie, à Ramena. On campe sur un terrain militaire, gardé par l'armée. La sécurité est assurée. Chanteurs et musiciens malgaches nous accueillent.

accueil-malgache.JPGJe découvre mes compagnons de chambrée. Philippe, spécialiste des sommets à 8000m, Frédéric qui vit à Pékin, Pauline une jeune très bavarde, et 3 chinois dont un seul parle anglais. Ils sont gentils mais pas très communicatifs. Je prends place à côté des chinois.

La nuit tombe à 18h. Philippe a déjà mangé et se couche. Ce sera son rythme tous les soirs.

Je déguste ma barquette riz poulet, repas normal que j’ai amené, pendant que la plupart des autres sont déjà dans le lyophilisé. J'en fais des envieux ! Je fais connaissance avec les 2 autres français de la course, Clément un jeune qui vit à Singapour et Grégory.

Au dodo tôt pour ce soir, on va vivre une semaine au rythme du soleil, levée tôt et couchée tôt. Je me contente d'un morceau de tapis de sol très fin découpé juste à la taille de mon dos, que je renforce au niveau des fesses avec le renfort du dos de mon sac. camp1.JPG

 

Dimanche matin, je suis levée à 5h30 avec le jour. Ce sera mon régime de la semaine.

isa2-etape1.JPGLe départ est à 8h, pour 36km avec 3CP pour la 1° étape.

Juste avant le départ, le chef de district venu faire un discours me demande... si je suis la plus vieille des coureuses !!! Avec ma casquette il n'a même pas dû voir mes cheveux blancs. Suis-je toute fripée ?

Des jeunes du club d'athlétisme de Diégo nous accompagnent sur les 10 premiers km. Les malgaches courent bien. Certains sont en savates. Dommage qu'il n'y ait pas de coureurs malgaches sur cette course, mais je ne vois pas comment ils pourraient payer les droits d'inscription...

Nous sommes 230 au départ, dont 75 filles. Belle proportion de féminines ! Comme sur toutes les courses anglo-saxonnes, mais pas comme à la Réunion.

baie-diego.JPGNous parcourons le petit bout de plage avant de grimper un petit col pas bien haut, pour quitter la baie de Diégo et rejoindre l'océan indien. Nous longeons le littoral avec les 3 baies, 3 magnifiques plages. C'est marée haute et je ne coupe pas à la vague trop forte. Me voilà les pieds trempés dès les premiers km. Et l'eau salée, il n'y a rien de pire. Il y a quelques passages de rochers qui ralentissent la troupe. Je saute de pierre en pierre avec allégresse et avec mon gros sac. De quoi doubler les lambins. Je suis juste derrière Philippe, à ma grande surprise.

Nous sommes en pleine période des alizés et nous avons le vent de face. Néanmoins il me fait supporter la chaleur facilement.

Les passionnés de kite-surf s'en donnent à coeur joie dans la baie de Sakalava, la plus grande. La plage de plusieurs km de long est superbe.

Nous passons maintenant sous des petits sous bois par des tout petits sentiers, il est difficile de doubler.baie-etape-1.JPG

Puis nous quittons les plages par une bonne piste 4x4... très sableuse. Queue de cheval blonde n°1 me double, impossible à suivre. Suivie de Queue de cheval blonde n°2, également impossible à suivre.

J’arrive au CP1 au pied d'un énorme et magnifique baobab. Ils n'ont pas de feuille en ce moment et paraissent tout secs.   Je ne m'arrête pas, j'ai assez d'eau.

Nous continuons plein sud, avec toujours le vent de face. La température monte et atteindra 36°C. Nous traversons des zones de buissons, toujours sur cette piste sableuse. Le sable mou ne me gêne pas pour courir. J'adapte ma foulée.

CP.JPGJ'arrive au CP2. On m'annonce que je suis la 1° fille. Impossible, il y a au moins 2 queues de cheval blondes devant moi. A moins que je les aie passées au CP1 où je ne me suis pas arrêtée ? Sans doute, je n'ai pas fait gaffe. Et bien, faisons la course en tête !

Ca y est, mon dos commence à frotter, comme d'hab. Je me suis protégée avec de l'élastoplast comme une momie, mais rien n'y fait. Je m'en accommode.

pecheurs.JPGNous traversons quelques villages de pêcheurs, on ne voit pas la mer mais elle n'est pas loin. Les gens me saluent. Il y a peu de zébus par là, la terre est salée.

Je dois partager la piste avec les camions de l'organisation qui ne sont pas pressés de passer. Je me tape bruit et poussière à gogo. Les portions en sentier sont bienvenues.

Me voilà au CP3. La piste devient de plus en plus sableuse et je dois m'arrêter vider mes chaussures, je n'ai pas de guêtres. A 5km de l'arrivée, une chinoise me double, couverte de la tête aux pieds. On ne voit que les yeux. Les chinoises devant rester le plus blanches possible pour répondre aux critères de beauté, le seule moyen en pays tropical est d'être couverte. A vrai dire, je le suis également et pour la même raison, quoique pas pour la beauté mais pour me protéger du soleil et ne pas avoir à me tartiner de crème en permanence. Je cours avec manches longues et collant, mais tout de même à visage découvert. paysage-1-etape2.JPG

Je fais route avec Grégory. On papote, puis je l'abandonne, je vais plus vite.

Rearrêt pour vidage de chaussures. Gregory me rejoint. On est presque arrivé me dit-il, il a un GPS et suit les distances. Je préfère néanmoins jouer la sécurité car trop de sable dans les chaussures va me donner à tous les coups des tendinites du releveur.

En tout cas ce sable mou ne m'empêche pas de courir.

D'ailleurs j'ai pris de vieilles chaussures vu le terrain plat que nous allons parcourir, et je vois qu'elles s'usent à vitesse grand V avec le sable. Je n'en avais pas prévu autant.

Effectivement j'arrive au bout de mes peines 10mn plus tard.

Je finis donc 2° pour cette fois, en 5h05, 4mn derrière Lingyun. Puis un paquet de filles arrivent dans la foulée, l'américaine Suzan, queue de cheval blonde n°1 en tête. Ca promet d'être une belle course si le plateau des filles est si homogène ! En tout cas, je débute bien.

Je consomme 1/2 l d'eau aux 10km, ce qui est très peu par rapport aux autres. Mais ça me suffit, ayant l'habitude de la chaleur. Ca me fait moins à porter. Et j'ai tout l'après-midi pour boire à gogo.

Le campement est sur une très belle plage déserte. Et des cocos verts nous y attendent ! Bien rafraîchissants ! Personne ne sait qu'on peut manger la pulpe à la petite cuillère, je fais des émules. On me demande quand même conseil par rapport... aux troubles digestifs. Il y en a qui ne supportent déjà plus la nourriture malgache ?

Je ne vais pas me baigner, je n'ai pas envie d'être salée sans pouvoir me rincer. Déjà que mon dos frotte.

Philippe est arrivé juste avant moi, puis c'est le tour de Frédéric de débarquer dans la tente. Enfin Pauline.

Déjà hier soir Pauline s'est plaint de ses pâtes déshydratées et Clément de son espèce de porridge. Ils n'ont que ça à manger pendant une semaine. Mes recettes perso de purée Mousseline et de pâtes chinoises aux cacahuètes font fureur.

Si j'ai pris juste les 14000kcal obligatoires, Philippe en a ... 22000 ! Il mange tout le temps.  Il ne peut pas faire avec moins sinon il perd trop de masse musculaire. Je suis bien contente de ne pas être une athlète professionnelle comme lui !

Ce soir je suis couchée tôt au doux bruit des vagues.

 

Lundi, nous partons à 7h ce matin pour 46km, longue étape de 4 CP. Nous commençons par un court bout de plage avant de poursuivre sur un petit sentier dans les buissons, heureusement peu épineux. Suzan me double rapidement, je la redépasse aussi sec. Chinoise multicolore et japonaise short noir sont devant. Et voilà de nouveau la mer et le 1° CP sur la plage. Longue plage magnifique que je parcours avec japonaise maillot vert. Elle parle peu anglais, on fait des gestes pour papoter. Je la dépasse, et je rattrape chinoise multicolore. Décidement, je suis plus à l'aise dans le sable que les autres. Un énorme crabe nous coupe la route.

On croise quelques pêcheurs et leur pirogue, avant de quitter la baie pour un sentier en sous bois. Je double dès que je peux, mais voilà que je perds les marquages, les petits drapeaux roses et bleus. On me redouble. Bon, je reste derrière. Les 2 jeunes canadiens sont passés devant, Mélissa et son copain, qui courent... en sandales très fines.

Nous continuons sur une piste, toujours du sable. Je sème les canadiens.

baobabs.JPGMe voilà maintenant dans un coin à baobabs. Ils émergent, tout secs. Avec quelques pachipodium fleuris de blancs, qui ressemblent à des petits baobabs. C'est très beau.

Les villages se succèdent, plein d'enfants et de femmes en pagne multicolore. Les maisons ont l'air fragiles, en branchages et couvertes de feuilles de coco.

On traverse une rivière dans l'eau, ce n'est que la 1° de notre périple. Les chaussures mouillées empêchent le sable d'y rentrer, je ne perds rien au change.

Mon dos commence à s'échauffer et à brûler malgré la couche d'élasto que j'ai renforcée. Il faudra bien que je trouve une solution à ce problème. Je n'y pense pas et ça reste supportable.

spectateurs.JPGJ'arrive à l'entrée d'un village avec une bifurcation, mais il n'y a plus de petits drapeaux. Je cherche le marquage de tous les côtés, plusieurs allers et retours infructueux. Les gars derrière me rattrapent et ne trouvent pas plus que moi. Une dame arrive mais ne parle pas français. On se fait comprendre par geste et elle nous indique un des chemins. Ah, les drapeaux réapparaissent plus loin. Sans doute les gens les ont trouvés jolis et les ont pris. Le chemin est bordé de cultures d'un côté, bananes, manioc, et d'une rivière de l'autre. Et bien justement, on la traverse cette rivière,  les pieds dans l'eau.

village.JPGVoilà un gros village. Tous les habitants nous attendent et nous encouragent. Je ne fais que passer mais l'arrière de la course n'hésite pas à s'arrêter et à jouer avec les gamins ravis. Une dame m'accompagne et me fait la conversation jusqu'au village suivant et une nouvelle rivière à traverser. Elle court avec moi, pieds nus évidemment. Elle est contente.

pont-etape-2.JPGLa rivière suivante n'est pas large et est franchie sur un pont branlant fait de 2 troncs et d'une branche garde fou d'un seul côté. Quand je pense que les gens doivent le franchir avec de lourdes charges sur la tête.

Une dernière rivière qui coule sur la piste, et j'atteins les rizières. Il faut les contourner sur de petites digues, avec quelques passages humides, c'est à dire de la boue jusque mi mollet. Certains y laissent leur chaussure et n'ont plus qu'à fouiller pour la retrouver. Je suis avec Mélissa, et elle peine avec ses sandales. Je la distance facilement.

J'arrive dans un village, et j'ai un petit creux. Je fais une pause et m'installe à l'ombre devant une maison pour sortir des crakers de mon sac. Je repars quand Suzan arrive. Elle n'a pa plus d'eau. Où est le CP ? J'y arrive à la sortie du village, j'aurai pu attendre pour la pause ! 

Voilà 40km de parcourus. Je préfère courir tout le temps et m'arrêter aux CP, sauf le 1° où je ne m'arrête jamais. Je ne marche jamais. Au CP, Je prends le temps de m'asseoir, de faire tranquillement le plein d'eau, de manger mes gélules de sel. Comme je suis incapable d'avaler une gélule, et c'est encore pire pendant un effort, je la croque. Beurk, la bouche pleine de sel. Vite, de l'eau. Sinon je ne mange pas du tout pendant l'étape, je n'en ressens pas le besoin.

J'ai la pêche pour les 6 derniers petits km. Je suis avec Suzan et japonaise maillot vert. Je les dépasse dans un passage de sable mou et accélère le rythme, je me sens bien. Elles s'accrochent derrière, japonaise ahane tant qu'elle peut. Voilà lessive.JPGencore une rivière qui nous tend les bras. Une dame nous appelle car nous étions allées tout droit. Encore des rizières où je suis à l'aise sur les petites diguettes, puis nous traversons un village dans le sable, en montée. Je distance les 2 filles, qui se rapprochent sur la portion plate sans pouvoir me doubler. Et voilà qu'on entend déjà les tambours signalant l'arrivée, avec une haie de villageois. C'est la fête. J'arrive la 1°, suivie de près par japonaise, puis Suzan un peu derrière. Le pointeur ne trouve pas ma puce que je lui montre sur le dessus de mon sac, et il me pointe après Suzan, soit 5° de l'étape alors que je suis 3° et il me vole 1mn. Je trouve ça désolant car nous sommes à 1mn près. Espérons que ça ne jouera pas au bout de 6 étapes. En tout cas, je dois trouver une meilleure place pour ma puce. J'ai fait les 46km en 7h17.

La tente est vide à mon arrivée, Philippe est derrière ? Eh oui, il débarque peu après. Pauline arrivera de nuit, après avoir profité de tous les enfants dans les villages.

Le camp est dans une clairière, entourée de baobabs. C'est très beau... mais c'est le paradis des moustiques si près des rizières. Ils attaquent vers 17h, à la tombée de la nuit et ça dure 1h. Je ferme les portes de la tente, tant pis s'il fait chaud, et j'en tue une centaine avant d'aller déguster ma purée aux poireaux.

Je mange chaque jour 400g de ravito, mon sac s'allège d'autant.

 

Mardi, les 42km de la 3° étape vont nous mener dans les tsingy rouges, que j'attends de voir avec impatience. C'est le 1° but de ma course.

Nous commençons par une piste très sablonneuse. La mer n'est pas loin car on traverse des villages de pêcheurs. Et ça y est, la voilà. On se tape de nouveau une longue et magnifique plage déserte, d'au moins 3km de long. Ce sera la dernière du périple. Quand on pense qu'il doit y en avoir des centaines et des centaines comme ça à Mada.

paysage-etape2.JPGNous quittons donc la côte, et nous traversons plusieurs larges lits de rivière à sec, paradis des zébus. Je fais un morceau de chemin avec Mélissa et avec une petite chinoise ou japonaise ? qui s'arrête tous les 100m pour prendre des photos, elle me rattrape après chaque photo. Je finis par distancer tout ce petit monde.

J'arrive de nouveau dans un large lit de rivière, mais pas à sec cette fois. Le cours d'eau n'est pas profond mais on y patauge, et il nous amène au CP2, l'entrée des fameuses tsingy.

tsingy-rouge.jpgLes voilà ! Ce sont des espèces de stalagmites en gré rouge dans des petits canyons, formées par l'érosion. J'arrive tout de suite à une petite formation de tsingy. Superbe ! On les quitte en escaladant la paroi du canyon. Je sème les mecs à cet exercice. Puis j'arrive sur un plateau herbacé et buissonnant. Il y a juste un petit sentier à peine tracé. Heureusement c'est bien balisé avec les petits drapeaux roses. Les eucalyptus succèdent aux buissons. Je retrouve une bonne piste, qui conduit à un point de vue surplombant un autre groupe de tsingy. Je fais un petit détour pour les admirer, ça vaut bien ça. Puis c'est la descente dans un petit canyon, bien raide. Et là, patatra, la tête la 1° par terre... dans du sable. Ouf, je m'en sors bien. Et si je regardais où je mets les pieds au lieu d'admirer le paysage ?

Au fond du canyon court une rivière et nous dans la rivière, heureusement très peu profonde, sur du sable rouge.

etape-3.JPGOn sort du canyon et du massif des stingy pour rejoindre la savane, dans l'herbe. Et qui me rattrape ? Margot, avec ses bâtons, une américaine que je n'avais pas encore vue. Elle finit par me doubler. Je ne la suis pas, elle est trop rapide.

Ce sont maintenant quelques bons km de piste bordée de rizières et de villages. Je croise un monsieur qui porte une bonne dizaine d'anguilles. La rivière n'est pas loin. En effet, elle est large à traverser. Mais si rafraîchissante ! Il y en a qui s'y baignent d'ailleurs. Il reste 2 km, qui finissent par monter sur un petit plateau surplombant la vallée. Le campement y est installé.

Cette fois je termine 5° en 5h53. Loin devant moi : Huang la chinoise multicolore, Maki la japonaise short noir, et tout près devant Suzan l'américaine et Margot, l'autre américaine.

Je ne retourne pas me baigner à la rivière. 4km aller retour ne me tentent pas, et je n'ai pas envie de mouiller mes bandes de momie. Et encore moins juste au pied du camp, pour cause de... crocodiles ! C'est la même rivière que celle qu'on vient de traverser...

 

Mercredi, 4° étape de 40km avec 3 CP, et ça monte ! +500m de dénivelé en faux plat montant continu. On ne s'en apercevra même pas.

Je suis attablée au p'tit déj avec des japonais, très curieux. Nous gouttons nos mets respectifs. Le mien est un mélange céréales/praliné additionné de spiruline pour ma ration quotidienne de protéines, le leur un plat déshydraté à base de riz. C'est bon, mais le rapport poids/calories n'est pas très intéressant. vers-le-lac-sacre-etape4.JPG

Le parcours du jour est dans la savane agrémentée de petites collines, mais nous restons sur le plateau. Je suis avec Philippe jusqu'au CP1. Nous sommes pratiquement toujours sur une bonne piste, avant la traversée d'une rivière au CP3.

lac-sacre.JPGOn emprunte un sentier dans les herbes, qui s'élève jusqu'à surplomber un premier lac sur la droite puis un second sur la gauche. Ce sont les lacs sacrés. Baignade interdite, c'est le domaine des crocodiles. Nous contournons le 2° lac sous les eucalyptus. C'est très beau. Puis on rejoint une bonne piste qui nous amène en ville, à Anivorano. Il y a plein de petits marchands le long de la route. Il me reste 3km sur la nationale 6 (Diégo - Tana), avec grande circulation... piétonne, avant de rejoindre notre campement.

apres-lac-sacre-etape4.JPGJe termine 5° en 5h17. La chinoise a fait une chute hier, elle a le bras en écharpe et continue en marchant. Ce sont 2 japonaises qui arrivent en tête, short noir puis maillot vert, suivies de Suzan et Margot. C'est l'étape où je perdrais le plus de temps par rapport à Suzan.

Philippe est installé quand j'arrive. Ma place habituelle dans le coin à côté des chinois est agrémentée d'un énorme caillou au milieu du dos. Je déménage et me mets entre Philippe et Frédéric qui va arriver.

 

Jeudi, 5° étape : 80km avec 7 CP. Je me rends compte que je n'ai jamais couru 80km de plat. Ou ce n'était pas plat, ou c'était plat et plus long. Vais-je alterner course et marche ou courir tant que je peux pour finir par marcher par obligation ? Je vais d'abord courir 40km, ce que je fais depuis 4 jours sans problème. Après, j'aviserai.

isa3-etape1.JPGJ'ai prévu de manger peu pendant le parcours : un barre tous les 20km. Et je garde des crakers sous la main au cas où un petit creux s'imposerait.

Cette étape va nous mener dans le massif de l'Ankarana, au milieu des tsingy, grises cette fois. Chouette ! Je les attends avec impatience.

Nous partons par une bonne piste. On longe un petit ruisseau dans le même sens que lui, donc on descend. Enfin, si légèrement qu'on ne le sent pas. Nous sommes dans la savane jaunie. Il y a peu de villages par ici. Voilà le 1° CP au bout de 10km. Comme je n'ai pas de GPS et que je ne regarde pas ma montre, je ressens les km au feeling, et je suis toujours optimiste. Le CP arrive toujours plus vite que je ne pense, ce qui est extrêmement agréable et me permet de bien profiter de la course depuis le début.

Comme d'hab je ne m'arrête pas au 1° CP, je prends assez d'eau au départ.

A partir du 2° CP, je prends le temps de m'arrêter pour faire le plein d'eau.

etape-5.JPGOn abandonne la piste pour un sentier dans les hautes herbes. J'aime bien. Un troupeau de zébus encombre le chemin. Une dame les chasse du passage. Merci, la voie est libre. Ils ont l'air pacifique, mais sont impressionnants. Mais voilà que... plouf patatra, je voltige par terre. Sur un trajet aussi facile ! J'ai buté dans la seule pierre du coin, à force d'admirer le paysage au lieu de regarder où je mets les pieds. Un gentil chinois me tend la main. Heureusement, pas de mal.

Le massif calcaire tout gris des tsingy se profile à l'horizon et je m'en rapproche à vitesse grand V, enfin, à la vitesse de mes gambettes.

ankarana2.jpgJ'arrive au CP3 au pied des tsingy, et j'y suis rejoint par Margot. J'y engloutis ma 1° barre, comme programmé.

Nous changeons de direction pour longer le massif de l'Ankarana par l'ouest et vers le sud. C'est une chaîne toute grise, pas très haute, très massive. C'est du corail, et c'est unique au monde. La piste serpente en sous-bois, mais reste néanmoins en plein soleil. Je croise 2 chercheurs du parc national, ils mesurent le chemin... au décamètre. Il y a des vallées qui pénètrent à l'intérieur, et à chaque fois je m'attends à les emprunter, mais non, nous continuons parallèlement au massif. Je suis seule sur le chemin et mon rythme est bien régulier. tsingy-grises.jpg

Déjà le CP 4 ? J'avais compris qu'on pouvait rallonger le parcours de quelques centaines de mètres en option pour aller voir les tsingy. Erreur de compréhension anglaise, c'est pour aller voir des lémuriens. Je les laisse tranquille et je pars tout droit. J'ai parcouru les 40km habituels, et je tiens bien le coup. Alors, on court toujours ? Oh yes ! Les 10 km suivants ressemblent aux précédents, l'Ankarana sur la gauche et la petite forêt en plein soleil au-dessus de la tête.  Je finis par quitter le parc national, sans entrer dans les tsingy. Alors il faudra que j'y revienne !

On retrouve les villages et... des champs de cannes. Je ne suis pas dépaysée. Le paysage est devenu tout vert. Je vois une grosse fumée blanche au loin vers laquelle on se dirige. Ca ne peut être que la sucrerie. gamins.JPG

Les villages se succèdent de nouveau le long de la piste, avec les enfants joyeux, lance pierre en main. Les gens ont même rajouté des bouts de plastique dans les arbres pour renforcer le balisage. Merci !

La piste devient fréquentée. Avec la canne, on y croise des charrettes de zébus, et même des tracteurs. Les maisons sont plus cossues, les toits sont en tôle, et même parfois les murs, et les cours sont fleuries.

Ah, une rivière à traverser. Il y avait longtemps. J'y rejoins quelques coureurs qui font une pause baignade, l'eau est très claire. Et Margot est là. Elle repart devant. Voilà dans la foulée une autre rivière. Oh, mais elle est pleine de boue celle-là. Ca glisse pour y entrer et pour en sortir. Je me rattrape à temps. Philippe y est tombé.

Je suis au CP5. C'est l'heure de la 2° barre de la journée. J'ai toujours le même programme : je cours tout le CP et je fais une courte pause au CP. J'avale les km facilement, sans effort. Alors on continue comme ça. Que du plaisir ! A part mon dos qui frotte toujours, mais j'y suis tellement habituée que je n'y pense pas. Sauf quand je reprends après chaque arrêt, le temps que ça chauffe. Du moins j'ai décidé que je n'y pensais pas.

J’ai trouvé des compagnes, 2 petites chèvres au milieu du chemin me précèdent. Je dois leur faire peur. Je vais donc les suivre sur quelques km, jusqu'au prochain village. Bonne compagnie !

J'atteins déjà le CP6. Il ne reste que 20 petits km, et je vais faire les 10 suivants à un train d'enfer. J'accélère le rythme avec euphorie. Fichtre, je dois être pleine d'endorphine ! Nous sommes maintenant en fin d'après-midi, et il y a du monde sur la piste. Et même des taxis Be. Les voyageurs m'encouragent.

trafic-routier.JPGLe CP7 arrive vite à cette allure. 3° repas de la journée, 3° barre. Ca me suffit. Je mangerai bien ce soir. Il ne reste que les 10 derniers km. Evidemment que je vais les faire en courant ! Je ralentis l'allure néanmoins, et j'allume ma lampe, et la lumière clignotante rouge obligatoire à l'arrière du sac. Et oui, il fait nuit à 18h. Les villages sont dans la pénombre, il n'y a pas d'électricité, et les gens vivent dans le noir. On voit peu de points lumineux. Le balisage est phosphorescent, on le voit très bien dans la lumière de la lampe. De toute façon il n'y a pas de surprise, la piste file tout droit. On ressent juste les passages plus sableux où j'adapte ma foulée. Il y a une lumière devant, que je rattrape et dépasse. Un chinois.

J'arrive à l'entrée d'un gros village, et voilà le terrain de foot où est installé le camp. Il est 18h40, j'ai fait 40mn de nuit. Je suis hyper contente, j'ai couru les 80km intégralement. Beaucoup on marché du CP6 au 7, alors que je m'y suis envolée.

Le pointeur a disparu à mon arrivée, avec la douchette dans sa poche. Tout le monde le cherche désespérément, enfin, c'est surtout moi qui suis désespérée. Il mettra bien 2mn à venir. Il ne manquait plus que ça. Ca me coupe ma joie d'être arrivée. Je me suis décarcassée pendant 10h41, et j'ai l'impression que ça n'a pas d'importance. C'est le contre coup de la pression de la journée. Une dame note l'heure à la main et elle tiendra compte de ce temps-là.

Je suis de nouveau 5°, c'est ma place. Suzan et Margot sont arrivées ensemble 10mn avant. Bonne journée pour moi ! Les 2 japonaises sont loin devant.

Philippe se couche quand j'entre dans la tente. Frédéric arrive vers minuit. Je n'ai pas entendu entrer Pauline. Elle n'est pas là à 5h quand je me réveille, elle a fait un malaise en arrivant et est à l'infirmerie. Les 2 chinois restants, il n'en reste plus que 2, arriveront le lendemain matin.

 

Nous voici déjà vendredi, et c'est repos pour moi, pendant que les marcheurs arrivent encore toute la matinée.

Le campement est installé sur le terrain de foot du village, il n'y a pas de buissons discrets environnants. Me voilà donc dans l'obligation d'utiliser pour la 1° fois les toilettes du camp. Et elles sont très bien ! Certes ce n'est qu'un trou creusé dans le sol, mais ça reste propre. Un nouveau jeu de cabines est inauguré au cours de la journée pour absorber la vidange des intestins de tous les coureurs. J'ai pris des petits chaussons d'hôtel qui tiendront juste la semaine, mais je remets mes baskets pour aller chez Jules, c'est plus prudent.

Après cet intermède hygiénique, je vais visiter le village, ce qui est interdit dans le règlement. C'est un village assez grand, traversé par une route bitumée. Les maisons sont espacées les unes des autres, mais non clôturées. On a l'impression d'être chez les gens alors qu'on peut circuler librement entre les maisons. Il y a des puits communs, l'eau n'est pas profonde. Les enfants sont de corvée pour la puiser. Je rencontre Nicolas qui a eu la même idée que moi. C'est l'italien de la tente voisine, qui arrive toujours 1° dans sa tente, donc nous avons largement eu le temps de faire connaissance avant l'arrivée de nos coturnes respectifs. Nous allons boire un coup à la minuscule boutique et manger des bananes. Des gamins nous proposent de nous montrer le lac. Oh oui ! Douche en perspective ! C'est plutôt un étang, mais l'eau y est claire. On s'y baigne. Oh que ça fait du bien !

En musardant nous tombons sur la laiterie, installée dehors. Le lait est dans des jerrican en plastique. Il bout dans une grande marmite, puis on en fait du yaourt, qui sera vendu en ville. J'en goûterais bien, mais pas avant la fin de la course. Je n'ai pas envie de visiter nos belles toilettes à tire larigo. Normalement on ne risque rien avec du yaourt, contrairement au lait.

Toute ma tente rêve de bananes. La petite marchande va faire fortune, bien qu'elle n'ait pas beaucoup de stock à vendre.

Tiens, un endormi se balade dans l'arbre du camp, sous lequel nous faisons la sieste à l'ombre. Il a un succès fou.

Il est midi passé et les derniers arrivent. C'est assez émouvant. Un de nos chinois en fait partie. Il carburait plutôt bien jusque là, mais il a rendu l'âme sur la longue marche. Certains peuvent à peine marcher, appuyés sur leurs bâtons. On leur amène une chaise sur la ligne d'arrivée.

Je retourne meubler mon après-midi dans le village. J'ai des bons pieds et je peux marcher. Je rencontre 2 petites vieilles qui arrondissent les fins de mois en tressant des paniers et en remplissant des oreillers de kapok. Un monsieur de la ville vient leur acheter leur production 2 fois par semaine.

Pour cette journée de farniente et de balade, j’ai agrémenté mon unique maillot de rechange de manches légères et amovibles pour me protéger du soleil, bien pratiques.

Dans l'organisation, il y a des bénévoles de toute nationalité. Cela permet aux coureurs non anglophones d'avoir un relais. Mathias est le francophone de l'équipe, pour les français, les belges, les suisses, les libanais.

Pauline est requinquée.   Plutôt que de jeter son surplus de pharmacie, je lui propose de la donnr à la petite malgahce préposée à l'eau, qui sera ravie.

 

Samedi, voici la dernière étape qui pointe son nez : 10 tout petits km avec un sac bien léger. Enfin presque. Il nous reste le matériel obligatoire à porter. Je revêts pour l'occasion des vêtements propres, le maillot de rechange et le short que je mettais au campement et qui me servaient aussi de pyjama.

Nous partons en 3 groupes, les tortues à 7h, les pingouins à 7h30 et les lièvres à 8h30. Je fais partie des plus lents des lièvres. J'ai donc largement le temps de musarder au réveil. Mon objectif du jour est de prendre une bonne cadence et de la maintenir sur tout le parcours.

Le départ est lancé. Nous traversons notre village pour prendre une piste, sablonneuse pour changer. Je me retrouve à la fin du peloton comme prévu. Maki japonaise maillot vert reste derrière. Elle a tout donné avant et sa 2° place est assurée. Je double un chinois, puis Jan Jill le hollandais avec qui j'ai fait un bout de chemin tout au long de la semaine et que je largue toujours en fin de parcours, puis Suzan qui n'en peut plus. Margot est plus lièvre que jamais, elle est devant.

isa-etape6.JPGCette fois, ce sont des marcheurs que je double, tortues ou pingouins. J'approche d'Ambilobe, la grande ville du coin et les habitations sont de plus en plus nombreuses et en dur. Il commence à y avoir de grandes maisons. J'arrive sur la route. Je maintiens une bonne cadence régulière. Je traverse toute la ville, c'est jour de marché et il y a foule, et heureusement peu de voitures. La police dégage la voie. Les malgaches nous font une haie d'honneur, c'est l'arrivée finale.

Une bonne THB m'attend, mais d'abord je retire dare dare toutes mes couches d'élasto qui m'ont transformée en momie. Des brochettes de zébu et du manioc frit accompagnent la bière, ainsi que des danses malgaches. Mais comme je suis arrivée une des dernières, je ne profite pas longtemps de la liesse de l'arrivée. C'est dommage. J’ai loupé une demande en mariage et ceux qui déploient le drapeau de leur pays sur la ligne d’arrivée. Nous sommes 43 nationalités représentées.

J'ai fait les 10km en 55mn, ce qui est tout à fait honorable pour moi qui ne suis pas une spécialiste de cette distance et avec 240 bornes dans les papattes par dessus le marché. Je fais 4°, c'est Margot la plus lièvre, suivie de Mélissa qui était dans le groupe des pingouins, et Mayumi est juste devant moi. Je peux être satisfaite de ma performance du jour !

 

Bilan de la course :

Je termine 4° féminine en 35h pour les 250km. Pas mal ! Et 26° au scratch.

Suzan est 20mn devant et Margot 10mn derrière. Maki est 2h30 loin devant, avec Mayumi.

Mes points forts : la 1° étape avec l'habitude de la chaleur, mon sac "léger", mon hydradatation dromadaire, je bois peu par rapport aux autres, et courir dans le sable mou

Mes points faibles : mes chaussures pleines de sable à vider et les frottements de mon sac sur ma délicate peau

 

Puis c’est le retour en minibus à Diégo, 4h sont nécessaires pour faire 130km vu l'état de la nationale pleine de trous.

Je n'ai qu'une envie : retourner dans les tsingy grises pour rentrer à l'intérieur du massif.

Le soir, c'est la soirée traditionnelle de remise des prix. Je suis 1° des quincas. J'écope d'un horrible trophé en plastique fabriqué en Chine, alors qu'il y a un artisanat très varié à Mada. Ma tablée le trouve magnifique. En tout cas, je leur fais découvrir le rhum arrangé local à ma tablée.

Je regagne mon lit assez tôt, alors que la plupart poursuive en boîte fortement alcoolisée. Très peu pour moi.

Le lendemain je repars dans les tsingy grises pour y randonner, une autre façon de les découvrir.

 

 

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